CHAN­NEL ZE­RO

Première - Hors-série - - SÉ­LEC­TION / NI­CO­LAS CAGE - BR

Plus ou moins éga­rée dans les limbes de la pro­gram­ma­tion, cette pe­tite an­tho­lo­gie d’hor­reur sans pré­ten­tion (et sans grands moyens) n’en fi­nit pas de se faire re­mar­quer. Avis aux fans du genre.

Sous sa forme fil­mée, l’hor­reur est un genre dia­bo­li­que­ment exi­geant en termes de rythme. Ré­sul­tant d’un sub­til do­sage entre mo­ments d’ap­pré­hen­sion et dé­charges élec­triques dures, il im­plique une nar­ra­tion à mèche courte, de cir­con­fé­rence moyenne, ca­pable d’en­tre­te­nir le sus­pense et le mys­tère juste ce qu’il faut, de sorte à ga­ran­tir l’ef­fi­ca­ci­té in­ter­mit­tente de ses jump scares. Trop de sus­pense, et la pres­sion de­vient in­sou­te­nable. Trop de jump scares, et l’ef­fet en lui-même perd de sa force ca­thar­tique. Un équi­libre (une ten­sion) dif­fi­cile à main­te­nir sur la du­rée, y com­pris pour un long mé­trage de deux heures. Pour cette rai­son, l’hor­reur pure ne s’est ja­mais très bien ac­cli­ma­tée au for­mat sé­rie té­lé, ou alors sous la forme de ré­cits conte­nus (Al­fred Hit­ch­cock pré­sente, Les Contes de la crypte, der­niè­re­ment Black Mirror). La « dé­li­ca­tesse » du genre et son sens ai­gu de l’éco­no­mie sup­portent mal les his­toires à ral­longe éta­lées sur dix épi­sodes ou plus. Ame­ri­can Horror Sto­ry le prouve chaque sai­son en in­vo­quant à mi-par­cours des twists gro­tesques et li­cen­cieux pour re­lan­cer l’in­té­rêt. Chan­nel Ze­ro est peut-être la pre­mière sé­rie d’hor­reur qui réus­sit à dé­jouer les at­tentes du feuille­ton et à se cou­ler na­tu­rel­le­ment dans un cadre té­lé. Chaque sai­son ra­conte une his­toire com­plète li­bre­ment adap­tée d’une cree­py­pas­ta, du nom de ces fic­tions nées et dif­fu­sées sur in­ter­net, au goût de lé­gendes ur­baines (Slen­der­man, la plus connue, ins­pi­ra une ten­ta­tive de meurtre bien réelle). Les his­toires sont longues mais pas trop, et la sé­rie ne cultive pas tant les cris d’ef­froi qu’une am­biance sourde et op­pres­sante de rêve qui dé­bloque. Un sen­ti­ment de ma­laise constant et pro­lon­gé.

À LA STE­PHEN KING. Noyée dans le flot de mé­dio­cri­tés dif­fu­sées sur la chaîne SyFy, Chan­nel Ze­ro est une sorte de ra­re­té à l’ère de la Peak TV (ce terme qui dé­signe la sur­abon­dance de sé­ries que nous connais­sons au­jourd’hui) : un vrai tré­sor ca­ché, la meilleure sé­rie que per­sonne ne re­garde, ti­rée du genre ac­tuel­le­ment le plus po­pu­laire sur la pla­nète (l’hor­reur ru­rale et psy­cho­lo­gique à la Ste­phen King). La qua­li­té de son cas­ting au­rait dû mettre la puce à l’oreille. Dans la pre­mière sai­son, in­ti­tu­lée Candle Cove, le tou­jours flip­pant Paul Sch­nei­der joue un psy pour en­fants qui re­tourne dans son pa­te­lin na­tal pour se confron­ter aux er­reurs de sa mère (Fio­na Shaw) et à la ré­sur­gence d’un show TV de ma­rion­nettes qui le ter­ri­fiait quand il était gosse, mais dont lui seul semble se sou­ve­nir. De pro­duc­tion mo­deste, voire « na­tu­ra­liste », les six épi­sodes (si­gnés Craig William Mac­neill, réa­li­sa­teur de The Boy) ont une sen­si­bi­li­té in­dé qui est celle de la sé­rie.

CROQUE-MI­TAINES MAS­QUÉS. La sai­son 2 s’em­pare lit­té­ra­le­ment du It Fol­lows de Da­vid Ro­bert Mit­chell. Som­met sty­lis­tique du show, No-End House est une mé­di­ta­tion fa­çon La Qua­trième Di­men­sion sur le deuil. Le cal­vaire d’une ado bri­sée par la mort de son père (John Ca­roll Lynch) qui bas­cule via une étrange mai­son dans un monde ban­lieu­sard « bi­zar­ro », proche du sien mais avec ses règles propres, ses ha­bi­tants-co­pies et ses croque-mi­taines mas­qués. Don Man­ci­ni, créa­teur de la pou­pée Chu­cky, est pro­duc­teur sur la sé­rie et Har­ley Pey­ton, un an­cien de Twin Peaks, en écrit les épi­sodes. Tout ça fait sens à l’écran... But­cher’s Block, der­nière sai­son en date, est un peu moins convain­cante avec ses gnomes en ca­puche et son am­biance Phan­tasm ré­chauf­fée, mais Rut­ger Hauer y est su­perbe en bou­cher-gué­ris­seur mys­tique. Dan­dy au cha­peau mou, il joue une sorte d’Han­ni­bal Lec­ter des en­fers. Son meilleur rôle de­puis 1987.

Paul Sch­nei­der

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