Un le­vier d’in­ser­tion pro­fes­sion­nelle ef­fi­cace

On ne sait pour quelles rai­sons, l’al­ter­nance a plu­tôt mau­vaise presse en France. Consi­dé­rée comme une voie de se­cours pour les jeunes ne pou­vant pas suivre une fi­lière gé­né­rale ou al­ler à l’uni­ver­si­té, le sys­tème reste pour­tant un for­mi­dable boos­ter en m

Rebondir - - AU SOMMAIRE - Ma­rie ROQUES

L’ac­tuel gou­ver­ne­ment d’Édouard Phi­lippe a re­mis l’al­ter­nance au centre de l’ac­tua­li­té. Ré­flé­chir sur le sys­tème était d’ailleurs une pro­messe de cam­pagne for­mu­lée par le pré­sident de la Ré­pu­blique, Em­ma­nuel Ma­cron. Dans cette pers­pec­tive, l’exé­cu­tif est à l’ini­tia­tive d’un vaste plan de re­lance de l’ap­pren­tis­sage vi­sant glo­ba­le­ment à aug­men­ter le nombre d’al­ter­nants dans une lo­gique de ré­duc­tion de chô­mage des jeunes. Se­lon les chiffres ré­cents com­mu­ni­qués par le gou­ver­ne­ment, près de 70 % des jeunes ap­pren­tis trouvent un em­ploi du­rable à la fin de leur for­ma­tion. Et c’est pré­ci­sé­ment cette dy­na­mique qui ex­plique l’en­ga­ge­ment de l’État en fa­veur de l’ap­pren­tis­sage. Se­lon lui, l’al­ter­nance ré­pond aux en­jeux de com­pé­ti­ti­vi­té et de per­for­mance

“L’al­ter­nance per­met aux jeunes d’ap­prendre un mé­tier mais aus­si la bonne at­ti­tude à adop­ter en en­tre­prise”

des en­tre­prises et per­met le trans­fert des com­pé­tences et la pro­fes­sion­na­li­sa­tion des jeunes. En ré­pon­dant aux en­tre­prises par des com­pé­tences de ter­rain, les jeunes fa­ci­litent leur fu­ture in­ser­tion pro­fes­sion­nelle. Un pro­jet de loi sur le su­jet est at­ten­du pour ce dé­but d’an­née.

AC­QUÉ­RIR UNE EX­PÉ­RIENCE PRO­FES­SION­NELLE

Mal­gré dé­fi­cit d’image. tous ces Le avan­tages, sys­tème l’al­ter­nance souffre d’un est d’ailleurs per­çu comme com­pli­qué et sou­vent mal com­pris. “L’al­ter­nance est un mot vaste, concède Isa­belle Mayer, conseillère en for­ma­tion conti­nue et pro­fes­seur au sein d’un Gre­ta. Il y a deux types de contrats. L’ap­pren­tis­sage qui re­lève de la for­ma­tion ini­tiale et la pro­fes­sion­na­li­sa­tion de la for­ma­tion conti­nue (lire en­ca­drés p 48).” Ces der­niers temps, plu­sieurs me­sures ont été mises en place par fa­vo­ri­ser

le sys­tème. “La pé­riode d’ap­pren­tis­sage est dé­sor­mais prise en compte pour le cal­cul de la re­traite et le contrat ré­ser­vé aux per­sonnes de moins de 26 ans et dé­sor­mais ou­vert jus­qu’à 30 ans”, dé­taille Isa­belle

Mayer. Un pas en avant po­si­tif, se­lon cette spé­cia­liste. Pour­tant, de nom­breuses places en CFA (centre de for­ma­tion d’ap­pren­tis) res­tent va­cantes. Les can­di­dats sont dif­fi­ciles à trou­ver et les en­tre­prises sont très exi­geantes sur les pro­fils. Mais une fois que les deux par­tis se sont trou­vés, le sys­tème est avan­ta­geux pour tout le monde. “De plus en plus de jeunes di­plô­més d’un bac gé­né­ral se tournent vers l’al­ter­nance, constate Isa­belle Mayer. Ils ac­quièrent ain­si deux ou trois ans d’ex­pé­rience pro­fes­sion­nelle qu’ils vont pou­voir mettre en avant et bé­né­fi­cier d’une meilleure

