Prendre soin de l’ami­tié

Psychologies - - SOMMAIRE - Par Ilios Kot­sou, cher­cheur en psy­cho­lo­gie, avec Fla­via Ma­ze­lin Sal­vi

Notre na­ture de mam­mi­fère, « d’ani­mal so­cial », fait que nous avons be­soin les uns

des autres. Au dé­but de notre vie, pour sur­vivre, puis pour gran­dir, et en­fin pour don­ner du sens à notre exis­tence et nous épa­nouir. Des études ont d’ailleurs mon­tré que, chez nos cou­sins les chim­pan­zés, le sup­port de la fa­mille et des amis contri­buait à ré­duire le stress1. L’ami­tié nous per­met de par­ta­ger, d’échan­ger li­bre­ment, de nous sen­tir com­pris. Nous pou­vons, sans risque, nous confier, nous mon­trer vul­né­rables, im­par­faits. Mé­di­tons les mots du phi­lo­sophe Épi­cure, qui af­fir­mait que ces re­la­tions étaient le plus grand des biens que pro­cu­rait la sa­gesse pour la fé­li­ci­té. 1. Na­ture Com­mu­ni­ca­tions, no­vembre 2016.

l’exer­cice

Com­men­çons par nous mon­trer plus amical et

to­lé­rant en­vers nous-même, il nous se­ra alors plus fa­cile de l’être avec ceux que nous ai­mons. Ce mois­ci, je vous en­cou­rage à être par­ti­cu­liè­re­ment at­ten­tif à trois in­gré­dients es­sen­tiels à ce type de re­la­tion : l’at­ten­tion, le non-ju­ge­ment et le soin. L’at­ten­tion, tout d’abord, qui exige que l’on se pose ré­gu­liè­re­ment la ques­tion sui­vante : suis-je suf­fi­sam­ment dis­po­nible, à l’écoute, en em­pa­thie ? L’es­prit de non-ju­ge­ment, en­suite, qui nous in­vite à culti­ver l’ac­cueil, mais aus­si à ex­pri­mer cri­tiques et désac­cords de ma­nière res­pec­tueuse et construc­tive. Et en­fin, le soin, c’est-à-dire notre ca­pa­ci­té à être bien­veillant et gé­né­reux. S’in­ter­ro­ger ré­gu­liè­re­ment aide à se re­mettre en ques­tion et donc à ré­ajus­ter son com­por­te­ment.

Le té­moi­gnage

Gé­ral­dine, 41 ans, for­ma­trice en dé­ve­lop­pe­ment per­son­nel « Les liens so­ciaux sont très im­por­tants pour moi et je me consi­dère comme quel­qu’un ayant le con­tact fa­cile. Pour­tant, quand je me suis in­ter­ro­gée sur l’ami­tié, je me suis ren­du compte que, pa­ra­doxa­le­ment, je pre­nais très peu de temps pour mes amis. J’ai donc dé­ci­dé de no­ter dans un car­net toutes les choses aux­quelles j’ac­corde de l’im­por­tance dans ma vie, dont ces per­sonnes-là. Ce­la m’a en­cou­ra­gée à fixer des ren­dez-vous, à leur ex­pri­mer mon af­fec­tion par des pe­tites at­ten­tions, à être plus à l’écoute. Ça n’a l’air de rien mais cet exer­cice a ren­for­cé et re­dy­na­mi­sé nos liens, et m’a éga­le­ment per­mis de sen­tir com­bien je te­nais à eux et ré­ci­pro­que­ment. Ce sen­ti­ment n’a pas de prix. »

Ilios Kot­sou est l’au­teur d’Éloge de la lu­ci­di­té (Ma­ra­bout, prix Psy­cho­lo­gies- Fnac 2015) et d’In­tel­li­gence émo­tion­nelle et ma­na­ge­ment ( De Boeck su­pé­rieur).

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