EX­TRAITS

Première - Hors-série - - LE SOM­MAIRE DE L'HOR­REUR - ERA­SE­RHEAD PAR DA­VID LYNCH

Dans son au­to­bio­gra­phie, Da­vid Lynch re­vient sur son ca­phar­naüm in­time. Ex­traits ex­clu­sifs sur la ges­ta­tion d’Era­se­rhead.

Entre 1972 et 1975, dans les sous-sols de l’Ame­ri­can Film Ins­ti­tute, un étu­diant en ci­né­ma nom­mé Da­vid Lynch tourne l’un des films les plus an­gois­sants de tous les temps. Dans des ex­traits ex­clu­sifs de son au­to­bio­gra­phie, L’Es­pace du rêve (qui pa­raît chez JC Lat­tès le 19 oc­tobre), le réa­li­sa­teur ra­conte com­ment ses vi­sions cau­che­mar­desques sont de­ve­nues réa­li­té.

« LE SANG COULE À TRA­VERS UNE GRILLE »

« Dès que j’ai com­men­cé Era­se­rhead, j’ai ces­sé d’as­sis­ter aux cours [de l’Ame­ri­can Film Ins­ti­tute]. Je pas­sais de temps à autre à l’AFI pour re­gar­der un film. Le pro­jec­tion­niste de la grande salle était mor­du de ci­né­ma, un type comme on n’en fait plus, et quand il me di­sait “Da­vid, il faut que tu voies ce film”, je sa­vais que ce se­rait une oeuvre spé­ciale. Il m’a mon­tré Le Sang des bêtes, un film fran­çais. L’his­toire os­cille entre un couple flâ­nant dans un vil­lage et un im­mense abat­toir aux portes de Pa­ris. Cour pa­vée, grosses chaînes et ins­tru­ments en mé­tal. Les em­ployés amènent un che­val. On voit de la buée sor­tir de ses na­seaux. Ils lui masquent les yeux et BAM ! – ils l’abattent. En­suite, ils le sus­pendent à l’aide de chaînes en­rou­lées au­tour de ses sa­bots, et le dé­pècent en un rien de temps. Le sang coule à tra­vers une grille. Puis, re­tour au couple qui se pro­mène tran­quille­ment. Fa­bu­leux. »

« LA COUPE DE CHE­VEUX DE JACK ÉTAIT CRU­CIALE »

« Pour trou­ver les ac­teurs d’Era­se­rhead, je suis al­lé voir un réa­li­sa­teur du nom de Da­vid Lin­de­man, an­cien étu­diant à l’AFI. Je lui ai dé­crit le per­son­nage d’Hen­ry et lui ai de­man­dé s’il connais­sait un homme ca­pable de te­nir le rôle. Il m’a don­né deux noms. L’un d’eux était Jack Nance, que j’ai dé­ci­dé de ren­con­trer. Pour ce film, tous les ac­teurs que j’ai choi­sis sont les pre­miers que j’ai au­di­tion­nés. Je n’ai pas pris n’im­porte qui – ils étaient tout sim­ple­ment par­faits. Bâ­ti sur une col­line, le ma­noir Do­he­ny comp­tait un étage, un sous-sol et un se­cond sous-sol, avec des bu­reaux et une buan­de­rie. Comme il faut de la lu­mière na­tu­relle pour la­ver le linge, cette pièce dis­po­sait d’un puits, in­vi­sible de­puis la rue. Une che­mi­née d’en­vi­ron cinq mètres de large où étaient pen­dus les vê­te­ments propres. Un lieu gé­nial, avec des murs en bé­ton et de beaux es­ca­liers. C’est là que j’ai ins­tal­lé la scène où se pro­duit la Dame dans le Ra­dia­teur. Nous avons mis beau­coup de temps à la mettre en place, sans doute à cause de notre mi­nus­cule bud­get. J’ai fait la connais­sance de Jack Nance dans l’un des bu­reaux du deuxième sous-sol. Il était d’hu­meur bour­rue – il se de­man­dait sû­re­ment ce qu’il fi­chait dans cette pro­duc­tion d’étu­diants. On a dis­cu­té, mais le cou­rant n’est pas vrai­ment pas­sé. Après, je l’ai rac­com­pa­gné ; on n’a pas échan­gé un mot. Puis on est ar­ri­vés sur le par­king. Là, Jack s’est ex­cla­mé :

“Cool, la ga­le­rie !

