FRANZ FER­DI­NAND

Avec un per­son­nel mo­di­fié, un chan­teur per­oxy­dé et un pro­duc­teur fran­çais, le groupe écos­sais change la forme mais pas le fond : es­sayer de faire des tubes.

Rock & Folk - - Sommaire - RE­CUEILLI PAR ISA­BELLE CHELLEY

Entre les fes­ti­vals, l’al­bum de FFS, sa tour­née et le single “De­ma­gogue” at­ta­quant, à l’époque, un cer­tain can­di­dat orange à la pré­si­dence amé­ri­caine, Franz Fer­di­nand n’avait pas pa­ru tant man­quer que ça au pay­sage mu­si­cal. C’est en dé­cou­vrant “Al­ways As­cen­ding”, pre­mier single du cin­quième al­bum, à la fois dan­sant et hyp­no­tique, pop et spi­ri­tuel, ac­ces­sible et com­plexe que l’en­vie d’en écou­ter plus s’est fait pres­sante. L’al­bum se­rait-il à la hau­teur ? Le groupe avait-il sur­mon­té le dé­part du gui­ta­riste Nick McCar­thy et l’ar­ri­vée de Ju­lian Cor­rie (cla­viers et gui­tare) et Di­no Bar­do (gui­tare) ? Et après 14 ans d’exis­tence et un der­nier disque moins ins­pi­ré, Franz Fer­di­nand se­rait-il en­core per­ti­nent et ex­ci­tant ? Oui. Avec ses dix chan­sons en 39 mi­nutes, l’al­bum “Al­ways As­cen­ding” est ce­lui d’un groupe al­lant à l’es­sen­tiel, avec un son fa­mi­lier et frais à la fois, cré­pi­tant d’éner­gie et de touches de sons synthétiques étof­fant des mé­lo­dies im­pa­rables. Franz Fer­di­nand est de re­tour. En forme. Et ça fait ru­de­ment plai­sir.

Fin d’après-mi­di à Pa­ris. Alex Ka­pra­nos, che­veux pla­tines mi-longs et veste noire cin­trée flan­qué de Ju­lian Cor­rie, bouille ronde et bou­clettes, ac­cueillent avec le sou­rire, comme s’ils n’at­ten­daient qu’une chose : ré­pondre pour la énième fois aux mêmes ques­tions à pro­pos de “Al­ways As­cen­ding”. A moins qu’ils n’af­fichent l’air du mu­si­cien fier de dé­fendre son disque. Mais com­men­çons par le com­men­ce­ment et ce pre­mier single avec cette in­tro au pia­no, un comble lors­qu’on a été éti­que­té groupe à gui­tares à ses dé­buts. “C’est tou­jours bien de ne pas suivre les

at­tentes des autres, ré­pond Alex. En tant que groupe, on a tou­jours fait l’in­verse de ce qu’on en­ten­dait dire sur nous. Et on conti­nue. Cette fois, c’est comme si on avait en­re­gis­tré un deuxième pre­mier al­bum.” Puis­qu’on parle nou­veau­té, on de­mande à Ju­lian s’il y a des rites ini­tia­tiques

pour in­té­grer Franz Fer­di­nand. “On s’est ren­con­trés au­tour d’un cur­ry à Glas­gow, pour voir si on s’en­ten­dait bien. C’est bi­zarre, on ne s’était ja­mais croi­sés alors qu’on a des amis com­muns et que ça fait huit ans que je tra­vaille en ville. On s’est re­trou­vés en stu­dio pour jouer, c’était as­sez simple au fond. Je suis ve­nu en me di­sant que je ne vou­lais pas de­ve­nir ce que je croyais de­voir de­ve­nir en in­té­grant Franz Fer­di­nand. J’étais fan. En les ren­con­trant, il est de­ve­nu évident qu’on avait les mêmes en­vies, qu’on vou­lait être tou­chés, ex­ci­tés par ce qu’on jouait, qu’on ai­mait ajou­ter des élé­ments bi­zarres, peu conven­tion­nels.” Le fait que Ju­lian ait une

“Ces fake news sont ter­ri­fiantes, c’est comme la pro­pa­gande na­zie ou bol­che­vique dans les an­nées 1930”

dou­zaine d’an­nées de moins que ses ca­ma­rades

de jeu ne semble pas les gê­ner. “J’avais son âge quand notre pre­mier disque est sor­ti. Il a une per­son­na­li­té et une iden­ti­té mu­si­cale fortes, c’est ce qui nous a don­né en­vie de jouer avec lui. Il tra­vaille de­puis des an­nées avec Miaoux Miaoux et on sen­tait qu’il al­lait ap­por­ter sa per­son­na­li­té. On a tous du ca­rac­tère, on vou­lait quel­qu’un pou­vant nous te­nir tête.” Ju­lian, qui a tout du gars ré­ser­vé et dont la pa­role rare est for­cé­ment pré­cieuse, éclaire sur les rouages du groupe. “On ne se bat pas, on dé­bat, on donne notre avis.” Ka­pra­nos pré­cise : “J’aime l’har­mo­nie. Et la dis­so­nance.”

