Phi­lippe et Ma­thilde de Bel­gique

Ta­pis rouge pour Bri­gitte et Em­ma­nuel Ma­cron

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En Bel­gique, c’est la pre­mière vi­site d’État d’un pré­sident fran­çais de­puis qua­rante-sept ans. Au­tant dire que le roi et la reine ont tout fait pour la rendre in­ou­bliable. Les 19 et 20 no­vembre, de Bruxelles à Lou­vain-la-Neuve en pas­sant par Gand, chaque étape du couple Ma­cron a sou­li­gné la force des liens unis­sant le plat pays à l’Hexa­gone. An­toine Mi­chel­land

D’un coup, le bruis­se­ment de soie des robes longues, le mur­mure feu­tré des con­ver­sa­tions a cé­dé la place au si­lence. Puis aux voix pures du Choeur de la Mon­naie en­ton­nant la Marseillaise, aus­si­tôt sui­vie de la Bra­ban­çonne. Une pre­mière sous les hauts pla­fonds et les lustres de cris­tal de la Grande ga­le­rie du châ­teau de Lae­ken. Et qui en dit long sur le soin ap­por­té à chaque dé­tail d’une vi­site d’État en tout point ex­tra­or­di­naire. Car le der­nier pré­sident fran­çais à avoir ef­fec­tué le dé­pla­ce­ment en Bel­gique avec le plus haut de­gré de so­len­ni­té est Georges Pom­pi­dou, en 1971. Voi­ci qua­rante-sept ans. En cette soi­rée du 19 no­vembre 2018, c’est Em­ma­nuel Ma­cron et son épouse que re­çoivent le roi Phi­lippe et la reine Ma­thilde pour le dî­ner d’État au­quel sont aus­si conviés cent soixante-douze in­vi­tés pri­vi­lé­giés. À com­men­cer par les membres du gou­ver­ne­ment belge, les pré­si­dents des chambres, les re­pré­sen­tants des corps consti­tués et des ins­ti­tu­tions eu­ro­péennes comme les Fran­çais Pierre Mos­co­vi­ci et Mi­chel Bar­nier. Le monde des arts et de la culture est là aus­si avec Éric-Em­ma­nuel Sch­mitt, Axelle Red, le ci­néaste Ja­co Van Dor­mael, ou Sté­phane Bern. Avant de ga­gner la Grande ga­le­rie, tous ont été pré­sen­tés aux sou­ve­rains et au couple pré­si­den­tiel dans le foyer du théâtre. Le roi ar­bore l’uni­forme de lieu­te­nant­gé­né­ral bar­ré du cor­don de grand-croix de la Lé­gion d’hon­neur. Em­ma­nuel Ma­cron, en re­tour, porte le grand cor­don de l’ordre de Léo­pold. Coif­fée d’un dia­dème de brillants as­sor­ti de pen­dants d’oreilles, la reine est éblouis­sante dans sa robe amé­thyste grif­fée Gior­gio Ar­ma­ni Pri­vé, re­haus­sée pour elle aus­si des in­signes su­prêmes de la Lé­gion d’hon­neur. De temps à autre, elle glisse quelques mots sur l’un ou l’autre in­vi­té à Bri­gitte Ma­cron, fi­dèle à Louis Vuit­ton. À l’heure des toasts, dans la Grande ga­le­rie, au mi­lieu de l’im­mense table en peigne, le roi Phi­lippe est le pre­mier à prendre la pa­role. « Les Belges connaissent et ap­pré­cient la France comme un des plus beaux pays au monde, pays des beaux blés, de la grappe et des ruis­sel­le­ments, comme le di­sait si bien Charles Pé­guy. Nos peuples ont tis­sé entre eux des liens in­nom­brables et pro­fonds. »

« Il règne dans votre pays, Sire, un es­prit d’avant­garde qui force l’ad­mi­ra­tion. » Em­ma­nuel Ma­cron