— Mer­ci, ai-je ré­pon­du.

— C’est votre voi­ture ? Oh mon Dieu !”

Sou­dain, Jack était un autre homme. La con­ver­sa­tion s’est em­bal­lée. Et on a par­lé d’Hen­ry. J’ai ten­té de le dé­crire : “Un homme qui a l’air confus.” Alors Jack a pris un air confus. “Non, ce n’est pas la bonne ex­pres­sion. En fait, il est plu­tôt per­du.” Jack a chan­gé d’ex­pres­sion ; ce n’était pas en­core ça. “Peut-être qu’il s’in­ter­roge, je ne sais pas.” Jack s’est com­po­sé un vi­sage in­ter­ro­ga­teur. Fi­na­le­ment, je l’ai pris par les épaules : “Es­saie le vide to­tal.” Là, il n’a plus rien ex­pri­mé, et c’était dans le mille. “Jack, tu le tiens !” Par la suite, on fai­sait des blagues du genre “Hen­ry, c’est le vide to­tal”. (…)

Quand je l’ai ren­con­tré, Jack avait une sorte de coupe afro. On ne vou­lait pas qu’il se coupe les che­veux juste avant le tour­nage, alors une se­maine plus tôt, j’ai fait ve­nir un bar­bier, qui a em­me­né Jack dans le gre­nier pour lui cou­per les che­veux. Je les vou­lais courts sur les cô­tés et longs sur le des­sus – c’était très im­por­tant. Pour une rai­son que j’ignore, c’est un dé­tail qui compte beau­coup pour moi dans la vie. La coupe de che­veux de Jack était cru­ciale, mais ce n’est que le pre­mier soir du tour­nage, quand Char­lotte lui a ébou­rif­fé les

che­veux, qu’Hen­ry a dé­fi­ni­ti­ve­ment trou­vé son style. Avec ce geste, elle a eu un rôle ma­jeur dans la créa­tion du per­son­nage d’Hen­ry. »

« LES SEULS MAÎTRES DES LIEUX »

« Comme per­sonne ne se ser­vait des écu­ries de l’AFI, j’ai pris pos­ses­sion des lieux, et j’ai bé­né­fi­cié d’un im­mense pla­teau de ci­né­ma pen­dant quatre ans. Le pre­mier soir du tour­nage, des étu­diants sont ve­nus voir ce que je fai­sais, après quoi je ne les ai plus ja­mais re­vus. J’avais une chance folle – c’était le pa­ra­dis ! Pen­dant la pre­mière an­née, les seules per­sonnes qui ont oc­cu­pé l’es­pace sont Do­reen Small, Ca­the­rine Coul­son, Herb Card­well – puis Fred, quand il a rem­pla­cé Herb –, les ac­teurs, et moi. Al ve­nait faire des prises de sons oc­ca­sion­nelles, mais en de­hors de lui, per­sonne d’autre n’a as­sis­té au tour­nage. Pen­dant quatre ans, en de­hors de quelques week-ends où j’ai fait ap­pel à d’autres per­sonnes, ma pe­tite équipe et moi étions les seuls maîtres des lieux. (…)

