2001 À L’IN­FI­NI

Com­ment cé­lé­brer di­gne­ment les 50 ans de 2001, l’odyssée de l’es­pace? Sur sup­port pel­li­cule ou en di­gi­tal? Avec ou sans Ch­ris­to­pher No­lan? De­puis l’au-de­là, Ku­brick conti­nue de po­ser d’ob­sé­dantes ques­tions de ci­né­ma.

Première - Hors-série - - JOURNAL 2018 - PAR FRÉ­DÉ­RIC FOU­BERT

Com­ment bien (re)voir 2001, l’odyssée de l’es­pace à l’oc­ca­sion de la cé­lé­bra­tion de son de­mi-siècle? Sans doute in­fluen­cés par le per­fec­tion­nisme lé­gen­daire de Stan­ley Ku­brick – qui vé­ri­fiait l’état de chaque co­pie de ses films en cir­cu­la­tion et har­ce­lait les pro­jec­tion­nistes de coups de fil ma­niaques – pas mal de ci­né­philes, cette an­née, se sont de­man­dé quelle était la meilleure fa­çon de sa­vou­rer le mo­no­lithe qui a ré­vo­lu­tion­né l’his­toire de la SF. Ch­ris­to­pher No­lan a dé­bar­qué au Fes­ti­val de Cannes avec une co­pie 70 mm « non res­tau­rée », ti­rée du né­ga­tif ori­gi­nel, per­met­tant de voir le film comme si c’était la pre­mière fois, tel qu’il a été dé­cou­vert par ses pre­miers spec­ta­teurs, en 1968. Po­sant en hé­ri­tier « of­fi­ciel » de Ku­brick (en­tou­ré en haut des marches du Pa­lais des fes­ti­vals par la fille du gé­nie, Ka­tha­ri­na, son beau-frère Jan Har­lan et l’ac­teur Keir Dul­lea), le réa­li­sa­teur d’In­ters­tel­lar conti­nuait ain­si sa croisade pour ini­tier les jeunes gé­né­ra­tions aux plai­sirs de la pel­li­cule, croisade qu’il mène aux cô­tés de Quen­tin Ta­ran­ti­no et Paul Tho­mas An­der­son. Cette co­pie « un­res­to­red » qui a cir­cu­lé dans quelques salles, jus­qu’au fes­ti­val Lu­mière de Lyon, en oc­tobre, où, cette fois-ci, c’est Dou­glas Trum­bull, le res­pon­sable des ef­fets spé­ciaux du film, sans doute l’homme qui connaît le mieux les se­crets de fa­bri­ca­tion de 2001, qui ac­com­pa­gnait la projection et mé­di­tait sur l’hé­ri­tage de son men­tor et vieil ami Stan­ley. Il ne se gê­nait pas pour dire que le sta­tut de néo-Ku­brick re­ven­di­qué par No­lan était un chouïa usur­pé (« Il s’est au­to-pro­cla­mé hé­ri­tier! ») et sou­li­gner que la meilleure fa­çon d’ap­pré­cier 2001, à ses yeux, c’est dans sa res­tau­ra­tion 4K Ul­tra HD. « C’est mieux, nous confiait-il. Il n’y a pas de grain, pas de vi­bra­tion, la lu­mi­no­si­té est meilleure, les cou­leurs aus­si. C’est un for­mat su­pé­rieur. La pel­li­cule, c’est du pas­sé. Je suis au-de­là. I’m all di­gi­tal. » Dans Rea­dy Player One, Ste­ven Spiel­berg, autre grand ci­néaste s’étant dé­fi­ni par rap­port au sou­ve­nir de Ku­brick, pré­di­sait de son cô­té que, bien­tôt, on pour­ra tous « ren­trer » dans les films du maître et se ba­la­der, par exemple, dans les cou­loirs de l’hô­tel Over­look de Shi­ning. Le trip conti­nue.

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