em­ploya­bi­li­té.” En ma­tière d’in­ser­tion pro­fes­sion­nelle, l’al­ter­nance semble être une très bonne opé­ra­tion car le sys­tème per­met aus­si aux jeunes d’avoir une bonne vi­sion du mé­tier et de ne pas idéa­li­ser une pro­fes­sion qu’ils ne sou­hai­te­ront plus exer­cer une fois leurs études ter­mi­nées. L’al­ter­nance semble être un plus en ma­tière d’in­ser­tion pro­fes­sion­nelle tout mé­tier confon­du et no­tam­ment pour les pro­fes­sions ar­ti­sa­nales qui consistent à ap­prendre un geste tech­nique. “Ces mé­tiers ne peuvent pas uni­que­ment s’ap­prendre à l’école, es­time Ca­the­rine Re­ba­tel, di­rec­trice du dé­ve­lop­pe­ment au

sein du CFA Léo­nard de Vin­ci. Le fait d’avoir fait de l’al­ter­nance prouve que l’on a pra­ti­qué le geste.”

CONNAÎTRE LES CODES SO­CIAUX DE L’EN­TRE­PRISE

Au-de­là de l’ex­pé­rience pro­fes­sion­nelle ac­quise, l’al­ter­nance pré­sente l’avan­tage de pro­po­ser aux en­tre­prises des jeunes en re­cherche d’em­ploi qui connaissent dé­jà les codes so­ciaux de l’en­tre­prise. “Un jeune qui a fait de l’al­ter­nance peut avoir pas­sé deux, trois, quatre ans au sein d’une en­tre­prise, il connaît donc les règles, ce qui se fait et ce qui ne se fait pas en en­tre­prise. Ce n’est pas quelque chose d’in­né, as­sure Ca­the­rine Re­ba­tel. Par exemple pour le dé­pôt de congé. L’al­ter­nance per­met aux jeunes d’ap­prendre un mé­tier mais aus­si la bonne at­ti­tude à adop­ter en en­tre­prise. Après, il faut que l’al­chi­mie se crée entre le can­di­dat et l’en­tre­prise.” Pour au­tant, il ne faut pas ou­blier que l’al­ter­nance reste dif­fi­cile à ap­pré­hen­der pour cer­tains jeunes, car le sys­tème est très exi­geant. “Pen­dant l’al­ter

nance, on mène une double vie, ex­plique Vir­gi­nie Fer­rouillat, res­pon­sable de l’al­ter­nance à l’école de ma­na­ge­ment Léo­nard de Vin­ci. Il y a un temps de

pré­sence for­ma­tion”. en en­tre­prise Ain­si, les jeunes et un autre ont la en res­pon­sa­bi­li­té école ou centre d’un de sa­la­rié avec l’exi­gence d’une mis­sion, et en pa­ral­lèle les de­voirs de l’étu­diant qui doit ap­prendre, rendre des dos­siers, faire des exer­cices. “C’est un rythme in­tense, il faut avoir la vo­lon­té de s’y adap­ter”, aver­tit Vir­gi­nie Fer­rouillat. L’al­ter­nance com­porte une autre par­ti­cu­la­ri­té par rap­port à une fi­lière plus gé­né­ra­liste, celle de choi­sir

un mé­tier sur le­quel on veut être for­mé. “Même s’il existe tou­jours des pas­se­relles entre cer­taines pro­fes­sions, l’en­sei­gne­ment en al­ter­nance est ra­re­ment gé­né­ra­liste. Il faut donc, en amont, me­ner une ré­flexion pro­fonde sur son pro­jet pro­fes­sion­nel”. L’al­ter­nance pré­sente aus­si l’avan­tage pour les en­tre­prises de for­mer leurs fu­turs col­la­bo­ra­teurs. Les étu­diants sont nom­breux à res­ter dans leur en­tre­prise d’ac­cueil à l’is­sue de leur pé­riode

d’al­ter­nance. “À condi­tion que l’en­tre­prise et le tu­teur jouent le jeu, pré­cise Vir­gi­nie Fer­rouillat. Ce der­nier doit no­tam­ment par­ti­ci­per à des réunions de tu­to­rat, faire un point sur l’in­té­gra­tion de l’al­ter­nant au sein de l’en­tre­prise et échan­ger avec l’école sur les mis­sions, les ob­jec­tifs et les ré­sul­tats ob­te­nus.”

“Pen­dant l’al­ter­nance, on mène une double vie”

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