Femmes au foyer Le dif­fi­cile re­tour à l’em­ploi

Une fois leurs en­fants sco­la­ri­sés, beau­coup de femmes au foyer sou­haitent opé­rer un re­tour à l’em­ploi. Mais après plu­sieurs an­nées d’in­ac­ti­vi­té, il n’est pas tou­jours fa­cile de convaincre cer­tains em­ployeurs…

Rebondir - - SOMMAIRE - Ju­lie TADDUNI

Per­sonne ne vous

at­tend”, lance Jen­ni­fer*. Après avoir éle­vé ses trois en­fants, cette jeune mère au foyer a sou­hai­té re­nouer avec l’em­ploi. Très ra­pi­de­ment, elle se rend compte que le che­min est se­mé d’em-

bûches. “Bien sûr, je peux jus­ti­fier de cette pé­riode d’in­ac­ti­vi­té sur mon CV, éle­ver ses en­fants est un em­ploi à plein temps ! Ce­pen­dant, les pro­fils comme le mien n’ins­pirent pas confiance, non seu­le­ment parce que je suis ma­man de trois en­fants en bas âges, mais aus­si parce que l’on doit es­ti­mer que je suis rouillée.” Les em­ployeurs se­raient-ils fri­leux à l’idée de voir ces “Des­pe­rate Hou­se­wives” re­ve­nir sur le mar­ché ?

UN UNI­VERS DE­VE­NU IN­CON­NU

La pre­mière ques­tion à se po­ser est sou­vent de sa­voir si l’on sou­haite et si l’on peut re­prendre son an­cienne ac­ti­vi­té. “J’étais se­cré­taire mé­di­cale dans ma jeu­nesse, ra­conte Vé­ro­nique. Mais c’était il y a près de vingt ans. Le mé­tier a sen­si­ble­ment chan­gé de­puis.” C’est à la suite d’un divorce qu’elle se met à cher­cher un em­ploi, après une longue pé­riode d’ac­ti­vi­té. Tout na­tu­rel­le­ment, elle se tourne vers son an­cienne pro­fes­sion, mais se rend compte que de­puis, les nou­velles technologies ont en­va­hi son uni­vers pro­fes­sion­nel. “C’était dif­fi­cile à ad­mettre, mais je n’étais plus dans le coup, je per­dais pied en en­tre­tien. Tout avait chan­gé et je me sen­tais étran­gère à ce que j’avais pour­tant connu par coeur”, pour­suit-elle. Même constat pour Jen­ni­fer. “J’ai tou­jours tra­vaillé dans la vente en prêt-à-por­ter. Avant de m’ar­rê­ter pour me consa­crer à l’édu­ca­tion de mes en­fants, j’étais de­ve­nue res­pon­sable d’un ma­ga­sin. Mais les ho­raires des com­mer­çants sont dif­fi­ci­le­ment com­pa­tibles avec une vie de fa­mille. De plus, il était fi­nan­ciè­re­ment plus avan­ta­geux que je m’ar­rête, plu­tôt que de payer

pour la garde des trois pe­tits. Mais de­puis que j’ai en­ta­mé mes re­cherches il y a un an, je ne par­viens pas à trou­ver quelque chose de stable. On ne me fait plus confiance”, re­grette la jeune ma­man. Pour cer­taines, il a donc fal­lu s’adap­ter.

RÉ­AP­PRENDRE SON MÉ­TIER

C’est après plu­sieurs échecs que Vé­ro­nique prend la dé­ci­sion de se for­mer, afin de mettre toutes les chances de son cô­té. “J’ai pris

contact avec l’Af­pa (As­so­cia­tion pour la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle des adultes, ndlr) de ma ville qui m’a orien­tée vers une for­ma­tion ré­mu­né­rée, et adap­tée à mon sec­teur. J’ai pu me fa­mi­lia­ri­ser avec les lo­gi­ciels uti­li­sés et re­mettre mes com­pé­tences à jour. En plus de ce­la, j’ai ra­pi­de­ment re­pris confiance en moi. C’était très im­por­tant pour la suite”. Le plus sou­vent en ef­fet, la confiance fait dé­faut à ces femmes qui ont la sen­sa­tion d’être mises à l’écart de la so­cié­té. C’est no­tam­ment le cas de Jen­ni­fer qui re­con­naît ne plus se sen­tir utile de­puis que ses en­fants sont sco­la­ri­sés et qui s’es­time ex­clue du monde de l’entre