Dans la salle à man­ger des écu­ries, je met­tais Tannhäu­ser et Tris­tan et Iseult de Wa­gner. Jack et moi, on écou­tait ces opé­ras jus­qu’à la nuit tom­bée, le vo­lume à fond. J’ai­mais aus­si la So­nate au clair de lune, in­ter­pré­tée par Vla­di­mir Ho­ro­witz. Oh, mon Dieu, ce type était un pro­dige ! J’ai en­ten­du dire qu’il était ca­pable de jouer une note de pia­no de cent ma­nières dif­fé­rentes, de l’in­ter­pré­ta­tion la plus dé­li­cate à la plus triom­phale. Son âme se dé­ver­sait dans sa mu­sique. Et dire que

Bee­tho­ven a écrit cette so­nate quand il était sourd ! C’est tout sim­ple­ment in­croyable. Cap­tain Beef­heart était lui aus­si un grand ar­tiste, et j’écou­tais sou­vent Trout Mask Re­pli­ca. Les ac­teurs ar­ri­vaient vers 18 heures. En les at­ten­dant, Jack et moi res­tions tran­quille­ment dans la salle à man­ger à nous en­ivrer de mu­sique. Nous étions dans la plus belle par­tie de Be­ver­ly Hills. On re­gar­dait le soir tom­ber sur la fo­rêt en fu­mant des ci­ga­rettes, la mu­sique à pleins tubes. »

« LE FOE­TUS FLOT­TANT DANS MON GA­RAGE »

« Si on vou­lait tour­ner en ex­té­rieur, sur le do­maine du Ma­noir, on de­vait tra­vailler les vendredi, sa­me­di et di­manche, et tout net­toyer avant l’ar­ri­vée des gar­diens le lun­di. S’ils nous tom­baient des­sus, on ris­quait d’avoir de gros en­nuis. On a tour­né la sé­quence de l’ar­ri­vée sur la pla­nète dans l’es­pace où l’AFI stocke son bois de chauf­fage ; le foe­tus flot­tant dans mon ga­rage ; Hen­ry pla­nant à la sur­face de la pla­nète dans le sa­lon de Fred. J’ai fa­bri­qué un grand plan in­cli­né chez moi et je l’ai ap­por­té chez Fred, qui a fixé un rail et une ca­mé­ra des­sus pour réa­li­ser des tra­vel­lings. Voi­là com­ment on ar­rive sur la pla­nète. Cut. Puis on pro­gresse sur le globe. Fred s’était bran­ché sur le boî­tier élec­trique de sa mai­son – on vo­lait de l’élec­tri­ci­té –, et de gros câbles cou­raient sur le sol de son sa­lon. Quand on avait des ques­tions sur les ef­fets spé­ciaux, on in­ter­ro­geait des pro­duc­teurs de sé­ries C – pas B ! À cette oc­ca­sion, on a ren­con­tré de vrais phé­no­mènes. Avant tout, j’ai ap­pris qu’avec un peu de bon sens on pou­vait créer nous-mêmes les ef­fets spé­ciaux. (…) Un week-end, on tour­nait ce qu’on a sur­nom­mé « la scène des pièces de dix cents ». (…) Dans la scène, à la­quelle Hen­ry as­siste de­puis la fe­nêtre de son ap­par­te­ment, des en­fants trouvent les pièces, puis des adultes ar­rivent à leur tour, les chassent, et se battent pour les avoir. J’ai trans­por­té une tonne de terre et j’ai ti­ré un long tuyau pour créer une flaque de boue. En­suite, on a pla­cé la ca­mé­ra de ma­nière à pou­voir fil­mer la scène d’en haut. Ça nous a pris un temps fou, ins­tal­ler tout le ma­té­riel en haut de la col­line et fa­bri­quer le sup­port de la ca­mé­ra. Je me rap­pelle le com­men­taire de Jack : “Tu sais, Lynch, ils ne le sau­ront ja­mais.” En un sens, c’est vrai pour tous les films. On au­ra beau ra­con­ter tout ce qui s’est pas­sé, per­sonne ne peut ima­gi­ner l’ex­pé­rience qu’on a vé­cue. C’est comme ra­con­ter un rêve. Per­sonne ne peut rê­ver à votre place. »

