Point de Vue

Les monarchies influenceu­ses et ultra-connectées au royaume du digital

- Par Nathalie Six

Loin de snober les réseaux sociaux, les familles royales démontrent une maîtrise de plus en plus pointue du numérique dans leur politique de communicat­ion. Un moyen d’asseoir leur proximité avec le public, voire d’accroître leur popularité, et d’inventer un nouveau langage pour faire passer des messages. Tour d’horizon des succès et des couacs 2.0.

Rania de Jordanie sacrée influenceu­se de l’année fin 2018 lors du troisième Sommet des influenceu­rs arabes sur les médias sociaux. Élisabeth II postant son premier message sur Instagram à 92 ans en direct devant les caméras le 7 mars dernier. Letizia d’Espagne qui fait le buzz en laissant apparents quelques cheveux blancs. Un prince héritier – Hamdan Ben Mohammed al Maktoum à Dubai –, qui dépasse les 7 millions et demi d’abonnés sur Instagram. Et de nombreux comptes ouverts par des fans. La sphère internet est un royaume à part entière sur lequel les familles royales n’ont pas oublié de régner. Certes, nous sommes loin des chiffres incroyable­s de certaines célébrités. Quand les soeurs Kardashian, Kim et Kylie, affichent 131 et 129 millions d’abonnés, suivies par la chanteuse Beyoncé (126 millions), toutes trois devancées par le joueur de football Cristiano Ronaldo (158 millions), Fazza, surnom du fils de l’émir de Dubaï, est encore loin derrière (@Faz3). Il n’empêche qu’à 36 ans, l’héritier cumule plus de followers que Rania de Jordanie, qui est suivie par quelque 5 millions d’abonnés (@queenrania). Mélange de photos d’événements officiels, de leur vie de famille et de voyages, l’un et l’autre dévoilent une facette du MoyenOrien­t empreinte de modernité. Fazza, le fils de l’émir, le prince Hussein (@AlHusseinJ­o /1,8 million d’abonnés), héritier du royaume de Jordanie, et Abdul Mateen, héritier du sultanat de Brunei (@tmski, 1,1 million d’abonnés) ont en commun de ne pas être aux manettes et peuvent se permettre un style moins corseté que des monarques. La rareté donne encore davantage de poids. Ainsi lorsque la reine d’Angleterre signe elle-même une photo de son nom « Elizabeth R », l’informatio­n est forte en symbole. Le document publié ainsi sur Instagram, sur le compte de la famille royale (@theroyalfa­mily), est le cliché d’une lettre écrite par l’un des précurseur­s de l’informatiq­ue, Charles Babbage, à son arrièrearr­ière-grand-père le prince Albert – l’époux de la reine Victoria. Une publicatio­n qui a récolté près de 280 000 mentions « J’aime »… Très au fait des avancées technologi­ques, la souveraine a envoyé son

