Hô­tel de No­cé Un joyau place Ven­dôme

Point de Vue - - Sommaire - Par Ma­rie-Eudes Lau­riot Pré­vost Pho­tos Ju­lio Piat­ti

Le joaillier Bou­che­ron vient de re­don­ner du pa­nache à son adresse his­to­rique. Par le ta­lent du dé­co­ra­teur Pierre-Yves Ro­chon et de l’ar­chi­tecte en chef des mo­nu­ments his­to­riques Mi­chel Gou­tal, l’hô­tel par­ti­cu­lier construit en 1717 re­trouve ses vo­lumes d’ori­gine et s’ad­joint un ap­par­te­ment dé­dié aux clients pres­ti­gieux.

Pour Hé­lène Pou­lit-Du­quesne, pré­si­dente-di­rec­trice gé­né­rale de Bou­che­ron, c’est une cer­ti­tude, ou presque. « Il s’agit sans doute du plus bel hô­tel par­ti­cu­lier de Pa­ris », af­firme-t-elle de­puis le grand sa­lon de l’hô­tel de No­cé dont l’une des fa­çades donne sur la place Ven­dôme et l’autre sur la rue de la Paix. Si­tué au deuxième étage, ses hautes fe­nêtres re­haus­sées d’or offrent une vue im­pre­nable sur la co­lonne Ven­dôme et la cé­lèbre place des­si­née par Jules Har­douin-Man­sart, l’ar­chi­tecte de Louis XIV. Il y règne une at­mo­sphère qui mêle luxe et cha­leur, à l’image d’une belle de­meure pa­ri­sienne. « C’est dans cet es­prit que nous avons en­vi­sa­gé la res­tau­ra­tion de cette adresse em­blé­ma­tique, là où Fré­dé­ric Bou­che­ron s’ins­talle en 1893. Il ouvre à l’époque la pre­mière bou­tique de la place Ven­dôme, cinq ans avant l’inau­gu­ra­tion du Ritz », pour­suit-elle. À l’époque, l’hô­tel de No­cé a con­nu une his­toire mou­ve­men­tée. Ache­vé en 1717 pour le compte du che­va­lier Charles de No­cé, pre­mier gen­til­homme du Régent, il passe de main en main, celles de Gas­pard Moïse de Fon­ta­nieu, l’un des pro­mo­teurs de la place Ven­dôme, de Jean Cot­tin, di­rec­teur de la Com­pa­gnie des Indes avant de de­ve­nir un im­meuble de rap­port, comp­tant par­mi ses cé­lèbres lo­ca­taires la com­tesse de Cas­ti­glione. Le groupe Ke­ring, pro­prié­taire de Bou­che­ron, ayant ra­che­té l’im­meuble en 2016, les grands tra­vaux peuvent com­men­cer. « Avec l’aide de Mi­chel Gou­tal, ar­chi­tecte en chef des mo­nu­ments his­to­riques et le sou­tien de Fran­çois-Hen­ri Pi­nault, P–DG de Ke­ring, nous avons ef­feuillé trois cents ans d’his­toire afin de re­trou­ver l’écrin d’ori­gine », pré­cise en­core Hé­lène Pou­lit-Du­quesne. Deux ans de tra­vaux au cours des­quels les hau­teurs sous pla­fond re­prennent leur am­pleur grâce à la sup­pres­sion des de­mi-ni­veaux, les cir­cu­la­tions sont ré­ta­blies et les mo­saïques de marbres re­des­si­nées. Le deuxième étage, hier oc­cu­pé par les édi­tions As­sou­line, de­vient l’ap­par­te­ment qui ac­cueille­ra les ré­cep­tions de la griffe et ses in­vi­tés de pres­tige. Les deux der­niers étages ser­vi­ront bien­tôt aux ate­liers de créa­tion et de ré­pa­ra­tion. Le dé­co­ra­teur Pierre-Yves Ro­chon, plus fa­mi­lier de l’hô­tel­le­rie de luxe que du com­merce, est char­gé de don­ner une per­son­na­li­té à l’en­semble en al­liant styles et époques, comme dans une mai­son de fa­mille où chaque gé­né­ra­tion laisse sa marque. Les ar­chives de Bou­che­ron prennent place dans la bi­blio­thèque qui a conser­vé sa ma­gni­fique fresque chi­noise peinte à la main à la fin du XVIIIe siècle.

