Shane Black

Les sept com­man­de­ments de Shane Black « S’il peut sai­gner, on peut le tuer. » Vingt et un ans après avoir joué dans l’ori­gi­nal de John McTier­nan, Shane Black re­lance la chasse avec The Pre­da­tor, son qua­trième film en tant que réa­li­sa­teur. L’oc­ca­sion de r

Première - - SOMMAIRE - PAR FRAN­ÇOIS LÉ­GER

1. AVOIR UN BON DUO

« Pour moi, le bud­dy mo­vie n’est pas une for­mule, c’est une op­por­tu­ni­té. J’adore me creu­ser la tête pour trou­ver LA bonne idée de scé­na­rio juste en par­tant de ce pos­tu­lat. C’est un pro­cé­dé avec le­quel je me sens à l’aise mais qui reste tou­jours un peu casse-gueule. Com­ment se re­nou­ve­ler à chaque fois ? Et puis sur­tout, il faut im­pé­ra­ti­ve­ment que les per­son­nages se parlent beau­coup, j’ai be­soin d’écrire des dia­logues. Je ne sais pas construire un scé­na­rio au­tre­ment. Sû­re­ment parce que j’ai étu­dié le théâtre, où le lan­gage – sur­tout dans le théâtre an­glais – est es­sen­tiel. C’est pour ça que je suis dingue de films cho­raux, ou au mi­ni­mum avec un duo. Dans The Pre­da­tor, il y a six ou sept per­son­nages prin­ci­paux, ce qui mul­ti­plie les pos­si­bi­li­tés. Et là-des­sus, j’ajoute des ami­tiés com­pli­quées, avec des per­sonnes qui n’au­raient ja­mais dû se ren­con­trer. Gé­né­ra­le­ment, dans mes scripts, ce sont des per­son­nages for­cés de tra­vailler en­semble et qui apprennent à se sou­te­nir dans l’ad­ver­si­té. Pour­quoi ? Je crois que j’aime l’idée, un peu naïve, qu’on peut ar­ri­ver à s’en­tendre mal­gré nos dif­fé­rences. Vous trou­vez ça stu­pide ? »

2. LAIS­SER RE­PO­SER

« J’ai bien failli ne ja­mais ter­mi­ner le script de L’Arme fa­tale. Après l’écri­ture du scé­na­rio de The Mons­ter Squad, avec mon ami Fred Dek­ker, je me suis re­trou­vé sou­dai­ne­ment tout seul. J’avais en­vie d’une his­toire de flics, un truc ten­du, un vrai thril­ler. J’étais in­fluen­cé par L’Ins­pec­teur Har­ry, Bul­litt ou The Se­ven Ups, vous voyez l’idée ? Un genre un peu lais­sé à l’aban­don à l’époque. J’ai com­men­cé à écrire et... di­sons qu’il y avait quelques bonnes scènes, mais je n’avais plus au­cune confiance en moi. C’est comme si j’avais ou­blié com­ment on fai­sait, j’étais per­sua­dé que je ne se­rai plus ja­mais ca­pable de rien. Ar­ri­vé à la moi­tié du scé­na­rio, le syn­drome de la page blanche. Le vide to­tal. Je de­ve­nais fou, j’ai tout je­té à la pou­belle. Mais ça conti­nuait à m’ob­sé­der, donc je l’ai ré­cu­pé­ré in ex­tre­mis un ou deux jours plus tard. Il fal­lait au moins que je le fi­nisse, si­non j’al­lais faire quoi ? Com­men­cer autre chose et me sen­tir en­core plus mal ? Alors je suis al­lé au bout. Les gens qui l’ont lu l’ont ai­mé et j’ai com­pris que ce n’était pas si mau­vais. De­puis, ma mé­thode est de four­rer le script que je viens de ter­mi­ner dans un ti­roir et de le re­lire plus tard, au calme. La plu­part du temps, je me rends compte que je n’ai pas to­ta­le­ment mer­dé. J’ai ap­pris à ar­rê­ter de me je­ter des pierres. »