prise. “Vous sa­vez, lorsque vous n’avez af­faire qu’à des en­fants toute la jour­née, il y a des jours où vous avez la sen­sa­tion que le monde tourne sans vous, à toute vi­tesse. C’est d’au­tant plus le cas que peu de jeunes femmes cessent de tra­vailler de nos jours. Je me sen­tais donc peu cré­dible par rap­port à mes amies ou à mes an­ciennes col­lègues car mes pro­blé­ma­tiques étaient autres.” Tout comme Vé­ro­nique, elle dé­cide donc de se tour­ner vers un or­ga­nisme de for­ma­tion pour une re­mise à ni­veau. Un pre­mier pas vers la vie ac­tive.

RE­NOUER AVEC LA CONFIANCE

Grâce à sa for­ma­tion, l’an­cienne se­cré­taire mé­di­cale est par­ve­nue à re­trou­ver du tra­vail dans son do­maine. “J’ap­pré­hen­dais tou­jours énor­mé­ment les en­tre­tiens. J’avais ten­dance à pen­ser à la place du

C’était dif­fi­cile à ad­mettre, mais je n’étais plus

coup.” dans le

re­cru­teur lorsque l’on abor­dait la ques­tion de ma pé­riode d’in­ac­ti­vi­té, bien qu’elle fut ex­trê­me­ment ac­tive ! Je suis fi­na­le­ment tom­bée sur une per­sonne qui n’a pris en compte que mes com­pé­tences et ma grande mo­ti­va­tion. J’avais be­soin de tra

vailler pour vivre.” Au­jourd’hui, le seul re­gret de Vé­ro­nique est de ne pas avoir en­ta­mé ses dé­marches plus tôt. Car en plus de la ré­mu­né­ra­tion que lui ap­porte son em­ploi, elle confie avoir re­trou­vé confiance en elle, avoir une vie so­ciale plus riche et se sen­tir plus épa­nouie qu’au­tre­fois. Jen­ni­fer n’a en re­vanche pas en­core en­ta­mé sa for­ma­tion, mais ne perd pas son ob­jec­tif de vue. “J’at­tends ce pre­mier ren­dez-vous avec beau­coup d’im­pa­tience. C’est le dé­but d’une nouvelle vie, s’en­thou­siasme la jeune femme qui n’est pas fer­mée à une éven­tuelle re­con­ver­sion. Pour­quoi ne pas en pro­fi­ter pour chan­ger de voie, même si j’ai­mais beau­coup mon an­cien em­ploi. Nous ver­rons ce que me pro­pose la per­sonne que je vais ren­con­trer. Je suis ou­verte à d’autres pos­si­bi­li­tés, je suis très mo­ti­vée. L’ob­jec­tif est de re­trou­ver du tra­vail coûte que coûte.”

SEULES AU MONDE ?

Mal­gré cette mo­ti­va­tion sans borne, les deux femmes re­grettent pour­tant de ne pas avoir été as­sez

sou­te­nues. “L’État ne nous consi­dère pas. Dès le dé­but de mes re­cherches, je me suis sen­tie seule et j’ai eu des mo­ments de dé­cou­ra­ge­ment. Le monde ac­tuel, bien qu’au fait de l’éga­li­té entre hommes et femmes, ne prend pas suf­fi­sam­ment en consi­dé­ra­tion ces si­tua­tions, es­time Vé­ro­nique. Or, lorsque l’on sort d’une pé­riode d’in­ac­ti­vi­té, si l’on n’est pas ac­com­pa­gnée, on peut avoir ten­dance à se re­fer­mer sur soi.” Or, Jen­ni­fer conseille tout l’in­verse. Pour elle, il faut sor­tir de chez soi, mul­ti­plier les ren­contres, tout faire pour agran­dir son ré­seau de connais­sances. “Je me dis tou­jours, lorsque je ren­contre une per­sonne, qu’elle pour­ra po­ten­tiel­le­ment me par­ler d’une offre, on ne sait ja­mais. En tout cas, on ne vien­dra cer­tai­ne­ment pas me cher­cher dans mon salon pour me faire une pro­po­si­tion ! Et puis ce­la me per­met de me te­nir in­for­mée, de res­ter co­quette et de ne pas tour­ner en rond chez moi.” Un par­cours long et fas­ti­dieux, mal­heu­reu­se­ment peu va­lo­ri­sé, mais qui né­ces­site pour­tant beau­coup de cou­rage.

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