by NWR, mode d’em­ploi

Après plu­sieurs mois de tea­sing, Ni­co­las Win­ding Refn a fi­ni par inau­gu­rer sa pla­te­forme dé­diée aux vieux films d’ex­ploi­ta­tion, byNWR. L’idée ? In­ven­ter le fu­tur des images grâce à une poi­gnée de séries B ou­bliées.

Première - - SOMMAIRE - PAR FRÉ­DÉ­RIC FOUBERT

C’est gra­tuit

Ni­co­las Win­ding Refn s’est lan­cé dans une croi­sade un peu folle. Non content de pas­ser une par­tie de son exis­tence à collectionner des co­pies d’obs­cures séries B des an­nées soixante, le dan­dy da­nois s’est ré­cem­ment mis en tête d’en ra­che­ter les droits, de les res­tau­rer et de les mettre en ac­cès gra­tuit sur une pla­te­forme dé­diée, byNWR, lan­cée cet été. Un geste qua­si ka­mi­kaze : alors que la guerre éco­no­mique fait rage dans le monde du strea­ming, NWR, lui, a dé­ci­dé de fi­nan­cer son site avec ses de­niers per­sos et de ne rien de­man­der à ses uti­li­sa­teurs en re­tour. « La gra­tui­té, c’est le fu­tur de l’en­ter­tain­ment », nous ex­pli­quait-il en oc­tobre der­nier, au fes­ti­val Lu­mière, pré­ci­sant que l’ar­gent lui vient des pubs qu’il tourne entre deux longs mé­trages.

C’est (peut-être) vi­sion­naire

À Lyon, du­rant le fes­ti­val Lu­mière, Refn, gé­nie du mar­ke­ting, s’était li­vré à un hap­pe­ning an­tho­lo­gique, où il an­non­çait très so­len­nel­le­ment la mort du ci­né­ma, de­man­dait à l’as­sem­blée quelques ins­tants de si­lence, avant de... dé­cla­rer le 7e art res­sus­ci­té, grâce à byNWR ! En don­nant ac­cès à des films d’ex­ploi­ta­tion ou­bliés (il y en a trois sur le site pour l’ins­tant, l’offre va aug­men­ter à rai­son d’un titre par mois), le réa­li­sa­teur de Drive es­time en ef­fet qu’il pour­ra ins­pi­rer « les en­fants du fu­tur » : « Je veux juste rap­pe­ler que le ci­né­ma peut être une source d’ins­pi­ra­tion, et que la créa­tion ar­tis­tique peut être ai­dée par la ré­vo­lu­tion di­gi­tale. Il faut ré­flé­chir à la fa­çon dont la tech­no­lo­gie va dé­ter­mi­ner les pos­si­bi­li­tés créa­tives de la jeu­nesse. » Ré­in­ven­ter le ci­né­ma grâce à la dé­cou­verte d’in­cu­nables six­ties in­ti­tu­lés Hot Th­rills and Warm Chil­ls ou Shan­ty Tramp ? Ça peut pa­raître bi­zarre mais c’est l’idée.

C’est (bien­tôt) en fran­çais

ByNWR ne se contente pas de mettre des films en ligne, il les as­sor­tit aus­si de conte­nus mul­ti­mé­dias (textes, photos, ar­chives di­verses), pen­sés et as­sem­blés par des écri­vains, des jour­na­listes et des his­to­riens de l’art, qui re­placent les oeuvres dans leur contexte cultu­rel, et lèvent ain­si le voile sur des as­pects mé­con­nus de la pop cul­ture. Les textes sont longs (les temps de lec­ture pour chaque ar­ticle sont in­di­qués et ça grimpe jus­qu’à 111 mi­nutes !) et le site donne vite l’im­pres­sion d’être en train d’ex­plo­rer un très élé­gant ca­bi­net de cu­rio­si­tés. Pour ne lais­ser per­sonne sur le car­reau, le dis­tri­bu­teur La Rab­bia est ac­tuel­le­ment en train de plan­cher sur la tra­duc­tion de toute cette lit­té­ra­ture, qu’on at­tend pour mars pro­chain (les sous-titres fran­çais des films, eux, sont dé­jà dis­po­nibles). Plus que ré­vo­lu­tion­ner la fa­çon dont on consomme les images, Ni­co­las Win­ding Refn donne sur­tout l’im­pres­sion de cher­cher à se (nous) faire plai­sir. À Lyon, un jour­na­liste lui a de­man­dé s’il pen­sait être le nou­vel Hen­ri Lan­glois. Ré­ponse de l’in­té­res­sé : « Oui, en plus beau gosse. »

Ni­co­las Win­ding Refn

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.