Em­ma­nuel Ma­cron lui ré­pond avec une cha­leur d’au­tant plus mar­quée que le roi des Belges a lan­cé cette in­vi­ta­tion à une vi­site d’État le 7 mai 2017, au soir même de l’élec­tion du pré­sident de la Ré­pu­blique fran­çaise. « Pour tout dire, il règne dans votre pays, Sire, à vos cô­tés, un es­prit d’avant-garde qui force l’ad­mi­ra­tion. Des draps de Flandre aux bio­tech­no­lo­gies, en pas­sant par le tram­way d’Hé­lio­po­lis et les fa­çades de Vic­tor Hor­ta, il y a une pas­sion belge de la mo­der­ni­té. » Et de conclure son pro­pos avec quelques mots en fla­mand pour le­ver sa coupe en l’hon­neur des sou­ve­rains. Eau de to­mate et cre­vettes de Zee­brugge, noisette de che­vreuil, Kriek et sa­veurs d’au­tomne, mousse tiède au cho­co­lat, crous­tillant, glace au spé­cu­loos, le me­nu a les ac­cents d’une chan­son de Brel, la sa­veur d’un ta­bleau de Brue­ghel. À la lu­mière des can­dé­labres d’ar­gent, par­mi le bal­let des ser­vi­teurs en li­vrée et cu­lotte à la fran­çaise, les con­ver­sa­tions courent sur l’Eu­rope, l’en­trée pro­chaine de la Bel­gique au Con­seil de sé­cu­ri­té de l’Onu, cette pre­mière jour­née de vi­site d’État dé­bu­tée peu avant mi­di, place des Pa­lais, par l’ac­cueil of­fi­ciel du couple pré­si­den­tiel. Le roi Phi­lippe et la reine Ma­thilde sont là les pre­miers pour at­tendre leurs hôtes. Voi­ci l’Es­corte royale à che­val et le cor­tège pré­si­den­tiel. Des­cente de voi­ture et ta­pis rouge, Mme Ma­cron es­quisse une révérence à la reine qui l’en­traîne aus­si­tôt avec elle. Après les Vê­tue d’une robe man­teau grif­fée Dior en hom­mage à la France, le roi et la reine ac­cueillent Bri­gitte et Em­ma­nuel Ma­cron à leur ar­ri­vée, place des Pa­lais, sous la garde de l’Es­corte royale à che­val. Au pa­lais d’Eg­mont, les re­trou­vailles très ami­cales des Ma­cron avec le Pre­mier mi­nistre Charles Mi­chel et son épouse. D’em­blée, la com­pli­ci­té est ma­ni­feste entre la sou­ve­raine et l’épouse du Pré­sident.

hymnes na­tio­naux et tan­dis que sou­ve­rain et pré­sident passent les troupes en re­vue, Ma­thilde et Bri­gitte re­montent vers le pa­lais où les deux couples vont s’éclip­ser le temps d’un ra­pide en­tre­tien. Avant le dé­jeu­ner pri­vé qu’ils pren­dront vers 13 h 30. Dans l’in­ter­valle, le pré­sident et son épouse se rendent au pa­lais d’Eg­mont à la ren­contre du Pre­mier mi­nistre Charles Mi­chel. Il est plus de 15 h lorsque les sou­ve­rains em­mènent Em­ma­nuel et Bri­gitte Ma­cron au mu­sée de Gand où ils peuvent ad­mi­rer la res­tau­ra­tion d’une par­tie des dix-huit pan­neaux de L’Agneau mys­tique, chef-d’oeuvre des frères Van Eyck et de la pein­ture fla­mande du dé­but du XVe siècle. Em­ma­nuel Ma­cron écoute avec pas­sion les ex­pli­ca­tions des res­tau­ra­trices, la fa­çon dont les re­peints ont été iden­ti­fiés et sup­pri­més avec une pa­tience de bé­né­dic­tin pour re­trou­ver les traits et l’éclat ini­tiaux de cette mer­veille. En quit­tant la salle, le Pré­sident en­tend la conser­va­trice du mu­sée évo­quer un Saint-Jé­rôme de Jé­rôme Bosch, et lance : « Nous sommes très in­dis­ci­pli­nés, mon­trez-nous, s’il vous plaît. » À la sor­tie, un bain de foule s’im­pro­vise, la reine Ma­thilde va au-de­vant d’une dame de 96 ans qui lui offre un bou­quet et se déses­père de ne pou­voir don­ner le se­cond à Bri­gitte Ma­cron. « Confiez-le moi, je vais le lui re­mettre », pro­pose la sou­ve­raine avec la plus ex­trême sim­pli­ci­té. Aus­si­tôt dit, aus­si­tôt fait. L’ac­cueil est plus hou­leux de­vant l’hô­tel de ville de Gand où doit se te­nir une table ronde avec des di­ri­geants d’en­tre­prises. En marge d’une foule pai­sible, un pe­tit groupe d’in­dé­pen­dan­tistes fla­mands scande « Bel­gië Barst »,

