Ai­mer son couple fait du­rer l’amour

Psychologies - - SOMMAIRE - Par Fla­via Ma­ze­lin Sal­vi, avec Pa­trick Es­trade, psy­cho­thé­ra­peute

Se lan­cer dans une re­la­tion est exal­tant. Mais au long cours, ce­la re­lève par­fois du dé­fi, car s’ai­mer ne suf­fit pas. Alors, com­ment faire de son couple une for­te­resse qui ré­siste à toutes les tem­pêtes ?

Sur le couple, toutes les ap­proches, toutes les dé­mons­tra­tions, lit­té­raires, so­cio­lo­giques ou psy­cho­lo­giques, mènent au fond à une seule cer­ti­tude : il est à la fois un mys­tère et un dé­fi, et son prin­ci­pal car­bu­rant, l’amour, est aus­si vo­la­til que po­ly­morphe. Pour mettre toutes les chances de son cô­té, il n’existe pas de re­cette mi­racle, mais une pos­ture peut faire la dif­fé­rence, af­firme Pa­trick Es­trade, psy­cho­thé­ra­peute, psy­cho­logue, et in­fa­ti­gable mi­li­tant du couple : « Ai­mer son par­te­naire ne suf­fit pas, il faut aus­si ai­mer la re­la­tion que l’on tisse avec lui au jour le jour. Pour ce­la, il convient d’abord de prendre conscience que le couple est une en­ti­té dont la va­leur est su­pé­rieure à celle de l’ad­di­tion de nos in­di­vi­dua­li­tés, et qu’il consti­tue un ter­ri­toire beau­coup plus vaste que la seule in­ti­mi­té. Une fois que nous nous ren­dons compte de l’éten­due et de la ri­chesse du ter­ri­toire qu’il re­pré­sente, nous avons en­vie d’en prendre soin, de le ché­rir, et, en re­tour, il nous pro­digue tous ses bien­faits dans la du­rée : sé­cu­ri­té, émer­veille­ment, dé­sir, ten­dresse, sou­tien… Il ap­pa­raît tel le châ­teau sur la col­line, so­lide, im­pre­nable, prêt à af­fron­ter toutes les tem­pêtes. » À condi­tion, pré­cise tou­te­fois Pa­trick Es­trade, que nous re­non­cions au fa­ta­lisme et au laxisme. C’est dans cette pers­pec­tive qu’il pose les prin­cipes et les condi­tions d’une re­la­tion aus­si ai­mable que du­rable.

Prendre conscience de sa ri­chesse

Le psy­cho­thé­ra­peute uti­lise vo­lon­tiers l’image de deux ba­teaux (re­pré­sen­tant les par­te­naires) quit­tant chaque ma­tin leur port d’at­tache (fi­gu­rant le couple), et le re­trou­vant le soir, riches des aven­tures et des ex­pé­riences vé­cues, et dé­si­reux de les par­ta­ger. Le port d’at­tache qu’est le couple a plu­sieurs fonc­tions et di­men­sions : l’an­crage, le re­fuge (quand la tem­pête gronde de­hors), l’ac­cueil (de la fa­mille, des amis), les tra­di­tions ( les miennes, celles de l’autre, les nôtres), l’échange (d’in­for­ma­tions, d’émo­tions, de so­lu­tions), les pro­jets, la dé­fense (contre les at­taques ex­té­rieures) et la li­ber­té (celle d’in­ven­ter les mo­da­li­tés de son fonc­tion­ne­ment). « Prendre conscience de ce­la, de la puis­sance et du po­ten­tiel du couple en gé­né­ral et du sien en par­ti­cu­lier, c’est dé­jà por­ter sur lui un re­gard conscient, ai­mant et re­con­nais­sant. Ce­la conduit aus­si à s’en oc­cu­per da­van­tage, à l’ai­mer comme une création à part en­tière. »

À ex­pé­ri­men­ter : faites la car­to­gra­phie de votre couple avec votre par­te­naire. Sur une grande feuille de pa­pier, des­si­nez un cercle au centre et écri­vez « nous » à l’in­té­rieur (vous pou­vez aus­si pla­cer une pho­to de vous deux). Puis, tout au­tour de ce cercle, no­tez (en les ré­par­tis­sant sur la feuille) : an­crage, re­fuge, ac­cueil, tra­di­tions, échanges, pro­jets, dé­fense et li­ber­té. En vous concer­tant, ajou­tez (d’un mot ou d’une phrase) sous chaque mot-clé ce qui vous semble dé­fi­nir votre couple en termes de va­leurs, de prin­cipes ou de sou­ve­nirs. Cet exer­cice lu­dique vous ai­de­ra à en faire l’in­ven­taire et à me­su­rer en­semble la ri­chesse et la so­li­di­té de votre re­la­tion.

Po­ser sur l’autre un re­gard ad­mi­ra­tif

Ja­mais notre re­flet ne pa­raît plus beau que dans les yeux de la per­sonne qui pose un re­gard émer­veillé sur nous. Ce re­gard pour­rait per­du­rer si nous ne cher­chions pas, par dé­sir de pos­ses­sion ou par be­soin de confort, à trans­for­mer l’autre ou à le contrô­ler. Si, dans son re­gard – et ré­ci­pro­que­ment –, nous li­sions cu­rio­si­té, ad­mi­ra­tion, sou­tien de ce que nous sommes et de ce vers quoi nous ten­dons, alors nous fe­rions tout pour que la ma­gie dure. Les amou­reux de leur couple s’ad­mirent et se sou­tiennent, ils se sé­duisent parce qu’ils ap­pré­cient l’es­pace d’af­fir­ma­tion per­son­nelle et de ren­for­ce­ment nar­cis­sique po­si­tif qu’ils cultivent à deux. « Dans ton re­gard, je vois mon idéal du moi, et toi, le tien dans mon re­gard », ré­sume Pa­trick Es­trade, avant de rap­pe­ler que « trop sou­vent, on ou­blie que l’idéal de soi de son par­te­naire n’est pas iden­tique au sien, et que c’est cette dif­fé­rence qu’il faut pro­té­ger et ché­rir ».

