L’AMOUR EST UNE FÊTE

Lel­louche et Ca­net dans un po­lar 70s qui est aus­si une cé­lé­bra­tion amou­reuse du ci­né­ma (X, mais pas seule­ment).

Première - - PREVIEW - u PAR GAËL GOLHEN

Pris entre deux feux. Il y a vi­si­ble­ment deux films dans L’Amour est une fête. Le pre­mier est un po­lar clin­quant, à l’am­biance néons rouges et aux se­cousses « gial­lesques ». Une des­cente fla­shy dans les en­fers du Pi­galle an­nées 70. Le nou­veau film de Cé­dric An­ger ra­conte l’his­toire de deux po­li­ciers in­fil­trés qui tentent de faire tom­ber un truand de la pègre lo­cale. Rou­fla­quettes et pattes d’eph de ri­gueur, Gilles Lel­louche et Guillaume Ca­net in­carnent ces deux flics qui tiennent un sex-shop et gra­vissent un à un les éche­lons du com­merce du cul pour de­ve­nir des pro­duc­teurs de ci­né­ma X. Cé­dric An­ger ra­conte leur as­cen­sion et leur en­quête, et montre les dé­buts de la ré­vo­lu­tion cultu­relle, ce mo­ment où le bu­si­ness du por­no res­sort de des­sous le comp­toir pour s’or­ga­ni­ser en in­dus­trie. En écri­vant son script, le cinéaste de­vait pen­ser aux épo­pées so­ciales de Da­vid Si­mon ( The Wire ou The Deuce). Mais cet as­pect po­lar est vite écor­ché, tailla­dé même, par une autre am­bi­tion. Der­rière cet uni­vers louche se cache une dé­cla­ra­tion d’amour. An­ger ra­conte aus­si l’in­dus­trie du X de l’in­té­rieur, évoque un ar­ti­sa­nat où le sexe était fil­mé par de vrais réa­li­sa­teurs, avec de vé­ri­tables scé­na­rios, dans une am­biance libre (et li­ber­taire). Lorsque les deux flics se mettent à pro­duire leur propre film por­no, L’Amour est une fête de­vient une cé­lé­bra­tion so­laire et jouis­sive. An­ger nous em­mène dans ces cou­lisses où tout bat deux fois plus vite, deux fois plus fort. Il y a la star amou­reuse du pro­duc­teur, le réa­li­sa­teur épris d’art, les fi­gu­rants qui se dé­dient corps et âme... Ça vous rap­pelle quelque chose ? An­ger le re­con­naît, L’Amour est une fête est sa Nuit amé­ri­caine du X. À l’heure de #MeToo, des por­nos trash et de YouPorn, son film de­vrait rap­pe­ler que le sexe (fil­mé) peut aus­si être beau, lé­ger, amu­sant, trou­blant et éro­tique.

Gilles Lel­louche et Guillaume Ca­net

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