J’ai com­pris qu’on ne peut pas al­ler bien du jour au len­de­main”

Psychologies - - LE DOSSIER - Cé­cile, 48 ans, har­piste Pro­pos re­cueillis par Va­lé­rie Pé­ron­net

« À 25 ans, mon petit ami m’a quit­tée et je me suis re­trou­vée en larmes, pros­trée pen­dant des jours et des jours, in­ca­pable de bou­ger. J’ai cher­ché un psy avec une de­mande bien pré­cise : je vou­lais ar­rê­ter de pleu­rer et pou­voir re­com­men­cer à jouer de la harpe. J’étais sûre que c’était le moyen pour que tout rentre dans l’ordre. La psy m’a don­né des an­xio­ly­tiques. J’ai dé­cou­vert les pou­voirs ful­gu­rants de la chi­mie : mes larmes ont ces­sé qua­si im­mé­dia­te­ment. Je ne me sen­tais pas mieux, mais je pou­vais jouer à nou­veau ; ma vie a re­pris son cours. Très vite, j’ai aban­don­né les mé­di­ca­ments, mais pour­sui­vi ma thé­ra­pie, et ma vie. Les an­nées qui ont sui­vi, j’ai ar­rê­té ma psy­cha­na­lyse, vé­cu d’autres his­toires d’amour, ex­pé­ri­men­té d’autres thé­ra­pies, re­trou­vé la mé­moire d’une en­fance vio­lée, réa­li­sé que je suis l’hé­ri­tière d’im­bro­glios fa­mi­liaux in­ex­tri­cables, et de mai­sons fa­mi­liales tel­le­ment rem­plies de mé­moires en­va­his­santes qu’il me fau­dra des an­nées pour trier. J’ai avan­cé dans cette jungle, bon an, mal an. Et puis, à 45 ans, je me suis re­trou­vée à nou­veau en larmes, se­couée par des émo­tions in­con­trô­lables. Cette fois, c’était une évi­dence pour moi : j’ai pris la li­ber­té de ne pas faire taire mon corps, comme vingt ans plus tôt. J’ai dé­ci­dé de me lais­ser tra­ver­ser, quel que soit le temps que ça pren­drait, et mal­gré la dou­leur et les pa­niques que ça a pro­duit. Je ne vou­lais pas que les mé­di­ca­ments m’em­pêchent de faire ce che­min-là. J’ai eu rai­son. J’ai fi­ni par ar­rê­ter de pleu­rer et par me re­mettre en mou­ve­ment, corps et âme, en conscience. Petit à petit, avec l’aide d’une nouvelle thé­ra­peute, je fais le lien entre toutes les étapes de mon his­toire. J’ac­cepte de vivre ce que j’ai à vivre. J’ai com­pris qu’on ne peut pas al­ler bien du jour au len­de­main, et j’ai dé­cou­vert que si on ac­cepte de tra­ver­ser ce qu’on a à tra­ver­ser, on ne meurt pas. Ça, c’est mer­veilleux. »

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