Fré­dé­ric Bou­che­ron est le pre­mier à ou­vrir bou­tique place Ven­dôme.

Cet éclec­tisme vaut aus­si pour la par­tie bou­tique, or­ga­ni­sée sur deux ni­veaux avec des sa­lons dé­diés aux com­mandes spé­ciales, à la haute joaille­rie, aux bagues de fian­çailles. Les tables rec­tan­gu­laires hé­ri­tées de l’uni­vers de la tran­sac­tion de pierres dis­pa­raissent au pro­fit de gué­ri­dons plus convi­viaux. Sur les des­sins de Pierre-Yves Ro­chon, lustres et lampes ont été com­man­dés aux mai­sons La­lique et Tis­se­rant tan­dis que les ta­pis ont été pro­duits par la mai­son Tai Ping. Le dé­co­ra­teur a aus­si ar­pen­té les Puces de SaintOuen pour en rap­por­ter un mi­roir vé­ni­tien ou des ca­na­pés en ve­lours des an­nées 1960. Ils meublent le Jar­din d’hi­ver, nou­vel es­pace créé cô­té cour grâce à l’ou­ver­ture d’une grande ver­rière des­ti­née à ap­por­ter da­van­tage de lu­mière, où l’on sert le thé. Au rez-de­chaus­sée, les boi­se­ries d’époque en noyer sim­ple­ment

Une res­tau­ra­tion me­née dans l’es­prit d’une belle de­meure pa­ri­sienne.

éclair­cies ac­cueillent même Gold Dome, une toile de l’ar­tiste ira­nien Y.Z. Ka­mi em­prun­tée à la col­lec­tion Pi­nault. Il se pour­rait même que d’autres oeuvres contem­po­raines viennent s’im­mis­cer dans les lieux. Plus que ja­mais, l’es­prit de la mai­son souffle sur le 26, place Ven­dôme. « Comme Fré­dé­ric Bou­che­ron a tou­jours fait un pas de cô­té dans ses créa­tions, nous nous ré­in­ven­tons en per­ma­nence grâce à l’in­épui­sable ins­pi­ra­tion de la na­ture et l’uti­li­sa­tion de ma­tières ori­gi­nales dans la joaille­rie comme le cris­tal de roche, l’émail, le marbre ou les pierres gra­vées. Les bagues de la col­lec­tion Na­ture Triom­phante en sont une bonne illus­tra­tion, qui en­cap­sulent de vé­ri­tables pé­tales de fleur dans une quête qua­si-al­chi­mique », pré­cise Hé­lène Pou­lit-Du­quesne, fière de faire souf­fler ce « vent de li­ber­té » dans un tel écrin.

Comme un ap­par­te­ment, ré­ser­vé aux évé­ne­ments et à l’hé­ber­ge­ment des meilleurs clients, le « 26 » oc­cupe le deuxième étage de l’hô­tel de No­cé. Dans le sa­lon, le dé­co­ra­teur Pierre-Yves Ro­chon a mê­lé les styles et les époques avec un buf­fet en sa­pel­li des­si­né par Mi­chel Gou­tal, un ca­na­pé D600 si­gné de Sede, une table en marbre de Ma­thieu Le­han­neur et un fau­teuil Gemma de Da­niel Li­bes­kind.

Au rez-de-chaus­sée, le Grand Sa­lon a conser­vé ses boi­se­ries de noyer d’époque. Un lustre en cris­tal de roche des­si­né par Pier­reYves Ro­chon et réa­li­sé par la mai­son Tis­se­rant éclaire les vi­trines et le ta­pis confec­tion­né sur me­sure par la mai­son Tai Ping. En­trant par la rue de la Paix, les clients passent de­vant une com­mode la­quée de l’ate­lier Mi­da­vaine et un mi­roir vé­ni­tien an­cien.

À chaque étage, les mi­roirs se jouent des dé­cors : ce­lui du Sa­lon chi­nois créé par Fré­dé­ric Bou­che­ron à la fin du XIXe, pré­cieu­se­ment conser­vé, ceux de la salle de bains de la suite ou du sa­lon des Lu­mières consa­cré aux dia­mants et à la haute joaille­rie. Il jouxte le sa­lon des Créa­tions et ses por­traits de pièces uniques.

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