Com­ment igno­rer les actes man­qués de ma mère ?

J’ai 30 ans. Je souffre d’une al­ler­gie grave aux ca­ca­huètes, aux noix, etc. Ma mère m’offre conti­nuel­le­ment des pro­duits qui en contiennent, et ce­la crée des dis­putes entre nous. Com­ment ar­ri­ver à ce qu’elle com­prenne et com­ment réus­sir, de mon cô­té, à pa

Psychologies - - LE VOUTCH -

Du fait de la vul­ga­ri­sa­tion dont elle fait l’ob­jet, on em­ploie au­jourd’hui de plus en plus les mots de la « psy » en en ou­bliant leur sens. Ain­si vous vous re­pro­chez, dites-vous, de ne pas ar­ri­ver à « pas­ser outre » les « ca­deaux à la con » de votre mère alors qu’ils ne sont que des « actes man­qués ».

ALINE, NAN­CY

Mais sa­vez-vous, Aline, ce qu’est, dans la théo­rie freu­dienne, un « acte man­qué » ? C’est un acte qui, sans qu’on l’ait vou­lu, ex­prime notre dé­sir in­cons­cient :

on ou­blie, par exemple, une fête d’an­ni­ver­saire parce que l’on n’avait, en fait, au­cune en­vie d’y al­ler. Si, donc, votre mère, quand elle offre à sa fille allergique aux noi­settes des pro­duits qui en contiennent, fait un « acte man­qué », que peut-on en conclure sur son dé­sir pro­fond ? Ce­la fait froid dans le dos… Mais il n’y a pas be­soin d’al­ler jusque-là. Il suf­fit de po­ser que, quand votre mère s’ex­cuse en di­sant qu’elle est « tête de li­notte », ce­la ne tient pas de­bout. On peut ou­blier en ef­fet que quel­qu’un n’aime pas les noi­settes et lui en of­frir. On ne peut pas ou­blier qu’il (ou elle) est allergique à ce fruit et peut en mou­rir. Et sur­tout pas si ce « quel­qu’un » est votre fille. Votre mère a, semble-t- il, ins­tau­ré avec vous un jeu qui consiste à vous mettre ré­gu­liè­re­ment et mé­tho­di­que­ment en co­lère. C’est un jeu as­sez par­ti­cu­lier, mais c’est sur­tout un jeu dan­ge­reux, car, prise dans ce scé­na­rio, vous per­dez de vue l’es­sen­tiel. Or l’es­sen­tiel est de se de­man­der qui est cette femme qui met ain­si, « ré­pé­ti­ti­ve­ment » et comme s’il s’agis­sait d’un pro­blème mi­neur, la vie de sa fille en dan­ger. Quelle a été son his­toire avec cette fille (vous…) mais aus­si, bien avant, avec sa propre mère. Ques­tions aux­quelles il faut en ajou­ter une autre, qui concerne le père de cette fille : qui est-il et pour­quoi laisse-t- il, sans rien dire, tout ce­la s’ac­com­plir ?

On a par­fai­te­ment le droit d’avoir, en fonc­tion de ce qu’ils sont et de ce que l’on est, plus ou moins d’af­fi­ni­tés avec eux.

Les liens du sang n’en­traînent pas for­cé­ment des sen­ti­ments. La se­conde chose qui condi­tionne les rap­ports dans une fra­trie est l’his­toire que les frères et les soeurs ont eue en­semble. His­toire qui tient tou­jours à la fa­çon dont les pa­rents ont or­ga­ni­sé leur vie. Qu’un aî­né, par exemple, ait des pro­blèmes avec l’ar­ri­vée d’un plus jeune est nor­mal : voir un nou­vel ar­ri­vant dé­bar­quer dans son uni­vers n’est ja­mais simple pour un en­fant. Mais si cet aî­né est pré­pa­ré par ses pa­rents à cette ve­nue, s’il est ac­com­pa­gné et si, une fois la soeur ou le frère né, les deux en­fants ont cha­cun leur place, les choses se règlent. À l’in­verse, si l’aî­né est aban­don­né à sa so­li­tude et/ou si le ca­det est su­rin­ves­ti par les pa­rents, tout se com­plique. Et les aî­nés ne sont pas les seuls à avoir des pro­blèmes : le ca­det, par exemple, souffre tou­jours de se voir, sans en com­prendre la rai­son, re­je­té par son aî­né. Il fau­drait donc sa­voir, Sy­bil, ce qui s’est pas­sé pour vous, quelle est l’ori­gine de ces sen­ti­ments qui vous ha­bitent en­core, ce qui leur a don­né nais­sance. Ce­la vous per­met­trait de com­prendre ce qui se passe au­jourd’hui.

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