À évi­ter : les pe­tites vexa­tions ré­cur­rentes (même sous cou­vert d’hu­mour), se dé­so­li­da­ri­ser de son par­te­naire en pu­blic, ne pas mon­trer (as­sez) d’in­té­rêt pour ce qui le pas­sionne, la mi­ni­mi­sa­tion de ses ta­lents ou de ses qua­li­tés, la distraction ou le si­lence sur ses réus­sites, toute forme de dé­va­lo­ri­sa­tion de ce qu’il est ou de ce qu’il aime. Mais aus­si la mise en scène de son couple des­ti­née à mas­quer le manque d’in­té­rêt et d’in­ti­mi­té.

Don­ner et re­ce­voir à éga­li­té

L’équi­libre du couple, in­stable par es­sence, n’est ja­mais ac­quis. Il est fait de mi­croa­jus­te­ments, de re­mises en ques­tion, de do­sages sub­tils. « Je dis sou­vent que le couple se meurt de mille et une im­per­cep­tibles im­po­li­tesses, rap­pelle Pa­trick Es­trade, mais l’en­det­te­ment peut aus­si lui être fa­tal. Il y a de nom­breuses ma­nières de s’en­det­ter et d’en­det­ter l’autre, la plus fré­quente est celle qui consiste à tout don­ner, à se plier au dé­sir de son par­te­naire pour qu’il soit heu­reux, mais sur­tout pour ne pas le perdre. C’est un mau­vais cal­cul, car per­sonne n’aime être en­det­té, même pour son bien. » Le psy­cho­thé­ra­peute pré­co­nise la règle du don et du contre-don, pour que cha­cun dans son couple (se) vive comme un su­jet libre. Et ce dans les actes du quo­ti­dien comme dans les échanges et les com­por­te­ments (sou­tien, com­pli­ments, conseils, sa­cri­fices…). C’est à cette condi­tion que l’on aime re­tour­ner et se re­trou­ver dans la « mai­son couple », à éga­li­té, et que l’am­biance y est plai­sante et lé­gère.

À pra­ti­quer : en­semble ou cha­cun de son cô­té, dres­ser l’in­ven­taire de ce que l’on donne à l’autre et de ce que l’on re­çoit en termes de quan­ti­té et de va­leur. En cas de dés­équi­libre ma­ni­feste, ré­flé­chir à la ma­nière dont on pour­rait re­mettre de l’éga­li­té dans la re­la­tion mais aus­si au « pour­quoi » de ce dés­équi­libre : quelles peurs abrite-t-il ?

Ne pas lais­ser la re­la­tion se fi­ger

« Nous étions sem­blables à deux carpes en­fouies dans la vase de notre vie quo­ti­dienne […]. Nous se­rons dé­sor­mais comme deux truites fré­mis­sant flanc à flanc dans les eaux d’un tor­rent de mon­tagne. » Si Pa­trick Es­trade aime ce pas­sage du Mé­dia­noche amou­reux de Mi­chel Tour­nier, c’est parce qu’il ex­prime le vo­lon­ta­risme joyeux de ceux qui veulent don­ner toutes les chances à leur couple. Le psy­cho­thé­ra­peute re­grette l’at­ti­tude pas­sive ou le fa­ta­lisme des par­te­naires lors­qu’ils constatent que le lien s’est dis­ten­du ou que l’en­nui s’est in­vi­té chez eux. « Le dé­sir est une éner­gie qui de­vrait ir­ri­guer le couple, mais il laisse sou­vent à dé­si­rer car, mal­heu­reu­se­ment, on dé­sire moins ce qu’on a que ce qu’on es­père. La re­la­tion ne de­vrait pas se fi­ger dans les jeux de rôle, dans les ha­bi­tudes ja­mais re­mises en ques­tion… Elle se vi­vi­fie et se ré­gé­nère lorsque toutes les di­men­sions de soi peuvent se dé­ployer, voire se frot­ter à toutes les di­men­sions de l’autre. » Pour ce­la, Pa­trick Es­trade rap­pelle que « nous avons be­soin de la proxi­mi­té pour être ému par l’autre et de la dis­tance pour être éton­né par lui ».

À pri­vi­lé­gier : des plages de temps per­son­nel, des temps de par­tage pour le couple, des at­ten­tions et des com­pli­ments per­son­na­li­sés, des ex­pres­sions de gra­ti­tude, du sou­tien et des en­cou­ra­ge­ments en pé­riode de chan­ge­ment ou face à l’épreuve. Mais aus­si ac­cep­ter d’être dé­sta­bi­li­sé par l’autre et ne pas cher­cher à le faire « ren­trer dans le rang », ne pas lais­ser per­du­rer des ma­laises ou des conflits lar­vés, te­nir la fa­mi­lia­ri­té à dis­tance en se de­man­dant ré­gu­liè­re­ment : « Fe­rais-je ou di­rais-je ce­la si nous ve­nions de nous ren­con­trer ? »

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