« Ce­la me te­nait à coeur de vous em­me­ner ici, dé­cou­vrir que la créa­ti­vi­té donne l’es­poir. » Phi­lippe Ier

« Bel­gique crève ». La sor­tie s’avère plus calme. Il fait nuit noire, le cor­tège royal gagne le châ­teau de Lae­ken, ce­lui du Pré­sident le pa­lais. Cha­cun va s’ap­prê­ter en vue du dî­ner d’État don­né en la ré­si­dence des sou­ve­rains. À mille lieues des fastes et du pro­to­cole, la se­conde jour­née de la vi­site dé­bute à Mo­len­beek. Phi­lippe Ier des Belges le sou­hai­tait pour don­ner une autre image de la com­mune où, en 2015, les ter­ro­ristes is­la­mistes pré­pa­rèrent leurs at­ten­tats à Pa­ris et Bruxelles. Au centre La­Val­lée, es­pace de tra­vail par­ta­gé, axé sur la créa­tion, il pré­side la ren­contre avec le couple pré­si­den­tiel, des ac­teurs du pro­jet et des jeunes qui en bé­né­fi­cient. « Ce­la me te­nait à coeur de vous em­me­ner ici, dé­cou­vrir que la créa­ti­vi­té donne l’es­poir », dit-il en pré­am­bule à Em­ma­nuel Ma­cron, im­pres­sion­né de la mul­ti­pli­ci­té des ac­ti­vi­tés. « Ici, on est à Bruxelles, c’est une bras­se­rie, s’ex­clame Wim Em­brechts de l’as­so­cia­tion Art2Work. On brasse des ta­lents. » Ta­lents dont les étu­diants de Lou­vain-la-Neuve ne manquent pas pour in­ter­pel­ler Em­ma­nuel Ma­cron de fa­çon par­fois mus­clée, lors du dé­bat or­ga­ni­sé dans l’am­phi­théâtre Au­la Ma­gna de leur uni­ver­si­té, en fin de ma­ti­née. Après un der­nier dé­jeu­ner pri­vé en com­pa­gnie du roi et de la reine, la vi­site d’État s’achève, pour le pré­sident, de­vant trois cents re­pré­sen­tants de la Com­mu­nau­té fran­çaise de Bel­gique, conviés à BOZAR, le pa­lais des Beaux-Arts de Bruxelles. Le pu­blic idéal pour prê­cher « la sou­ve­rai­ne­té eu­ro­péenne ». En at­ten­dant de re­trou­ver des pro­blé­ma­tiques plus hexa­go­nales.

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La reine ap­plau­dit Em­ma­nuel Ma­cron après le dis­cours qu’il vient de pro­non­cer au dé­but du dî­ner d’État. Apar­té, à table, entre le roi et la pre­mière dame. La pho­to of­fi­cielle au châ­teau de Lae­ken. Der­rière les sou­ve­rains et le couple pré­si­den­tiel, le prince Lo­renz et la prin­cesse As­trid, le prince Laurent et la prin­cesse Claire.

Les sou­ve­rains et le couple pré­si­den­tiel ad­mirent la res­tau­ra­tion de L’Agneau mys­tique au mu­sée de Gand. Em­ma­nuel Ma­cron à l’écoute des re­pré­sen­tants des as­so­cia­tions de Mo­len­beek.

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