IN­TER­VIEW

Di­sen­chant­ment, qui ar­rive sur Net­flix le 17 août, ne se­ra pas Les Simp­son en Terre du Mi­lieu, mal­gré le dé­cor fan­ta­sy, le ton se­mi-pa­ro­dique et les per­son­nages ri­go­los aux gros yeux glo­bu­leux. Non, pro­mis : rien à voir. Ou alors de loin, juste un pe­tit p

Première - - SOMMAIRE - PAR BEN­JA­MIN ROZOVAS

Matt Groe­ning

Pour une sé­rie vieille de trente ans, Les Simp­son ne dis­pa­raît jamais vrai­ment du pay­sage. Ba­ro­mètre fiable des modes et des ten­dances, elle ali­mente la conver­sa­tion. La preuve, avec la contro­verse ré­cente au­tour du per­son­nage d’Apu, qui s’est re­fer­mée sur son créa­teur Matt Groe­ning et l’équipe de scé­na­ristes comme un piège dia­bo­lique. En 2018, la ca­ri­ca­ture du gé­rant de su­pé­rette in­dien (dou­blé par un Blanc) a sim­ple­ment du mal à pas­ser, et les au­teurs ont ré­agi à l’in­té­rieur du show avec une sé­quence où Li­sa, contem­plant une pho­to d’Apu, re­grette que « quelque chose dé­mar­ré il y a des dé­cen­nies et consi­dé­ré comme in­of­fen­sif soit de­ve­nu po­li­ti­que­ment in­cor­rect ». Jus­qu’à en­ve­ni­mer le dé­bat sur les ré­seaux so­ciaux et à pous­ser Groe­ning, d’or­di­naire dis­cret, à per­sis­ter à la té­lé­vi­sion amé­ri­caine : « Je suis fier de ce que nous fai­sons dans la sé­rie et je pense que nous vi­vons une époque, dans notre culture, où les gens adorent faire sem­blant d’être cho­qués. » On est tou­jours content d’avoir des nou­velles de Matt Groe­ning, même dans des cir­cons­tances aus­si ba­nales. Fin avril, Les Simp­son trô­nait en une des ga­zettes pour avoir bat­tu un nou­veau re­cord, ce­lui du plus grand nombre d’épi­sodes jamais pro­duits pour une sé­rie amé­ri­caine de prime time. Et, là aus­si, il s’est fait tout pe­tit. Comme il nous l’ex­plique dans l’in­ter­view qui suit, lui et l’équipe ont fê­té l’évé­ne­ment... en conti­nuant à tra­vailler. À 64 ans, il s’est oc­troyé le droit de « gee­ker » dans son coin. Il est oc­cu­pé à faire des car­toons et à en re­gar­der – et pro­ba­ble­ment à jouir de sa for­tune co­los­sale. Il n’a pas be­soin de tra­vailler ; il aime ça.

Six cent trente-six épi­sodes des Simp­son (à ce jour), Cent vingt- quatre épi­sodes de Fu­tu­ra­ma (ache­vée en 2011), et main­te­nant Di­sen­chant­ment, sa nou­velle créa­tion ani­mée dé­ve­lop­pée sous ban­nière Net­flix. Sa pre­mière sé­rie ra­di­ca­le­ment adulte : dans un uni­vers mé­dié­val fan­tas­tique, l’his­toire de Bean (« ha­ri­cot » en an­glais), une prin­cesse poch­tronne qui tente d’échap­per à son des­tin mo­nar­chique en com­pa­gnie de ses deux com­pa­gnons zé­lés : El­fo, qui lui aus­si a fui la ty­ran­nie fa­mi­liale, et Lu­ci, un dé­mon jouis­seur au phy­sique de tê­tard. Le des­sin pas­tel est un sym­pa­thique chan­ge­ment de rythme par rap­port aux Simp­son, mais ce sont les per­son­nages qui font la dif­fé­rence, en par­ti­cu­lier l’hé­roïne sor­dide et l’elfe couillon. C’est peut-être l’al­cool qui parle (ce­lui qui ir­rigue la sé­rie), mais on a le sen­ti­ment qu’ils sont là pour un mo­ment.

56

Les hé­ros de Di­sen­chant­ment : El­fo, Bean et Lu­ci

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.