J’ai ac­cep­té que mon fils ar­rête ses études”

Psychologies - - LE DOSSIER - Gwé­no­lée, 50 ans, deux en­fants de 18 et 20 ans, for­ma­trice en aro­ma­thé­ra­pie Pro­pos re­cueillis par Ma­rie Le Marois

« Jeff était un élève brillant, des­ti­né à de belles études su­pé­rieures. Quand, en no­vembre 2013, il a bru­ta­le­ment ar­rê­té sa pre­mière, dis­pa­ru pen­dant plu­sieurs jours puis dé­cré­té que je n’exis­tais plus en tant que mère, j’ai été anéan­tie. Tout m’échap­pait. Je ne com­pre­nais pas son ex­plo­sion alors que j’avais tou­jours été proche de lui, dans l’écoute et le dia­logue, à l’op­po­sé de l’édu­ca­tion ri­gide re­çue de mes pa­rents. J’avais l’im­pres­sion de re­vivre un épi­sode de ma jeu­nesse, quand je me sen­tais en dé­ca­lage avec le sys­tème sco­laire. Mes pa­rents ne m’ont ja­mais sou­te­nue dans mes choix. Ils m’ont obli­gée à en­trer en fac d’an­glais, puis contrainte à faire des études de com­merce. Après un long che­mi­ne­ment, j’ai trou­vé ma voie dans le mé­tier d’aro­ma­thé­ra­peute et une foi im­mense dans la vie. Les épreuves que j’ai tra­ver­sées m’ont prou­vé que l’on pou­vait re­bon­dir. Ne de­vais-je pas faire confiance à Jeff ? J’ai ac­cep­té de ne pas avoir d’ex­pli­ca­tions, de re­non­cer à un ave­nir tout tra­cé pour lui. Ac­cep­té le risque que mon fils sombre dans la dé­lin­quance, ne puisse ja­mais faire d’études ni trou­ver un em­ploi. Ac­cep­té d’al­ler à l’en­contre de mon en­tou­rage, qui me trai­tait de folle si je sou­te­nais mon fils. En décembre, nous sommes re­tour­nés en­semble voir la di­rec­trice du ly­cée pour que je signe la dé­charge si­gni­fiant l’ar­rêt dé­fi­ni­tif de son cur­sus. Je l’ai sen­ti se li­bé­rer d’un grand poids. À par­tir de ce mo­ment-là, je l’ai en­cou­ra­gé dans ce qui l’ani­mait : le gra­phisme. Le père d’une de ses amies l’a pris en stage pen­dant six mois. Ce fut pour Jeff une ré­vé­la­tion. Il a tel­le­ment ex­cel­lé qu’il a re­çu une prime pour tra­vail ex­cep­tion­nel. Avec cet ar­gent, il m’a in­vi­tée au res­tau­rant pour mon an­ni­ver­saire et, tout en me ser­rant fort dans ses bras, m’a re­mer­ciée d’avoir tou­jours cru en lui. En juillet, il a été ac­cep­té dans une école d’art. »

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