SAN­TÉ

Mé­di­ter pour gué­rir

Psychologies - - SOMMAIRE -

Pro­fes­seur de mé­de­cine amé­ri­cain, Sa­ki San­to­rel­li di­rige la Cli­nique de ré­duc­tion du stress au Centre mé­di­cal de l’uni­ver­si­té du Mas­sa­chu­setts, créée par Jon Ka­bat-Zinn. Les ma­lades y suivent un pro­gramme de pleine conscience de huit se­maines. Par groupes de trente, ils tra­vaillent avec Sa­ki San­to­rel­li pour re­prendre leur san­té et leur vie en main. Dans “Gué­ris­toi toi- même”, le mé­de­cin ra­conte, se­maine après se­maine, l’avan­cée de ce pro­gramme, tel qu’il est vé­cu par les pa­tients et par lui- même.

D[…] Dans la salle de cours, cer­tains parlent. D’autres gardent le si­lence. […] À 9 h 05, la salle est pleine. En sa­luant une femme as­sise juste à cô­té de l’en­trée, le vi­sage dis­si­mu­lé par des lu­nettes de so­leil, je m’aper­çois qu’elle pleure. Fran­chir la porte lui a pro­ba­ble­ment beau­coup coû­té. Par­fois, comme l’at­testent sa main trem­blante et les larmes qui ruis­sellent sous ses lu­nettes, j’ai le sen­ti­ment que c’est la chose la plus dif­fi­cile qui soit pour les pa­tients de la cli­nique.

Lors­qu’on est as­sis avec ces trente per­sonnes, on a un peu l’im­pres­sion de pa­tien­ter dans la salle d’em­bar­que­ment d’un aé­ro­port. Aus­si, pour com­men­cer, je de­mande aux gens de choi­sir une po­si­tion confor­table et de se tour­ner vers les grandes baies vi­trées orien­tées vers l’ouest. Cer­tains tournent leur chaise, d’autres le torse. D’autres en­core s’age­nouillent de­vant leur chaise, les bras po­sés sur le siège. Beau­coup s’as­soient par terre, en s’ai­dant des cous­sins de mé­di­ta­tion ronds et co­lo­rés ran­gés sous leur chaise. Je leur de­mande sim­ple­ment de lais­ser leurs yeux ac­cueillir tout ce qui se pré­sente dans leur champ de vi­sion. Très vite, la salle de­vient si­len­cieuse. Les gens cessent de bou­ger. Je sug­gère d’être at­ten­tif à la ma­nière dont l’es­prit met des mots sur ce qui est vu et, chaque fois que ce­la se pro­duit, d’ob­ser­ver sim­ple­ment ce phé­no­mène, sans ju­ge­ment ni achar­ne­ment, en ra­me­nant dou­ce­ment l’at­ten­tion sur le voir. Le si­lence, qui s’ac­com­pagne d’un calme de plus en plus vaste, nous in­vite à pour­suivre en nous pas­sant de mots. C’est notre pre­mière mé­di­ta­tion.

À me­sure que s’achève cette in­cur­sion dans la vi­sion en pleine conscience, les gens quittent le monde qui se dé­ploie der­rière les baies vi­trées et se tournent de nou­veau vers le centre de la pièce. Puis, je mets trois rai­sins secs dans les mains de cha­cun. En gé­né­ral, c’est une pra­tique que je ré­serve pour plus tard, mais au­jourd’hui leur at­ten­tion est si pé­né­trante qu’il se­rait dom­mage de man­quer cette oc­ca­sion. En mo­bi­li­sant nos sens, l’odo­rat, le tou­cher, la vue et

Gué­ris-toi toi-même, ce que la mé­di­ta­tion apporte à la mé­de­cine du Pr Sa­ki San­to­rel­li. ( Les Arênes, 320 p., 24,90 €, avec un CD de neuf mé­di­ta­tions gui­dées par Christophe An­dré).

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