les do­cu­men­taires mu­si­caux

DOCS COL­LEC­TION

Première - - SOMMAIRE - u PAR GUILLAUME BON­NET & FRÉ­DÉ­RIC FOUBERT

Parce que la mu­sique po­pu­laire est un art de la per­for­mance, il fal­lait non seule­ment l’en­re­gis­trer mais aus­si la fil­mer, pour en gar­der la trace et in­ven­ter un genre, « le do­cu­men­taire mu­si­cal », peu avare en chefs-d’oeuvre. Voi­ci nos 20 pré­fé­rés.

20 IN BED WITH MA­DON­NA

(ALEX KESHISHIAN, 1991)

Ma­don­na en li­ber­té. Au ré­veil, pas ma­quillée. S’amu­sant avec ses co­pains dan­seurs comme une ly­céenne dé­lu­rée. Mi­mant une fel­la­tion sur une bou­teille d’Evian pour ri­go­ler... Le noir et blanc pas­tiche le style « ro­cku­men­taire », sur le vif, in­ven­té dans les six­ties par les pion­niers du genre. Pro­blème (ou pur gé­nie) : tout ici a l’air fake, bi­don, cal­cu­lé, scé­na­ri­sé. Le star-sys­tem mute, on passe de l’ère du ci­né­ma-vé­ri­té à celle de la té­lé-réa­li­té, et War­ren Beat­ty, alors boy-friend de la Cic­cone, ob­serve tout ça, mé­du­sé : « Pour­quoi dire quoi que ce soit si ce n’est pas fil­mé ? À quoi bon vivre s’il n’y a pas de ca­mé­ra ? » Bonnes ques­tions, War­ren. Très bonnes ques­tions.

19 FES­TI­VAL EX­PRESS

(BOB SMEATON, 2004)

Juin 1970. Une di­zaine de groupes em­barque dans un train pour un fes­ti­val iti­né­rant à tra­vers le Ca­na­da, une sorte de Wood­stock à étapes. À bord : The Gra­te­ful Dead, The Band, Ja­nis Jo­plin, Bud­dy Guy, des gui­tares, des trom­pettes, des per­cus­sions et de l’al­cool à go­go (en che­min, il fau­dra ra­che­ter le stock en­tier d’un « li­quor store »). À chaque ar­rêt, un con­cert géant à 16 dol­lars sus­cite des ma­nifs pour en­trer gra­tis (émeutes, flics, gueules en sang). Le fias­co est en­té­ri­né, les pro­mo­teurs perdent leurs che­mises, les bandes fil­mées sont lais­sées en vrac. Lors­qu’elles res­sur­gissent en 2004, elles ont pris une dimension his­to­rique : des groupes dis­sous et des gé­nies morts y sont cap­tés sur scène et dans des fies­tas im­pro­vi­sées dans les com­par­ti­ments en­fu­més, ivres de jouer, de chan­ter, d’être jeunes et éter­nels. Lit­té­ra­le­ment res­sus­ci­tés. Peut-être le plus vi­vant des do­cus rock. 18 THE­LO­NIOUS MONK : STRAIGHT, NO CHA­SER (CHARLOTTE ZWERIN, 1988)

Dif­fu­sées à la té­lé ouest-al­le­mande en 1967, ou­bliées en­suite sur une éta­gère pen­dant deux dé­cen­nies, les images du pia­niste The­lo­nious Monk qui forment l’os­sa­ture de Straight, No Cha­ser étaient, se­lon le pro­duc­teur Bruce We­ber qui avait mis la main des­sus, « l’équi­valent jazz des Ma­nus­crits de la mer Morte ». Réas­sem­blées en un col­lage poé­tique, elles per­mettent d’ob­ser­ver le freak Monk à la loupe (ses drôles de cha­peaux, ses drôles de ma­nies, ses re­gards ab­sents) et de ré­flé­chir à l’abîme qui sé­pare les gé­nies du com­mun des mor­tels. Pro­duit par Clint East­wood, alors en pleine obsession be-bop (il plan­chait sur Bird, son bio­pic de Char­lie Par­ker).

17 MAR­LEY

(KE­VIN MAC­DO­NALD, 2012) Tu­pac et Kurt Co­bain, Ja­nis Jo­plin et Ni­na Si­mone, Amy et Whit­ney... La pro­duc­tion de docs bio­pic sur les pop stars du XXe siècle est de­ve­nue in­fla­tion­niste ces der­niers temps. Le chef-d’oeuvre du genre, le voi­ci, por­trait maousse de l’icône ras­ta, qui se re­garde comme on lit une énorme bio à l’amé­ri­caine : do­cu­men­tée, jour­na­lis­tique, gor­gée de té­moi­gnages de pre­mière main, ja­mais ha­gio­gra­phique, tour à tour cré­dule et scep­tique, en­thou­siaste et in­qui­si­trice, avec ce qu’il faut d’ar­chives live eu­pho­ri­santes et de mise en pers­pec­tive his­to­rique. Aca­dé­mique ? Non : dé­fi­ni­tif.

20 Ma­don­na

19 Ja­nis Jo­plin (au centre)

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