3. CONNAÎTRE SES LI­MITES

« Per­sonne ne peut se confron­ter à un film aus­si ico­nique que Pre­da­tor et faire son ma­lin en di­sant : “Re­gar­dez-moi bien, je vais faire en­core mieux.” Ce se­rait sui­ci­daire. L’idée de dé­part de The Pre­da­tor était d’adres­ser une belle lettre d’amour à l’ori­gi­nal, pas de le dé­fier. Quelque chose d’un peu dif­fé­rent, qui conserve l’es­sen­tiel. Il y a deux choses avec les­quelles je ne vou­lais pas tran­si­ger : l’his­toire de­vait être une chasse – c’était pri­mor­dial – et une équipe di­ri­gée par un lea­der cha­ris­ma­tique de­vait af­fron­ter le Pre­da­tor. Pour le reste, on s’est lais­sé beau­coup de li­ber­té. »

4. SA­VOIR CHAN­GER SON FU­SIL D’ÉPAULE

« J’adore écrire un script ori­gi­nal quand j’ai le temps, ça me fout les je­tons mais c’est sou­vent ce qui donne le meilleur ré­sul­tat. Tout faire par soi-même, par­tir de rien, c’est qua­si­ment thé­ra­peu­tique. Mais il faut ac­cep­ter de se plan­ter par­fois... Quand j’ai écrit Kiss Kiss Bang Bang, je fré­quen­tais beau­coup James L. Brooks [réa­li­sa­teur, scé­na­riste et pro­duc­teur]. C’était mon men­tor, j’étais à ses pieds, son plus grand fan ! C’est un ci­néaste de la pa­role, dont les per­son­nages vont tou­jours jus­qu’au bout pour avoir la vé­ri­té. Vous voyez les si­mi­li­tudes avec mon tra­vail. (Rires.) Bref, à cette époque, j’ai com­men­cé à écrire une his­toire d’amour. James a lu mon pre­mier jet et m’a dit : “Il y a de bonnes scènes, bra­vo ga­min !” Donc j’ai conti­nué, confiant. Mais au bout de soixante pages, l’his­toire s’est mise à stagner. Je voyais son vi­sage se fer­mer pen­dant qu’il li­sait... “Où tu vas avec ça ? C’est flou, tu n’as pas d’angle.” J’étais dé­vas­té. Et puis je suis ren­tré et j’ai ré­flé­chi : en fait, j’es­sayais de vo­ler avant de sa­voir mar­cher. J’étais en train de foutre en l’air tout ce que j’avais mis des an­nées à maî­tri­ser. Merde, il me fal­lait un dé­tec­tive et un meurtre ! C’est là que j’ai in­tro­duit le per­son­nage de Val Kil­mer. Le confort que je trouve dans le thril­ler me per­met de jouer avec ses codes pour mieux m’en éman­ci­per, et m’aven­tu­rer vers d’autres genres. Sans ça, je suis un peu per­du. »

5.GÉ­RER L’HU­MOUR

« En co­mé­die, le ti­ming fait tout. Quand j’em­bauche Rus­sell Crowe et Ryan Gos­ling pour The Nice Guys, c’est parce que je sais que ces mecs ont ça dans le sang. Com­bien y a-t-il d’ac­teurs à Hol­ly­wood qui savent jouer les durs, et en même temps faire mar­cher une scène co­mique avec une pré­ci­sion chi­rur­gi­cale ? Vrai­ment très peu. Je suis très exi­geant sur les res­sorts hu­mo­ris­tiques dans mes films. Il faut que ça s’in­sère na­tu­rel­le­ment dans le ré­cit, que ça vienne de la re­la­tion entre les per­son­nages. Dans L’Arme fa­tale, on se marre parce que ce sont deux per­sonnes qui ne s’aiment pas et ne loupent pas une oc­ca­sion de se ta­per des­sus. Pour The Pre­da­tor, c’est en­core autre chose : après les ex­traits dif­fu­sés au Co­mic-Con de San Die­go cet été, cer­tains ont été éton­nés que l’hu­mour soit aus­si pré­sent. Sauf que ce se­rait ou­blier que le pre­mier Pre­da­tor était bour­ré de se­cond de­gré. Certes, il y avait beau­coup de ten­sion et ça fai­sait peur, mais tous les per­son­nages prin­ci­paux étaient des ca­ri­ca­tures de sol­dats. Des mecs exa­gé­ré­ment mus­clés, qui por­taient des armes com­plè­te­ment dé­me­su­rées, et se cham­braient dès que pos­sible. Donc qu’on ne vienne pas me dire que l’hu­mour n’est pas dans l’es­prit de ce que John McTier­nan vi­sait ! »