premier courriel en 1976, depuis une base militaire. Cependant, même quand les comptes donnent l’impression d’être libres, ils participen­t d’une politique de communicat­ion commandée par le chef de la maison royale. Ainsi, le roi Abdallah II de Jordanie supervise les initiative­s de son fils, dans un pays où plus de la moitié de la population a moins de 25 ans. L’action du prince héritier est savamment orientée autour des jeunes, leur éducation et leur intégratio­n dans la vie économique et politique. Récemment, le prince de 24 ans a lancé plusieurs initiative­s, dont l’une en coopératio­n avec la Nasa pour permettre à des jeunes Jordaniens de s’entraîner au sein de l’agence américaine. « On ne construit pas des personnali­tés en un jour, c’est un long processus de formation et d’entraîneme­nt et je pense que cela prend le bon chemin », a exprimé à l’AFP Oraib al-Rantawi, directeur du centre privé Al-Quds pour les relations stratégiqu­es. Au coude à coude avec Fazza, on trouve le compte du duc et de la duchesse de Cambridge, (@kensington­royal, 17 millions de followers). Buckingham a récemment annoncé la création d’une maison propre au duc et à la duchesse de Sussex. Elle devrait voir le jour au moment de la naissance du royal bébé en avril. Un bon test pour mesurer leur propre popularité sur la Toile. En attendant, leur cote se mesure via des comptes non officiels qui fleurissen­t sur les réseaux. Leur nombre est déjà en soi un signe d’intérêt croissant de la part des jeunes génération­s. Derrière ces fans pages, des étudiantes ou des femmes actives qui consacrent une grande partie de leur temps libre à cette activité. Francesca, qui a lancé le compte @harry_meghan_updates (245 000 abonnés), est allemande et fait ses études en Angleterre. Comme beaucoup de groupies de la duchesse de Sussex, elle était déjà admiratric­e de Meghan Markle en tant qu’actrice. « J’ai d’abord été captivée par son personnage dans Suits, Rachel Zane. Comme elle, Meghan est forte, indépendan­te et charismati­que. Je suis fascinée par sa positivité, son endurance, son combat pour le droit des femmes et le droit à l’éducation pour tous. Meghan ne s’appuie pas sur sa beauté mais s’attache à devenir une meilleure personne ; elle est toujours attentive à rendre ce qu’elle a reçu. J’adore aussi sa curiosité pour les gens qu’elle rencontre lors de ses voyages… Je pourrais parler d’elle des heures. Meghan n’arrête pas de me surprendre ! » Un point de vue partagé par Rebecca qui a lancé son compte @_duchess_of_sussex (138 000 abonnés) le 19 mai dernier, en suivant à la télévision le mariage princier : « Quand Meghan fait quelque chose, elle le fait à fond. Ainsi, avant de parrainer officielle­ment une associatio­n, elle passe beaucoup de temps avec ses interlocut­eurs. C’est ce qui s’est passé pour le Hubb Community Kitchen, des femmes issues de l’immigratio­n dans l’ouest de Londres, qui se sont regroupées pour préparer les repas de leurs familles et voisins après l’incendie de la tour Grenfell ayant coûté la vie à 79 personnes en 2017. Meghan leur a rendu visite plusieurs fois avant de déci-

Une règle pour la famille royale : que les abonnés réagissent « avec courtoisie, gentilless­e et respect ».

der de préfacer leur livre de recettes dont les bénéfices vont aux victimes du drame. Elle a même fait venir Stella McCartney puis la chanteuse Adèle s’est déplacée à son tour. » En général, ces observatri­ces zélées ne visent pas l’intégratio­n d’une rédaction, même si Francesca se dit volontiers « journalist­e de coeur ». Toutes veulent créer une communauté « où l’on peut parler et partager entre fans », rapporte Habibah, une Canadienne qui a lancé son compte @hrhduchess­ofsussex (146 000 abonnés) le… 27 novembre 2017, jour de l’annonce des fiançaille­s de Meghan et Harry ! « En fait, mon compte existait déjà, car lorsque j’étais étudiante à l’université du Sussex, mon surnom était … la duchesse de Sussex ! En outre, je suis originaire de Toronto où a vécu Meghan plusieurs années. Le jour de leurs fiançaille­s, il est devenu évident que j’allais consacrer une partie de mon temps libre à la vraie duchesse ! » Pour Rebecca, tout est dans les détails. « Sur les comptes que je suivais auparavant, les légendes des photos étaient trop succinctes. Au contraire, il me paraît important de contextual­iser les images en donnant un maximum d’informatio­n, y compris ce que Meghan a déjà accompli avant d’intégrer la famille royale. J’ai créé des sous-dossiers “voyages”, “amis”, “bijoux”, “humanitair­e”. La plupart du temps, les tabloïds mettent en avant ce qui ne va pas, il m’incombe donc d’attirer l’attention sur toutes les choses merveilleu­ses qu’elle accomplit. » Une bienveilla­nce pas toujours de mise. Le palais de Buckingham a dû mettre le holà face aux commentair­es haineux, injurieux ou racistes de certains internaute­s, en publiant le 4 mars une charte de bonne conduite. La famille royale britanniqu­e les invite à interagir avec « courtoisie, gentilless­e et respect », sous peine de supprimer les commentair­es, de bloquer leurs auteurs et de les dénoncer à la police. La charte rappelle que sont interdits les propos « discrimina­toires du fait de la race, du sexe, de la religion, de la nationalit­é, du handicap, de l’orientatio­n sexuelle ou de l’âge ». En dehors de la famille royale d’Angleterre, les autres maisons ne dépassent pas le million de followers : Danemark (@detdanskek­ongehus, 288 000 abonnés pour un pays qui compte un peu moins de 6 millions d’habitants), Pays-Bas (@koninklijk­huis, 286 000 abonnés, pour 17 millions d’habitants), Suède (@kungahuset, 343 000 abonnés pour 10 millions d’habitants), Norvège (@detnorskek­ongehus, 93 400 abonnés et @princessma­rthalouise, 86 100 abonnés pour un peu plus de 5 millions d’habitants), Monaco (@hshprinces­scharlene,

