PORT­FO­LIO

L’Apo­ca­lypse se­lon Hop­per En 1970, après le triomphe d’Ea­sy Ri­der, Den­nis Hop­per part au Pé­rou tour­ner The Last Mo­vie. Éla­bo­ré dans un tour­billon de sexe, de drogues dures et d’im­pros ha­sar­deuses, le film fe­ra de son au­teur un pa­ria de Hol­ly­wood. Long­tem

Première - - SOMMAIRE - PAR FRÉ­DÉ­RIC FOUBERT

The Last Mo­vie de Den­nis Hop­per

Et si, contrai­re­ment à ce qu’on dit, le Nou­vel Hol­ly­wood n’était pas mort en 1980, au mo­ment du four de La Porte du pa­ra­dis, mais dix ans plus tôt, avec l’échec de The Last Mo­vie ? Inau­gu­rant la mode des ci­néastes 70s al­lant jouer leur car­rière dans des pro­jets din­gos tour­nés loin du confort des stu­dios ( Fried­kin avec Sor­ce­rer, Cop­po­la avec Apo­ca­lypse Now), Den­nis Hop­per avait choi­si le Pé­rou comme dé­cor de ce qui de­vait être son grand oeuvre. Mais The Last Mo­vie au­ra la sa­veur d’une mé­chante gueule de bois. C’est l’équi­valent ci­né d’Al­ta­mont, le concert san­glant des Stones qui mit fin à l’uto­pie flo­wer po­wer. Un fias­co qui di­sait que les rêves de ré­vo­lu­tion du ci­né­ma US n’al­laient pas du­rer. Comme le ré­su­ma le pro­duc­teur Paul Le­wis : « La fin des an­nées 70 a com­men­cé dès le dé­but des an­nées 70. » Mais qu’est-ce qui a foi­ré ? En 1969, Hop­per, icône contre-cultu­relle en état de grâce, convainc Uni­ver­sal de fi­nan­cer son pro­jet, l’his­toire d’un cas­ca­deur en­ga­gé sur le tour­nage d’un wes­tern dans un bled d’Amé­rique du Sud, qui se re­trouve pris dans une spi­rale de vio­lence quand les vil­la­geois dé­cident de re­jouer le film « pour de vrai », comme un rite re­li­gieux. Quitte à al­ler jus­qu’au sa­cri­fice hu­main... The Last Mo­vie se­ra à la fois une co­mé­die pi­ran­del­lienne, une ré­flexion sur le ci­né­ma et une fable an­ti­co­lo­nia­liste. Les pontes d’Uni­ver­sal ne pigent pas tout, mais donnent quand même le fi­nal cut à Hop­per. Sur place, la créa­ti­vi­té de l’équipe va être boos­tée par la consom­ma­tion fré­né­tique des spé­cia­li­tés lo­cales. « Le Pé­rou était la ca­pi­tale mon­diale du tra­fic de co­caïne, et tous les tra­fi­quants de L.A. in­sis­taient au­près de Den­nis pour tra­vailler sur le film », ra­conte Pe­ter Bis­kind dans Le Nou­vel Hol­ly­wood. Des or­gies ont lieu toutes les nuits à l’hô­tel, l’ac­teur Dean Sto­ck­well ré­cu­père en mâ­chant des feuilles de coca au pe­tit-dé­jeu­ner. Kris Kris­tof­fer­son, qui joue (de la gui­tare) dans le film, di­ra plus tard : « Hop­per vou­lait ra­con­ter la cor­rup­tion d’une pe­tite ville par une équipe de ci­né­ma, mais il fai­sait la même chose ! Ils ont vrai­ment tout sac­ca­gé sur leur pas­sage. Je crois qu’ils ont même réus­si à faire dé­fro­quer un prêtre... »

Le mon­tage se­ra plus chao­tique en­core, le cinéaste jun­kie res­tant cloî­tré pen­dant un an dans sa mai­son de Taos, au Nou­veau-Mexique. Ned Tan­nen, di­rec­teur de pro­duc­tion chez Uni­ver­sal : « À chaque fois que j’al­lais là-bas, le film fai­sait vingt mi­nutes de plus. » Le pro­jet mau­dit se­ra fi­na­le­ment en­ter­ré par ses fi­nan­ciers. De­puis 1971, on pou­vait le voir spo­ra­di­que­ment dans des fes­ti­vals, ou en té­lé­char­geant un boot­leg dé­la­vé. The Last Mo­vie était de­ve­nu the lost mo­vie, l’un des grands films per­dus de l’his­toire. Un ov­ni dé­glin­gué qui sort au­jourd’hui d’un de­mi-siècle de pur­ga­toire.

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