« LE BUD­DY MO­VIE

N’EST PAS UNE FOR­MULE, C’EST UNE OP­POR­TU­NI­TÉ. » SHANE BLACK

6.L­CHER DU LEST

« Quand tu signes un script que tu ne réa­lises pas en­suite, tu ne peux pas tou­jours être content du ré­sul­tat. John McTier­nan et moi sommes bons amis, et je res­pecte émi­nem­ment son tra­vail, mais j’ai du mal avec Last Ac­tion He­ro... Lui aus­si d’ailleurs. Avec Da­vid Ar­nott, on a été em­bau­chés pour ré­écrire un scé­na­rio de Zak Penn et Adam Leff. Sauf que ce­lui-ci était pas­sé entre les mains d’à peu près tous les scé­na­ristes de Hol­ly­wood ! Ils ont même ap­pe­lé Car­rie Fi­sher pour voir ce qu’elle pou­vait faire. À l’époque, on bla­guait sur le fait que le mec qui s’oc­cu­pait de mon jar­din avait lui aus­si sa ver­sion du scé­na­rio. (Rires.) Bon, le ré­sul­tat fi­nal n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’on avait écrit... C’est comme ça, on ne peut pas tout contrô­ler, il faut l’ac­cep­ter. D’ailleurs, Last Ac­tion He­ro a été l’une des rai­sons pour les­quelles j’ai com­men­cé à vou­loir réa­li­ser. Je n’ar­rê­tais pas de me dire : “Voi­là com­ment je fe­rais si j’avais la chance d’être aux com­mandes.” Je crois que j’en ai eu marre de tou­jours lais­ser l’in­ter­pré­ta­tion de mon tra­vail à quel­qu’un d’autre. » « Mes trois pre­miers films – L’Arme fa­tale, Le Der­nier Sa­ma­ri­tain et Au re­voir, à ja­mais – re­pré­sentent les trois types de fic­tions avec les­quelles j’ai gran­di : le thril­ler po­li­cier, le film de dé­tec­tive et le thril­ler d’es­pion­nage. Ce sont les trois genres que je maî­trise. Alors, quand je signe avec Mar­vel Stu­dios pour Iron Man 3, je fais un saut dans l’in­con­nu. Ce­la fai­sait deux ans que j’étais sor­ti de cure de dés­in­toxi­ca­tion quand j’ai été em­bau­ché, et la chose la plus im­por­tante dans ma vie était d’ar­rê­ter de boire. Et puis Ro­bert Dow­ney Jr. m’a pro­po­sé le film, sû­re­ment parce qu’il a eu une ex­pé­rience si­mi­laire. J’ai été éton­né de ren­con­trer de vrais fans de co­mics, loin des mecs en cos­tumes qui font des films de su­per­hé­ros qu’ils ne com­prennent pas. Ce sont des gens avec des opi­nions très ar­rê­tées, mais très ma­lins. Évi­dem­ment, il est ar­ri­vé qu’on ne soit pas d’ac­cord, mais on a tou­jours pu trou­ver un com­pro­mis sans se tra­hir ar­tis­ti­que­ment. Con­trai­re­ment à ce que cer­tains croient, Mar­vel n’est pas un ogre qui vous dé­vore : il faut juste avoir en­vie de trou­ver un ter­rain d’en­tente. Les fans n’ont pas ai­mé notre ver­sion du Man­da­rin, ils vou­laient que ce soit un mec ve­nu de l’es­pace avec des bagues ma­giques qui tire des la­sers. Mais ré­flé­chis­sez à ça : le scé­na­rio parle d’un « la­bo­ra­toire d’idées » mé­dia­ti­co-po­li­tique qui dé­cide de créer une pure fake news pour pro­pa­ger la peur aux États-Unis. Plus si dingue que ça de nos jours ! »

THE PRE­DA­TOR De Shane Black • Avec Boyd Hol­brook, Ster­ling K. Brown, Kee­gan-Mi­chael Key… • Du­rée 1 h 47 • Sor­tie 17 oc­tobre

The Pre­da­tor

Last Ac­tion He­ro

L’Arme fa­tale

SHANE BLACK

The Nice Guys

Iron Man 3

Kiss Kiss Bang Bang

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