SCÈNE CULTE

PAR COS­TA-GA­VRAS. « Avouez ! » hurle-t-on à Yves Mon­tand. À l’oc­ca­sion de la sor­tie de ses mé­moires ( Va où il est im­pos­sible d’al­ler, Éd. du Seuil), le cinéaste re­vient sur une scène mé­mo­rable de L’Aveu et dé­voile l’ori­gine des fa­meuses lu­nettes.

Première - - SOMMAIRE - u PRO­POS RE­CUEILLIS PAR SO­PHIE BENAMON u ILLUSTRATION GA­BRIEL DE LAUBIER

L’Aveu de Cos­ta-Ga­vras

« Pour moi, la bande so­nore (avec ou sans mu­sique) est presque un per­son­nage à part en­tière. Sur L’Aveu, j’ai pris la dé­ci­sion de ne pas mettre de mu­sique pour que le jeu des ac­teurs et les images soient les plus purs pos­sible. Il n’y avait au­cune né­ces­si­té de dra­ma­ti­ser da­van­tage. Et puis, je vou­lais éviter la vio­lence crue, pre­mier degré. Le spec­ta­teur de­vait ima­gi­ner la dou­leur. Les seuls sons sont donc ceux qu’en­tend le pri­son­nier : cla­que­ments des portes des cel­lules, cris des gardes, hur­le­ments des per­sonnes tor­tu­rées, bruits de pas, suin­te­ment des murs. » La voix off du sur­vi­vant « Dans cette scène, je fais com­men­cer la voix off, qui vient se su­per­po­ser aux in­ter­ro­ga­toires. Il fal­lait bri­ser le sus­pense sur la sur­vie du per­son­nage prin­ci­pal. En l’en­ten­dant ra­con­ter, on sait qu’il est vi­vant. Comme ça, le spec­ta­teur peut voir le film du cô­té po­li­tique et non pas comme un po­lar. C’est pour cette rai­son que nous al­ter­nons les séances de tor­ture et les re­pas avec les amis dans le Sud de la France. Cette voix off, c’est celle de l’homme qui tente d’ex­pli­quer l’in­ex­pli­cable, le res­ca­pé qui écrit sur sa vie. » Sans mu­sique Un drame po­li­tique « Il fal­lait trai­ter des dé­gâts du com­mu­nisme sans tom­ber dans les cli­chés des films amé­ri­cains. Le ré­cit des « aveux » d’Ar­tur Lon­don [dont le film est ins­pi­ré], ob­te­nus par des tor­tures so­phis­ti­quées, avait l’avan­tage d’être vrai et de pré­sen­ter un homme qui res­tait com­mu­niste. Nous sommes juste après 1968, et la France in­tel­lec­tuelle et ar­tis­tique est très à gauche. Le PCF fai­sait 20 % aux élec­tions. Cer­tains me di­saient : “Tu fais une mau­vaise ac­tion.” Des ac­teurs ont même re­fu­sé de jouer dans le film. »

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