Un sec­teur à la loupe

Si le sec­teur de la dis­tri­bu­tion peut faire peur, il offre tout de même de belles op­por­tu­ni­tés pour les per­sonnes tra­vailleuses et mo­ti­vées. Dé­cryp­tage.

Rebondir - - AU SOMMAIRE - Ju­lie Fal­coz

La dis­tri­bu­tion vous donne une chance

Pour 2018, le sec­teur de la dis­tri­bu­tion ta­blait sur plus de 260 000 pro­jets de re­cru­te­ment dans le do­maine du com­merce de dé­tail et de gros, se­lon l’en­quête Be­soins en main-d’oeuvre de Pôle em­ploi. Se­lon un sa­la­rié du ser­vice sta­tis­tique de l’éta­blis­se­ment pu­blic, “1 sa­la­rié sur 7 tra­vaille dans le sec­teur mar­chand”. Ce qui re­pré­sente 625 000 em­plois équi­valent temps plein. C’est dire son im­por­tance. Cô­té postes, les em­ployés de li­bre­ser­vice sont les plus de­man­dés avec 53 000 pro­jets et 30 000 pour les cais­siers ou hôtes de caisse. Cô­té éco­no­mique ? Le sec­teur ali­men­taire se porte bien.

Le non-ali­men­taire est da­van­tage sou­mis à la forte concur­rence du Web. “Par consé­quent, le sec­teur se trans­forme avec un re­cen­trage sur l’ali­men­taire et une ré­duc­tion des sur­faces qui ne le sont pas. Avec éga­le­ment une aug­men­ta­tion du nombre de pe­tites sur­faces, type su­pé­rettes, dans les zones ur­baines, qui cor­res­pondent à une at­tente des consom­ma­teurs”, ana­lyse Re­naud Gi­rou­det, di­rec­teur en charge des af­faires so­ciales de la Fé­dé­ra­tion du com­merce et de la dis­tri­bu­tion. C’est clai­re­ment un mé­tier de main-d’oeuvre avec 85 % d’ou­vriers/ em­ployés.

DON­NER SA CHANCE

“C’est un sec­teur dans le­quel per­sonne n’est pri­son­nier d’un di­plôme qu’il n’a pas”, af­firme haut et fort Re­naud Gi­rou­det. Sans di­plôme ou for­ma­tion, on peut clai­re­ment y faire son trou. C’est d’au­tant plus vrai dans la grande dis­tri­bu­tion. “Les gens di­plô­més vont grim­per les éche­lons plus vite mais c’est tout. Dans ce mé­tier, on est tout en bas de l’es­ca­lier et cha­cun monte à son propre rythme”, as­sène Bé­né­dicte Ca­ron, pro­prié­taire de 5 ma­ga­sins Sys­tème U. “On ne met pas de di­plôme sur des postes. Ce qui compte, c’est le sa­voir-être”, ren­ché­rit Syl­vie Amailland, DRH ma­ga­sins chez Sys­tème U. Même dis­cours chez Mé­tro, qui a em­bau­ché 800 CDI en France en 2018 : “Sans di­plôme, on va re­gar­der l’ex­pé­rience”, ajoute Na­dir Kad­ji, DRH Mé­tro France. Si la dis­tri­bu­tion n’at­tire pas for­cé­ment, la branche de la grande dis­tri­bu­tion est ré­pu­tée pour faire évo­luer ra­pi­de­ment ses col­la­bo­ra­teurs. “Il y a une vraie culture de pro­mo­tion in­terne. L’as­cen­seur so­cial fonc­tionne en­core”, si­gnale Ca­ro­line Troa­dec, char­gée de mis­sion for­ma­tion à la FCD. Au sein de la chaîne Sys­tème U, des jeunes de 25 ans sont

di­rec­teurs d’un ma­ga­sin avec, en­vi­ron 45 sa­la­riés sous leur res­pon­sa­bi­li­té. “Comme nous sommes des com­merces in­dé­pen­dants, il y a aus­si des his­toires de di­rec­teurs de­ve­nus pro­prié­taires de ma­ga­sins”, sou­ligne Syl­vie Amailland. Chez Mé­tro, 430 per­sonnes ont connu des évo­lu­tions si­gni­fi­ca­tives en 2017 (d’as­sis­tant ma­na­ger à ma­na­ger, de ma­na­ger à di­rec­teur…). La Fé­dé­ra­tion es­time que 60 % des di­rec­teurs de su­per­mar­ché sont is­sus d’une pro­mo­tion in­terne d’il y a deux ou trois ans. “La moi­tié a com­men­cé comme agent de maî­trise, l’autre comme em­ployé”, ré­vèle Re­naud Gi­rou­det. Les sa­laires sont éga­le­ment à prendre en compte. Par exemple, dans la grande dis­tri­bu­tion, les pauses sont ré­mu­né­rées, c’est-à-dire qu’un contrat de 35 heures est payé 36,75 heures. Et, au bout d’un an d’an­cien­ne­té, un sa­la­rié touche un 13e mois.

CONTI­NUER À SÉ­DUIRE

Mal­gré un as­cen­seur so­cial ef­fi­cace, le sec­teur doit tout de même conti­nuer à sé­duire en dé­pit de larges plages ho­raires, en dé­ca­lé. “Les pics d’ac­ti­vi­té ont lieu quand les clients ne tra­vaillent pas. C’est propre à l’en­semble du sec­teur. C’est évident qu’il ne faut pas vou­loir tous ses week-ends”, an­nonce Re­naud Gi­rou­det. Même si cer­tains ré­seaux font des ef­forts et prennent en compte

“L’as­cen­seur so­cial fonc­tionne en­core”

l’équi­libre entre vie per­son­nelle et vie pro­fes­sion­nelle en fai­sant en sorte que les sa­la­riés ne tra­vaillent qu’un week-end par mois par exemple, ou un sa­me­di sur deux. De­puis quelques an­nées, les em­ployeurs doivent re­dou­bler d’ef­fort pour at­ti­rer les bons pro­fils. “Là où la no­to­rié­té de Mé­tro suf­fi­sait avant au­jourd’hui, on y met beau­coup plus d’éner­gie en ac­tion­nant tous les dis­po­si­tifs : an­nonces, ca­bi­net de re­cru­te­ment, re­la­tion école et fo­rum de re­cru­te­ment”, dé­clare Na­dir Kad­ji. C’est no­tam­ment le cas pour les mé­tiers de bouche (bou­cher, bou­lan­ger, pâ­tis­sier…) qui sont vé­ri­ta­ble­ment en ten­sion dans le sec­teur. Quitte à faire ap­pel à des can­di­dats en re­con­ver­sion. “Il y a une vraie pé­nu­rie”, alerte Syl­vie Amailland. Se­lon la Fé­dé­ra­tion, les com­pé­tences com­munes re­cher­chées par toutes les en­seignes sont un bon contact avec la clien­tèle, “avec le sens du ser­vice”, sug­gère Bé­né­dicte Ca­ron ; le tra­vail en équipe et “la connais­sance de l’en­vi­ron­ne­ment de tra­vail et des pro­duits se­lon le rayon”, se­lon Re­naud Gi­rou­det. Chez Mé­tro, le DRH parle d’ai­mer rendre ser­vice : “En BtoB, il faut être por­teur d’une so­lu­tion pour nos clients”. “On a be­soin de gens mo­ti­vés”, conclut Bé­né­dicte Ca­ron.

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