Da­nièle Lau­fer, vic­time d’un “ta­ko tsu­bo”

Psychologies - - L'OEIL -

La jour­na­liste, au­teure de L’An­née du phé­nix ( Ma­ra­bout, “Poche”), a été tou­chée par le syn­drome du coeur bri­sé, ma­la­die qua­si in­con­nue en France. Après le burn-out, se­rions-nous face à une nou­velle pa­tho­lo­gie du tra­vail ?

Qu’est-ce que ce mys­té­rieux syn­drome du coeur bri­sé ?

Sous l’ef­fet d’un stress violent, le ven­tri­cule gauche du coeur se dé­forme : il prend la forme d’un piège à poulpes, ta­ko tsu­bo, en ja­po­nais. Quand ce­la m’est ar­ri­vé, j’ai cru à un AVC. Je ne pou­vais plus par­ler, j’ai res­sen­ti une peur ter­rible. Il s’agit d’une sorte de crise car­diaque, dont on sort épui­sé. Cette ma­la­die a été iden­ti­fiée ré­cem­ment. On n’en sait pas grand-chose, sauf que ce­la touche sur­tout des femmes, à la mé­no­pause et après.

Pour­quoi est-ce lié se­lon vous au tra­vail mo­derne ?

Dans mon cas, le ta­ko tsu­bo est lié à un cha­grin de tra­vail, une ab­sence de re­con­nais­sance, une perte de sens, une fa­tigue due aux temps de trans­port, au bruit in­ces­sant de l’open space, à des res­tric­tions qui im­posent d’en faire tou­jours plus avec moins de moyens. Mon hy­po­thèse est que le coeur se fra­casse car on n’ar­rive plus à se pro­té­ger de la bru­ta­li­té d’un monde pro­fes­sion­nel qui nous de­mande tout et son contraire.

Com­ment s’en sort-on ?

J’ai te­nu en es­pé­rant faire chan­ger l’en­tre­prise, et puis fi­na­le­ment, très fra­gi­li­sée, j’ai com­pris que ce­la ne ser­vait à rien. Je crois qu’il faut trou­ver des al­liés au bu­reau, ne pas hé­si­ter à se faire ai­der ou à chan­ger de poste, voire de mé­tier. Le ta­ko tsu­bo, comme le burn-out, met la san­té en jeu. Pro­pos recueillis par Ariane Bois Le Ta­ko Tsu­bo, un cha­grin de tra­vail, Les Liens qui li­bèrent, 160 p., 15 €.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.