ITI­NÉ­RAIRE BIS

Rebondir - - AU SOMMAIRE - Aline Gé­rard

Lu­cie Mau­ny, d’as­sis­tante so­ciale à stra­ti­fieuse en com­po­sites

Re­trou­ver le sens de ses mis­sions, en tra­vaillant sur des pro­jets pal­pables. C’est ce qu’est par­ve­nue à faire Lu­cie Mau­ny, for­ma­trice à l’Af­pa de Caen, sur le mé­tier de stra­ti­fieur en ma­té­riaux com­po­sites. Elle qui s’était lan­cée dans une car­rière d’as­sis­tante so­ciale et avait été confron­tée à la dés­illu­sion, me­sure au­jourd’hui les ré­sul­tats concrets de ses ac­tions.

Tou­cher la ma­tière, tra­vailler de ses mains : voi­là ce qu’aime Lu­cie Mau­ny qui exerce de­puis tou­jours en ama­teur ses ta­lents de “mo­de­leuse”, sur de la po­te­rie, du plâtre ou en­core des meubles en car­ton. “Je fais par­tie des filles qui sou­hai­taient par­tir en CAP ébé­nis­te­rie ou pein­ture et qui à l’époque en­ten­daient ce dis­cours : ‘tu as les ca­pa­ci­tés pour un bac lit­té­raire, tu as du suc­cès dans ton par­cours sco­laire, conti­nue et trouve un vrai mé­tier’”. En bonne élève dis­ci­pli­née, elle se lance dans une autre voie qui l’in­té­resse, celle du ser­vice so­cial. Elle fait un an à l’uni­ver­si­té de psy­cho­lo­gie de Caen (14) puis trois ans à Alen­çon (61) pour va­li­der un DEASS, le di­plôme d’État d’as­sis­tant de ser­vice so­cial. À l’is­sue de ses études, elle peine à trou­ver un poste à long terme sur son sec­teur géo­gra­phique, fai­sant sur­tout des rem­pla­ce­ments. Mais c’est en ac­com­pa­gnant un groupe en ré­in­ser­tion sur une ac­tion de dé­cou­verte des mé­tiers à l’Af­pa de Caen, qu’elle met le pied dans l’ate­lier stra­ti­fieur.

DU TANGIBLE

“Dans le ser­vice so­cial au­jourd’hui, nous sommes confron­tés à des dif­fi­cul­tés ter­ribles de ma­na­ge­ment et d’aide aux per­sonnes. Ce sont des sec­teurs où l’on fait un tra­vail avec l’hu­main sans avoir les ou­tils et les moyens pour me­ner à bien des ac­tions. C’est très dif­fi­cile ner­veu­se­ment, men­ta­le­ment. Étant un peu exi­geante, je n’ai pas trou­vé ce que je dé­si­rais. Je com­men­çais à me de­man­der si je ne de­vais pas plu­tôt me pro­fes­sion­na­li­ser en tant que mo­de­leuse.” La vi­site de l’ate­lier se pré­sente donc comme un coup du des­tin. “Ce­la m’a per­mis de pas­ser de mon loi­sir à un mé­tier”. En 2010, elle en­tame ain­si une for­ma­tion de 7 mois à l’Af­pa, puis en­chaîne sur un contrat de pro­fes­sion­na­li­sa­tion pour se for­mer en tant que tech­ni­cienne en ma­té­riaux com­po­sites, sur une sug­ges­tion de son pa­tron. “La for­ma­tion stra­ti­fieur per­met de fa­bri­quer les pièces, d’ap­prendre aux opé­ra­teurs à exé­cu­ter des tâches, ex­plique-t-elle. La for­ma­tion de tech­ni­cien en­seigne, en plus de la maî­trise des pro­cé­dés, l’en­ca­dre­ment des équipes et la fa­bri­ca­tion des moules”. Elle prend goût à ce mé­tier, “très riche en ma­tières”, car le stra­ti­fieur “ne tra­vaille pas que le bois, mais aus­si le lin, le car­bone, les ré­sines”, per­met “d’ap­pro­cher le monde du mo­bi­lier de­si­gn” et de lais­ser libre cours à son ima­gi­na­tion en ma­tière de formes. Il est

aus­si très riche en dé­bou­chés. L’ex­pé­rience de Lu­cie Mau­ny l’il­lustre par­fai­te­ment. “J’ai com­men­cé à tra­vailler dans le monde du cam­ping-car, des ca­mions fri­go­ri­fiques, du mo­bi­lier pour le jar­din ( jar­di­nières, tran­sats) et des cen­driers pour le mo­bi­lier ur­bain.” Tout ce­la dans une seule et même en­tre­prise. En­suite, elle exer­ce­ra en chan­tier na­val. “Une en­tre­prise va maî­tri­ser des pro­cé­dés mais va fa­bri­quer des pièces comme sous-trai­tante pour une mul­ti­tude de sec­teurs”. Elle sou­ligne tou­te­fois que le tra­vail peut s’avé­rer pé­nible phy­si­que­ment, et qu’il ne faut pas comp­ter ses heures.

LA RE­LÈVE

Elle exerce ain­si du­rant 5 ans. Jus­qu’à ce que son an­cien for­ma­teur, cher­chant à an­ti­ci­per son dé­part à la re­traite, la contacte pour as­su­rer la re­lève. Il faut dire que le poste né­ces­site de pos­sé­der le sa­voir-faire du stra­ti­fieur, un mé­tier en­core mé­con­nu, et des qua­li­tés de pa­tience et de pé­da­go­gie pour par­ve­nir à le trans­mettre. Ce qu’elle aime ? “Tout. Je peux al­lier ma pas­sion pour un mé­tier ma­nuel, et ac­com­pa­gner des groupes dans de la trans­mis­sion, du con­seil, vers l’ob­ten­tion d’un di­plôme et les orien­ter vers des en­tre­prises.” Elle ap­pré­cie aus­si sa marge de ma­noeuvre. “Je peux créer des exer­cices avec des ma­tières comme je le sou­haite. Je suis res­pon­sable de mon ate­lier, de mon or­ga­ni­sa­tion et de mon temps de tra­vail” Sur­tout, elle a le sen­ti­ment d’avoir en­fin des ou­tils concrets entre les mains : un ate­lier, un dis­po­si­tif de for­ma­tion. “Cer­taines per­sonnes ne vont pas al­ler tout de suite vers l’em­ploi mais elles vont se construire dans un groupe, contri­buer à son évo­lu­tion et puis se va­lo­ri­ser par la fa­bri­ca­tion des pièces.” Cet as­pect tangible re­donne du sens à ses mis­sions. Fi­na­le­ment, le fait d’avoir fait ses pre­miers pas dans une voie pour bi­fur­quer par la suite lui a per­mis de trou­ver le bon mé­lange : “J’ai ai­mé faire mes études dans le so­cial. Je ne re­grette pas, car au­jourd’hui j’ai un par­cours qui est com­plé­men­taire. Ce que j’ai ap­pris en ma­tière de mé­tho­do­lo­gie de l’ac­com­pa­gne­ment des per­sonnes et des groupes, je le mets au­jourd’hui au ser­vice de mon mé­tier de for­ma­trice. Dans le so­cial, j’ai trou­vé la place où je me sens le mieux, c’est en ré­in­ser­tion so­cio-pro­fes­sion­nelle et en for­ma­tion !”

“J’ai trou­vé la place où je me sens le mieux”

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