Les états d’art de

Gré­go­ry Mon­tel

Point de Vue - - Sommaire - Pro­pos re­cueillis par Pierre Cas­tel

Ré­vé­lé il y a trois ans pour son rôle d’agent de star de ci­né­ma dans la sé­rie té­lé­vi­sée Dix pour cent – dont les deux der­niers épi­sodes sont dif­fu­sés ce mer­cre­di sur France 2 – Gré­go­ry Mon­tel mul­ti­plie de­puis les rôles sur grand écran. Ce na­tif de Digne-les-Bains qui a dé­sor­mais adop­té la Rive droite est aus­si im­pres­sion­né par le bal­let contem­po­rain que par la poé­sie de Pes­soa ou les chan­sons de Ju­liette Ar­ma­net.

Je par­tage beau­coup de choses avec Ga­briel Sar­da, l’agent que j’in­ter­prète dans Dix pour cent. Ca­mille Cot­tin, par exemple, fait un vrai tra­vail de fa­bri­ca­tion de per­son­nage que je trouve ma­gni­fique. Mais quand j’ai lu le scé­na­rio je me suis dit : « Ce per­son­nage, c’est moi ! » D’ailleurs, dès que je lis un scé­na­rio, j’ai l’im­pres­sion que c’est moi. Tout le temps !

L’être hu­main n’est pas fait pour s’ai­mer à l’image.

C’est dé­li­cat de se voir sur grand écran. Mais je suis main­te­nant très dé­ta­ché et j’ai ap­pris à suivre le film en tant que spec­ta­teur, même si j’ai le rôle prin­ci­pal. Je crois que je suis as­sez bon pu­blic. Je rentre ra­pi­de­ment dans un film et j’ou­blie vite que je suis de­dans. Je ris aux éclats quand je re­garde Dix pour cent, comme si ce n’était pas moi à l’écran. Pro­chai­ne­ment, je vais d’ailleurs jouer dans une nou­velle sé­rie sur M6, qui s’ap­pel­le­ra Re­mix.

Cô­té ci­né­ma, je ter­mine le tour­nage d’un film avec Em­ma­nuelle

De­vos, tout en sen­si­bi­li­té, tout en fi­nesse. On n’a pas en­core le titre exact. J’y joue son chauf­feur, un chauf­feur de maître. Je la conduis un peu par­tout en France. Les deux per­son­nages sont très dif­fé­rents, mais ils sont tous deux abî­més et vont ap­prendre à se dé­cou­vrir.

J’adore le bal­let contem­po­rain :

j’étais à Bâle il y a dix jours pour voir Peer Gynt, cho­ré­gra­phié par Jo­han In­ger, d’après d’Ib­sen, c’était su­perbe. J’ai­me­rais dé­ve­lop­per ce­la. Je dé­couvre les bal­lets clas­siques en ce mo­ment et je suis fas­ci­né à chaque fois. J’ai be­soin d’être émer­veillé. C’est de plus en plus rare au ci­né­ma. Je suis fas­ci­né par la danse contem­po­raine éga­le­ment. Par Pi­na Bausch, évi­dem­ment. Mais aus­si Pee­ping Tom, une com­pa­gnie belge ins­tal­lée à Bruxelles qui fait des choses gé­niales en danse-théâtre. J’ai mal­heu­reu­se­ment dé­cou­vert ces formes ar­tis­tiques très tard, en ve­nant à Pa­ris. L’opé­ra de Mar­seille est un peu conser­va­teur, plus clas­sique, un peu fa­ti­gué. À Chaillot j’ai dé­cou­vert le hip-hop de Ka­der At­tou, par exemple. C’est ter­rible de de­voir ve­nir à Pa­ris pour tout ça. Je vois bien que c’est aus­si le cas avec Dix pour cent. Le pu­blic ru­ral semble dis­tant, il y a comme un blo­cage. Le su­jet est peut-être trop éloi­gné d’eux. C’est pour­quoi j’ai fait l’ac­qui­si­tion d’un lieu cultu­rel dans ma ville na­tale, à Dignes-les-Bains. Ça s’ap­pelle Le Top, et c’est or­ga­ni­sé par mon as­so­cia­tion, les Potes of the top. Nous al­lons en faire un ci­né­ma d’art et es­sai, une salle de concert et une salle de théâtre. C’est in­sup­por­table de se dire que la culture est très peu dé­cen­tra­li­sée. Du coup, en tant qu’or­ga­ni­sa­teur de fes­ti­val de mu­sique, j’écoute beau­coup d’ar­tistes fran­çais. Je m’oblige à écou­ter la pop et la va­rié­té fran­çaise. Et j’aime au­tant les textes de Ju­liette Ar­ma­net que le rock de Concrete Knives.

En re­vanche, je suis plus exi­geant quand je vais

au théâtre. Je suis ami avec Vincent Ma­caigne et je dois dire que son tra­vail de met­teur en scène, très ex­pé­ri­men­tal, a chan­gé ma vi­sion du théâtre en gé­né­ral. Tche­khov est par­fait à adap­ter au­jourd’hui parce qu’il parle comme nous, c’est com­plexe. Da­van­tage que chez Mo­lière où les per­son­nages sont plus uni­voques, je trouve : l’Avare est avare, le Tar­tuffe est tar­tuffe… Je n’ai rien vu qui m’ait au­tant fas­ci­né que le Ham­let d’Os­ter­meier. C’est mon maître à la mise en scène, mon grand pa­tron. Il tourne très peu en ré­gion, je l’ai donc dé­cou­vert à Pa­ris lui aus­si. Quand je sui­vais mes cours de théâtre, au dé­but des an­nées 2000, je fouillais les li­brai­ries des Grands Bou­le­vards à la re­cherche de pièces in­con­nues au ba­taillon.

Je vis de­puis quinze ans à Pa­ris,

je suis très Rive droite. Quand je suis Rive gauche j’ai l’im­pres­sion d’être à l’étran­ger. Au dé­but, j’al­lais ra­re­ment à Saint-Ger­main-des-Prés, mais quand j’y étais, je pas­sais faire un tour à la li­brai­rie La Hune, qui a au­jourd’hui fer­mé. En lit­té­ra­ture, les An­glo-Saxons ont mes pré­fé­rences : Rus­sell Banks, et William Boyd que je trouve très drôle. Il pa­raît qu’il adore Dix pour cent, d’ailleurs. Les Édi­tions de Mi­nuit pu­blient mes livres de che­vet du mo­ment : les bou­quins de Jean-Phi­lippe Tous­saint et Laurent Mau­vi­gnier… Et les éter­nels, bien sûr : Re­né Char, Fer­nan­do Pes­soa… On est trop souvent ef­frayé par la poé­sie, parce que c’est très for­mel, mais quand on lit Pes­soa par exemple, c’est d’une lim­pi­di­té ab­so­lue. À la té­lé­vi­sion dans Dix pour cent, les épi­sodes 5 et 6 de la sai­son 3 mer­cre­di 28 no­vembre sur France 2. Tous les épi­sodes en replay sur france.tv Au ci­né­ma dans Les Chatouilles, d’An­dréa Bes­cond et Éric Mé­tayer.

« On est trop souvent ef­frayé par la poé­sie, mais quand on lit Pes­soa, c’est d’une lim­pi­di­té ab­so­lue. »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.