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 ??  ?? Instagram permet aujourd’hui de suivre les souverains : fête en famille du prince Albert II pour ses 60 ans, selfie du prince héritier de Dubaï, vacances estivales de la princesse héritière de Suède avec la princesse Estelle et le prince Oscar…
Instagram permet aujourd’hui de suivre les souverains : fête en famille du prince Albert II pour ses 60 ans, selfie du prince héritier de Dubaï, vacances estivales de la princesse héritière de Suède avec la princesse Estelle et le prince Oscar…
 ??  ?? Élisabeth II s’est mise elle aussi à l’heure des réseaux sociaux. En haut, en 2016, twittant ses remercieme­nts à tous ceux qui lui ont fêté ses 90 ans. Ci-dessus, le 7 mars dernier, postant son premier message Instagram.
Élisabeth II s’est mise elle aussi à l’heure des réseaux sociaux. En haut, en 2016, twittant ses remercieme­nts à tous ceux qui lui ont fêté ses 90 ans. Ci-dessus, le 7 mars dernier, postant son premier message Instagram.
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 ??  ?? En avril 2016, la reine Élisabeth II et le prince Harry se mettent en scène partageant une vidéo pour la promotion des Invictus Games. Égérie mode, la princesse Talita de Furstenber­g est suivie sur Instagram par plus de 170 000 personnes.
En avril 2016, la reine Élisabeth II et le prince Harry se mettent en scène partageant une vidéo pour la promotion des Invictus Games. Égérie mode, la princesse Talita de Furstenber­g est suivie sur Instagram par plus de 170 000 personnes.
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 ??  ?? La famille royale de Jordanie est particuliè­rement active sur les réseaux, partageant ses moments de complicité. Ci-dessus, en mai 2018, la reine Rania lors de la remise des diplômes de sa fille, la princesse Salma. Ci-contre, le prince héritier plaisantan­t avec sa soeur, puis en compagnie de son père, le roi Abdallah II.
La famille royale de Jordanie est particuliè­rement active sur les réseaux, partageant ses moments de complicité. Ci-dessus, en mai 2018, la reine Rania lors de la remise des diplômes de sa fille, la princesse Salma. Ci-contre, le prince héritier plaisantan­t avec sa soeur, puis en compagnie de son père, le roi Abdallah II.
 ??  ?? Fille aînée du prince Paul et de la princesse Marie-Chantal de Grèce, la princesse Maria-Olympia est une figure de la mode, dont le compte est suivi par 160 000 abonnés.
Fille aînée du prince Paul et de la princesse Marie-Chantal de Grèce, la princesse Maria-Olympia est une figure de la mode, dont le compte est suivi par 160 000 abonnés.
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 ??  ?? Le 22 juillet 2013, un tweet annonce l’arrivée de la duchesse de Cambridge à la maternité – où viendra au monde le prince George. Les premières photos du prince Louis, avec sa soeur la princesse Charlotte, sont prises par leur mère et partagées sur Instagram.
Le 22 juillet 2013, un tweet annonce l’arrivée de la duchesse de Cambridge à la maternité – où viendra au monde le prince George. Les premières photos du prince Louis, avec sa soeur la princesse Charlotte, sont prises par leur mère et partagées sur Instagram.
 ??  ?? Le prince Charles et ses fils lors des Invictus Games, en 2014. La duchesse de Sussex avec les femmes du Hubb Community Kitchen.
Le prince Charles et ses fils lors des Invictus Games, en 2014. La duchesse de Sussex avec les femmes du Hubb Community Kitchen.
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