« ILS PAS­SAIENT DES FILMS À UNE SALLE DÉ­SERTE »

« Le ma­noir Do­he­ny dis­po­sait d’un grand sa­lon, une an­cienne salle de bal, où l’AFI avait ins­tal­lé un grand écran et une ca­bine de pro­jec­tion sur un bal­con, en l’en­droit où jouait au­tre­fois l’or­chestre. La table de mixage se trou­vait au fond de la salle. Au pla­fond, pen­dait un chan­de­lier dont la lu­mi­no­si­té di­mi­nuait à me­sure qu’il s’éle­vait. Re­gar­der un film dans ce lieu était ma­gique. Un jour, Al et moi étions oc­cu­pés au mon­tage dans la salle quand des gens ont fait in­tru­sion. Je ne sup­por­tais pas d’avoir des in­con­nus dans les pattes et leur ai

« EN TERMES DE RÉA­LI­SA­TION ET D’AC­COM­PLIS­SE­MENT PER­SON­NELS, ERA­SE­RHEAD ÉTAIT UNE RÉUS­SITE À MES YEUX. » DA­VID LYNCH

de­man­dé de s’en al­ler, quand quel­qu’un m’a ex­pli­qué : “Ces gens re­pré­sentent le Fes­ti­val de Cannes. Est-ce qu’ils peuvent je­ter un coup d’oeil? Ce se­rait bien pour toi, Da­vid.” D’or­di­naire, j’au­rais re­fu­sé, mais je les ai lais­sés en­trer. Je ne les ai pas vrai­ment vus, mais j’ima­gi­nais une bande de Fran­çais coif­fés de bé­rets. Ils sont res­tés à peine cinq mi­nutes. Par la suite, j’ai ap­pris qu’ils me trou­vaient “en­core plus buñue­lien que Buñuel!” et me conseillaient d’ap­por­ter le film à New York, où avaient lieu les sé­lec­tions pour Cannes. (…)

J’avais douze bo­bines d’images et douze de son. Je les ai ran­gées dans [un] cha­riot, que j’ai en­rou­lé de gros scotch, avant de l’en­re­gis­trer comme ba­gage à l’aé­ro­port. Puis j’ai re­ti­ré tout l’argent de mon compte en banque pour m’ache­ter un billet pour le vol de nuit. À mon ar­ri­vée, j’étais ma­lade. J’avais un gros rhume et j’étais fié­vreux. La soeur de la Dame dans le Ra­dia­teur, qui ha­bi­tait New York, m’a of­fert le pe­tit dé­jeu­ner. Puis elle m’a ai­dé à trou­ver un taxi, et je me suis ren­du dans un ci­né­ma down­town. Le type de l’ac­cueil m’a dit : “At­ten­dez ici, tous ces films sont pré­vus avant le vôtre…” Il a dé­si­gné une longue ran­gée de bo­bines. J’ai bu du ca­fé et man­gé des bei­gnets toute la jour­née en fai­sant les cent pas dans l’en­trée, quand en­fin, le pro­jec­tion­niste a lan­cé Era­se­rhead. C’était la fin de l’après-mi­di. J’ai écou­té à la porte – ça m’a pa­ru in­ter­mi­nable ! À la fin, il m’a ren­du mes bo­bines en sou­pi­rant : “Voi­là, c’est ter­mi­né.” J’ai plié ba­gage et je suis ren­tré à la mai­son. Une se­maine plus tard, j’ai ap­pris que per­sonne n’avait as­sis­té à la pro­jec­tion. Ils pas­saient des films à une salle dé­serte. Ça m’a fi­chu un coup au mo­ral. Puis je l’ai pré­sen­té au New York Film Fes­ti­val, mais là en­core, il a été re­fu­sé. Je n’avais pas en­vie de ten­ter ma chance au Fil­mex [fes­ti­val à Los An­geles], mais Ma­ry Fisk a in­sis­té : ”Al­lez, je t’em­mène là-bas et tu vas le leur mon­trer.” J’ai char­gé les bo­bines dans sa voi­ture et j’ai don­né mon film en mau­gréant : “Re­fu­sé à Cannes, re­fu­sé à New York… je ne vois pas pour­quoi ce se­rait dif­fé­rent ici…” Le type m’a ré­pon­du : “Hauts les coeurs, mon pote ! On ne se laisse pas in­fluen­cer par les autres. On s’en fiche si ton film a été re­fu­sé deux fois.” »

