Ma­ry de Da­ne­mark s’en­gage au Ke­nya

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En­ga­gée dans la pro­mo­tion de l’éga­li­té des chances, la prin­cesse hé­ri­tière s’est ren­due du­rant deux jours dans la ré­serve de Ka­la­ma et la ca­pi­tale Nai­ro­bi, pour sou­te­nir pro­jets les or­ga­ni­sa­tions in­ves­ties au­près de la po­pu­la­tion. Une belle ma­nière d’af­fir­mer son in­fluence à l’heure où sa belle-mère, la reine Mar­grethe, res­treint de plus en plus ses dé­pla­ce­ments. Ma­rie-Émi­lie Four­neaux

Col­lier mul­ti­co­lore au­tour du cou, elle on­dule sa sil­houette gra­cile au rythme sac­ca­dé des tam­bours, main dans la main avec l’une des femmes qui l’ac­cueillent. À peine ar­ri­vée sur le tar­mac de terre ocre, en pleine sa­vane, Ma­ry de Da­ne­mark est dra­pée d’une étoffe nouée à la taille, par deux Ke­nyanes aux pe­tits soins. Une pa­rure de perles glis­sée sous son chi­gnon haut et la voi­ci trans­for­mée en prin­cesse lo­cale à qui l’on offre des bra­ce­lets sur le che­min la me­nant vers des tentes. Là, elle dé­couvre la per­li­cul­ture tra­di­tion­nelle, de­ve­nue source de re­ve­nus pour plus de mille femmes. Car l’or­ga­ni­sa­tion Nor­thern Ran­ge­lands Trust sou­te­nue par Da­ni­da, l’agence da­noise pour le dé­ve­lop­pe­ment in­ter­na­tio­nal rat­ta­chée au mi­nis­tère des Af­faires étran­gères, s’em­ploie à rendre au­to­nome les filles, comme ici, dans la ré­serve na­tu­relle de Ka­la­ma. Leur sta­tut éco­no­mique leur per­met de se faire en­tendre. L’ac­cès à l’édu­ca­tion s’est dé­ve­lop­pé, l’ex­ci­sion a re­cu­lé. « Ces ini­tia­tives aident à éli­mi­ner les obs­tacles au rôle des femmes dans la com­mu­nau­té no­made, tra­di­tion­nel­le­ment très pa­triar­cale, ex­plique la prin­cesse. Ce­la a per­mis la créa­tion de so­cié­tés plus stables, avec moins de conflits entre tri­bus. Comme le disent les femmes : sans paix, il n’y a pas de dé­ve­lop­pe­ment ! » Grâce à la ré­duc­tion des vio­lences, les hommes de la ré­gion de Sam­bu­ru se sont aus­si éman­ci­pés. Ou­vrir son propre ma­ga­sin, tra­vailler dans le re­cy­clage ou faire com­merce du bé­tail, telles sont les voies qu’ont choi­sies trois hommes, im­mor­ta­li­sés par la prin­cesse dans leur te­nue tra­di­tion­nelle. Ma­ry a en ef­fet joué au pho­to­re­por­ter, pu­bliant sur le compte Ins­ta­gram de la cour da­noise, ses cli­chés as­sor­tis de té­moi­gnages sen­sibles. Elle y ra­conte no­tam­ment l’his­toire de Ro­sa­lie, ado­les­cente au tee-shirt rose dont les ron­deurs évoquent en­core l’en­fance. « À l’âge de 9 ans, elle fut ma­riée à un homme âgé de 50 ans. Elle a dès lors ces­sé d’al­ler à l’école. Un jour, alors qu’elle ven­dait du lait dans la rue, elle a ren­con­tré Jo­sé­phine, qui di­rige une or­ga­ni­sa­tion ve­nant en aide aux en­fants ma­riés. Après un long pro­ces­sus de né­go­cia­tion avec sa fa­mille et son ma­ri, elle fut li­bé­rée. Au­jourd’hui, Ro­sa­lie re­tourne à l’école et rêve de de­ve­nir neu­ro­chi­rur­gien parce que, dit-elle, nous n’en avons pas dans notre pays. » C’est une autre jeune femme « ins­pi­rante » qui a tou­ché la prin­cesse hé­ri­tière à Nai­ro­bi, dans le bi­don­ville de Ki­be­ra, l’un des plus grands d’Afrique. Ma­ria Omare, qui a lan­cé Ac­tion Foun­da­tion, s’in­ves­tit no­tam­ment pour sau­ver les en­fants aban­don­nés. « Sur son tee-shirt, ra­conte Ma­ry, il est écrit “Tout le monde peut s’épa­nouir”. Voi­là sa convic­tion ! » Et comment ne pas la sou­te­nir dans sa dé­marche. Ne pas fondre de­vant les bouilles de ces bé­bés qui ne de­mandent qu’à gran­dir en­tou­rés d’amour. La prin­cesse hé­ri­tière a lit­té­ra­le­ment cra­qué de­vant deux d’entre eux, pre­nant l’un dans ses bras et ten­dant à l’autre une pe­luche dans une moue at­ten­drie. Pour évi­ter les drames, il est es­sen­tiel de s’oc­cu­per des jeunes ma­mans. Eli­za­beth Oku­mus, autre guide de la prin­cesse dans la ca­pi­tale ke­nyane, s’in­ves­tit quant à elle dans l’édu­ca­tion et le sou­tien aux mères cé­li­ba­taires de 11 à 18 ans. Son ac­tion fait par­tie des pro­grammes sou­te­nus par De­li­ver for Good, une cam­pagne in­ter­na­tio­nale pour l’éga­li­té des sexes que la prin­cesse hé­ri­tière sou­tient et qu’elle lance ici of­fi­ciel­le­ment. « Le Ke­nya a réa­li­sé des pro­grès, mais le che­min à par­cou­rir reste long. Ce voyage m’a don­né une nou­velle confir­ma­tion du non-res­pect des droits fon­da­men­taux des femmes et des filles, confie Ma­ry. L’ob­jec­tif est de par­ve­nir à l’éga­li­té des chances où chaque per­sonne a la pos­si­bi­li­té de ti­rer plei­ne­ment par­ti de son po­ten­tiel en se ba­sant sur le libre choix. Je quitte le Ke­nya avec l’es­poir que toutes les forces et les res­sources que j’ai pu dé­cou­vrir condui­ront ce beau pays et sa po­pu­la­tion cha­leu­reuse vers un ave­nir où le dé­ve­lop­pe­ment so­cial et éco­no­mique est in­clu­sif et du­rable. Où nul n’est lais­sé de cô­té. » Ma­ry n’ou­blie­ra per­sonne.

Mo­ments de par­tage à Nai­ro­bi, au deuxième jour de son voyage. Dans le bi­don­ville de Ki­be­ra, Ma­ry de Da­ne­mark a ren­con­tré les jeunes mères cé­li­ba­taires sou­te­nues par le pro­gramme d’Eli­za­beth Oku­mus, et les en­fants aban­don­nés sau­vés par l’Ac­tion Foun­da­tion.

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