De quelle ma­nière pré­pa­rer mes en­fants au dé­cès de leur grand-mère ?

Ma mère est en fin de vie. J’es­saie de gar­der la tête haute, mais je m’en veux parce que je « craque » sou­vent de­vant mes en­fants. De plus, des ques­tions m’ob­sèdent : fau­dra-t-il ame­ner ma fille de 4 ans à l’en­ter­re­ment ? Lui per­mettre de voir sa grand-mè

Psychologies - - VOS QUESTIONS À CLAUDE HALMOS -

Il est as­sez grand pour le faire tout seul. Il n’a pas non plus be­soin de vous comme « ana­lyste bis » : l’ana­lyse est une af­faire per­son­nelle et il vau­drait mieux, d’ailleurs, qu’il ne vous parle pas de la sienne. Il a be­soin de vous comme com­pagne, et bien­tôt comme femme puis­qu’il vous a de­man­dé de l’épou­ser. Il a be­soin de vous comme mère de son fils. Et il a be­soin de ce petit gar­çon qu’il aime et qui a be­soin de lui. Il le sait sans doute, lui qui a souf­fert de l’ab­sence de son père, mieux que per­sonne. Soyez la femme de cet homme que vous ai­mez, Anne. Soyez la mère de cet en­fant que vous avez eu avec lui. Oc­cu­pez-vous de la vie, de la vôtre et de celle de votre fa­mille. Oc­cu­pez-vous du pré­sent. Plus il se­ra beau et plus il ai­de­ra votre com­pa­gnon à sup­por­ter les fan­tômes de son pas­sé. Pour ce qui est de ce pas­sé, il s’en oc­cu­pe­ra, lui, avec son psy­cha­na­lyste et cha­cun pour­ra, ain­si, res­ter à sa place. Vous n’avez pas à vous en vou­loir, Sa­bine, de « cra­quer » de­vant vos en­fants. Au contraire. Votre cha­grin est nor­mal et lé­gi­time, et il n’y a pas à leur en ca­cher les causes en leur ex­pli­quant, comme vous le faites, que vous êtes fa­ti­guée. Ils savent leur grand-mère ma­lade, ils l’on sou­vent vue à l’hô­pi­tal. Il faut main­te­nant les pré­pa­rer, pro­gres­si­ve­ment, à sa fin. Il ne s’agit pas de leur je­ter à la fi­gure : « Elle va mou­rir. » Mais de leur ex­pli­quer la gra­vi­té de son état et l’is­sue, qui est iné­luc­table. Voir mou­rir des per­sonnes âgées est une épreuve de la vie. Il n’y a pas à la ca­cher aux en­fants mais au contraire à les ac­com­pa­gner. Et ils ont be­soin qu’on les au­to­rise à par­ti­ci­per, à part en­tière, au cha­grin de la fa­mille. Votre fille de 4 ans était très proche de sa grand-mère. Il se­rait donc pro­fon­dé­ment in­juste qu’on ne lui per­mette pas de l’ac­com­pa­gner, elle aus­si, jus­qu’à sa « der­nière de­meure », comme l’on dit. Un en­ter­re­ment est une le­çon de vie. De vie hu­maine et hu­ma­ni­sée. Il montre à un en­fant qu’un être hu­main garde, jus­qu’au bout, sa qua­li­té, sa di­gni­té d’hu­main. Et les ob­sèques aux­quelles il a droit en sont la preuve. Elles sont une pre­mière ins­crip­tion dans la mé­moire de ceux qui l’ai­maient et qui vi­vront après lui. Vous me de­man­dez si votre fille doit voir sa grand-mère morte. Il n’y a pas de ré­ponse stan­dard. On peut le lui pro­po­ser (en la pré­ve­nant que ce­la peut être dif­fi­cile pour elle) et, si elle ré­pond po­si­ti­ve­ment, l’ac­com­pa­gner et en par­ler avec elle en­suite. Vous n’évi­te­rez pas le cha­grin à vos en­fants, Sa­bine. Mais un cha­grin par­ta­gé et par­lé avec les adultes qu’il aime fait par­tie, lui aus­si, des choses qui aident un en­fant à gran­dir.

SA­BINE, NÎMES

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.