L’Eu­rope du duc d’Aren­berg

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Le Pou­voir & la Beau­té*, un ma­gni­fique pro­gramme et le titre de l’ex­po­si­tion sur les princes d’Aren­berg, s’ouvre cet au­tomne au M - Mu­seum de Leu­ven, en Bel­gique. Le prince Léo­pold d’Aren­berg, 13e duc du nom, évoque pour nous… l’Eu­rope ! Une his­toire, une culture, un ave­nir ins­crits dans l’ADN même de son an­tique li­gnée. Pro­pos re­cueillis par Fran­çois Billaut Pho­tos Da­vid At­lan

Pen­dant plus de trois siècles, les an­cêtres du duc d’Aren­berg ont vé­cu dans le châ­teau voi­sin d’He­ver­lee, hé­ri­té des ducs de Croÿ. L’his­toire de la fa­mille est in­ex­tri­ca­ble­ment liée à celle de Leu­ven (Lou­vain) où les an­ciennes col­lec­tions prin­cières sont ex­cep­tion­nel­le­ment réunies. À tra­vers des des­sins de Dü­rer, de toiles de Vé­ro­nèse, Ru­bens, de sculp­tures de Vaere, de ta­pis­se­ries, d’ar­chives et même de cos­tumes de cour ou de théâtre… le M - Mu­seum nous en­traîne à la dé­cou­verte de cette li­gnée de ducs-sou­ve­rains, guer­riers, di­plo­mates, let­trés et mé­cènes. De grandes fi­gures du Saint Em­pire, des « Eu­ro­péens ». La na­ture même de Léo­pold d’Aren­berg, fils d’une prin­cesse de Ba­vière, pe­tit-fils d’une prin­cesse de Luxem­bourg et cou­sin de tous les sou­ve­rains de l’An­cien Conti­nent. Du­rant des an­nées, il a tra­vaillé comme en­tre­pre­neur hu­ma­ni­taire en Afrique, dans le do­maine de la san­té pu­blique, à construire des hô­pi­taux, des dis­pen­saires. Am­bas­sa­deur de l’ordre de Malte au Por­tu­gal, il s’est in­ves­ti dans le se­cours aux po­pu­la­tions dé­fa­vo­ri­sées de Lis­bonne. S’il vit à Lau­sanne, où son épouse la du­chesse Isa­bel, née com­tesse zu Stol­berg-Stol­berg, of­fi­cie dans le do­maine du coa­ching per­son­nel, de la psy­cho­lo­gie, le duc d’Aren­berg sillonne tou­jours l’Eu­rope où la fon­da­tion fa­mi­liale pa­tronne plu­sieurs prix cultu­rels, or­ga­nise des sé­mi­naires, des col­loques, des concerts…

Mon­sieur le duc, pour­quoi cette ex­po­si­tion ?

Pour mettre notre mé­moire, ces ob­jets que les ducs d’Aren­berg col­lec­tionnent de­puis cinq siècles – ta­bleaux, do­cu­ments d’archive, ta­pis­se­ries, oeuvres re­li­gieuses – au ser­vice de la culture et des pays d’Eu­rope. Per­mettre au pu­blic de dé­cou­vrir cette re­cherche de la beau­té, de l’humanisme. Nous autres, eu­ro­péens, de­vons ré­ap­prendre à par­ler de nous, de notre culture ex­cep­tion­nelle. Notre riche pas­sé doit nous ai­der à pré­pa­rer l’ave­nir, et c’est ce que nous nous em­ployons à faire de­puis qua­rante ans au sein de notre fon­da­tion.

Et pour­quoi main­te­nant ?

La réa­li­sa­tion d’un pro­jet de ce type de­mande des an­nées. Et nous sommes en­fin prêts. Une grande par- tie des col­lec­tions a été dis­per­sée, mais le tra­vail de re­cherche s’est ré­vé­lé pas­sion­nant. Cer­taines oeuvres viennent du Metropolitan de New York, d’autres de la col­lec­tion des princes de Liech­ten­stein, du Bri­tish Mu­seum, des Beaux-Arts de Bruxelles… Jus­qu’à la Pre­mière Guerre mon­diale, la col­lec­tion était ac­ces­sible au pu­blic, au pa­lais d’Aren­berg, à Bruxelles. Nous nous sommes ef­for­cés de re­créer cette at­mo­sphère.

Qui a créé la fon­da­tion ?

Je suis le mo­deste suc­ces­seur de mon père qui a ini­tié ces dé­marches cultu­relles en 1970. Nous avons re­pris le flam­beau avec mes frères, le prince Hen­ri et le prince Étienne. Nos vieilles fa­milles ont une vé­ri­table mis­sion à rem­plir : rap­pro­cher les gens de leur his­toire, de leur culture, pour ap­prendre à ré­flé­chir à nou­veau par nous-mêmes et de ma­nière in­dé­pen­dante, se­reine, im­per­ti­nente. Comme nous avons vé­cu un peu par­tout, nous pou­vons ras­sem­bler les com­mu­nau­tés en Al­le­magne, en France, en Hol­lande, au Luxem­bourg, en Au­triche, qui sont in­té­res­sées, au nom d’un pas­sé

Page de gauche, Charles d’Aren­berg et Anne de Croÿ en com­pa­gnie de cinq de leurs douze en­fants, vers 1593. Douze gé­né­ra­tions plus tard au M - Mu­seum, Léo­pold d’Aren­berg, son épouse Isa­bel zu Stol­berg-Stol­berg, Alexandre et Na­ta­sha, deux de leurs trois en­fants, de­vant une ta­pis­se­rie du XVIe siècle, con­ser­vée au Met de New York.

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