« LE NI­VEAU D’OBS­CU­RI­TÉ QUE JE RÉ­CLA­MAIS »

« Un jeune qui tra­vaillait dans la dis­tri­bu­tion a vu Era­se­rhead et a aus­si­tôt pen­sé que Ben Ba­ren­holtz était l’homme de la si­tua­tion. Il l’a contac­té et Ben a de­man­dé à me ren­con­trer. C’était un sa­cré per­son­nage, ce Ben ! Un homme d’af­faires sé­rieux et un dé­cou­vreur de ta­lents. C’est l’homme qui a ini­tié les pro­jec­tions de films à mi­nuit. Il était très en­thou­siaste : “Da­vid, je ne vais pas faire beau­coup de pu­bli­ci­té, mais je peux te ga­ran­tir que dans moins de deux mois, les gens vont se battre pour voir ton film.” (…)

J’ai pas­sé tout l’été chez Ben, pour bos­ser dans un la­bo ap­pe­lé Pre­ci­sion Lab. Il existe peut-être des la­bos où tra­vaillent des ar­tistes mais, dans ce­lui-là, il y avait plu­tôt des chauf­feurs de poids lourds. Ils ne com­pre­naient pas pour­quoi je vou­lais un film aus­si sombre et re­fu­saient de noir­cir la co­pie. “Non, on ne peut pas faire une co­pie noire”, plai­daient-ils. Il a fal­lu deux mois pour par­ve­nir au ni­veau d’obs­cu­ri­té que je ré­cla­mais. Ils ont réa­li­sé plu­sieurs ver­sions com­plè­te­ment ra­tées. En­fin, j’ai ob­te­nu la co­pie qui me conve­nait et le film a été inau­gu­ré au Ci­ne­ma Vil­lage, à Man­hat­tan. Je ne suis pas al­lé à la pre­mière. Mais deux soi­rées de lan­ce­ment ont été or­ga­ni­sées, le jeu­di et le vendredi, pour les gens du mé­tier et les amis, avant la pro­jec­tion inau­gu­rale du sa­me­di. J’ai en­ten­du dire que vingt-six per­sonnes étaient pré­sentes le pre­mier soir, et vingt-quatre lors du deuxième. Après le lan­ce­ment, je n’avais tou­jours pas d’argent, alors je suis ren­tré à Los An­geles, et je suis al­lé à Ri­ver­side pour ré­no­ver une mai­son avec mon père. Je n’étais pas dé­mo­ra­li­sé. Pas du tout! J’étais re­con­nais­sant que le film soit ter­mi­né et dis­tri­bué. Ce n’était pas vrai­ment un suc­cès, mais tout est re­la­tif. D’un point de vue fi­nan­cier, Les Dents de la mer est un im­mense suc­cès. Mais en termes de réa­li­sa­tion et d’ac­com­plis­se­ment per­son­nels, Era­se­rhead était une réus­site à mes yeux. »

Da­vid Lynch sur le tour­nage d’Era­se­rhead

Char­lotte Ste­wart et Da­vid Lynch sur le tour­nage d’Era­se­rhead

Era­se­rhead

Herb Card­well, Da­vid Lynch et Jack Nance sur le tour­nage d’Era­se­rhead

Lau­rel Near

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.