Ar­ma­ged­don nu­cléaire

La dis­so­nance, voire le coup de gueule, à l’image de la chan­son “De­ma­gogue” sor­tie le 14 oc­tobre 2016 en pleine pré­si­den­tielle amé­ri­caine. Voir le groupe, pour­tant adepte de pa­roles moins lé­gères qu’elles n’y pa­raissent, s’en­ga­ger ou­ver­te­ment était sur­pre­nant. “C’était un monde dif­fé­rent. On a écrit ce titre en se de­man­dant ce qu’il ar­ri­ve­rait s’il était élu. On se di­sait que c’était im­pos­sible...” Comme le Brexit. Ju­lian s’en­flamme : “Je suis

tom­bé sur une vi­déo de la BBC mon­trant des gens qui pensent que la Terre est plate. Il y avait de la mu­sique de co­mé­die en fond so­nore, on se mo­quait d’eux, alors qu’il faut prendre ce­la au sé­rieux. Comme avec Trump. Ex­pli­quons aux gens qu’ils se trompent au lieu de les ri­di­cu­li­ser. On a re­pré­sen­tés les pro-Brexit comme des abru­tis, du coup ils ont vo­té en masse pour mon­trer leur pou­voir.” Des mois plus tard, le su­jet reste dou­lou­reux pour Alex : “On avait l’im­pres­sion qu’ils di­saient : ‘et alors ? On est cons ? On va

bien vous bai­ser au fi­nal.’ Quand on écrit des chan­sons, on ré­agit à ce qui nous en­toure. Mes pa­rents se sou­viennent de la tra­gé­die de la baie des Co­chons, de ce que c’était de vivre sous la me­nace d’un ar­ma­ged­don nu­cléaire. Le 11 sep­tembre a été une tra­gé­die, on sen­tait que le monde avait chan­gé, mais pas à ce point... On peut réagir en écri­vant une chan­son en­ga­gée ou en cé­lé­brant ce qu’on a. Sur l’al­bum, ‘Slow Don’t Kill Me Slow’ ou ‘La­zy Boy’ sont cou­pées de l’ac­tua­li­té. ‘The Aca­de­my Award’ parle du monde ac­tuel.” Dans le même re­gistre, ci­tons “Huck & Jim”, pre­mière chan­son à men­tion­ner la NHS (sys­tème de san­té an­glais) dans son re­frain : “Nous al­lons en Amérique/ On va leur par­ler de la NHS”. “La NHS m’a sau­vé la vie, ex­plique

Alex. Je suis asth­ma­tique. Quand j’avais 14 ans, j’ai cho­pé une in­fec­tion aux bronches, je ne pou­vais plus res­pi­rer, le mé­de­cin est ve­nu, je com­men­çais à hal­lu­ci­ner. Il a ap­pe­lé une am­bu­lance pour m’em­me­ner aux ur­gences. Je me sou­viens d’une sen­sa­tion as­sez sur­réa­liste, j’étais as­sez calme, je me di­sais, ces mecs vont s’oc­cu­per de moi, ça va.” Alex a per­du le sou­rire. Il sait qu’on me­sure une ci­vi­li­sa­tion à sa fa­çon “de s’oc­cu­per de ses pauvres, ses ma­lades, ses en­fants et ses pri­son­niers.” Mais re­ve­nons à l’al­bum. Au fait que la cri­tique rock tend à croire que l’ar­tiste, s’il n’est pas en­ga­gé, n’écrit que des pa­roles ins­pi­rées par la contem­pla­tion de son nom­bril et ses rup­tures. Ici, il est évident que cer­taines chan­sons sont écrites du point de vue d’un per­son­nage. “Il y a deux

fa­çons d’être sin­cère, ré­pond Alex. Par la confes­sion ou par la voix d’un per­son­nage. Je pense qu’on peut pro­je­ter ses émo­tions sur un per­son­nage ou en créer un si réel qu’on croit à ce qu’il res­sent. ‘Walk Away’ ou ‘Dark Of The Ma­ti­nee’ sont très per­son­nelles. Mais dans ‘Lois Lane’, ce sont des

per­son­nages, bribe de leurs vies.” on a Alex ima­gi­né com­mande leur fa­çon un thé. d’in­ter­agir “En­glish et Break­fast”, on vous donne pré­cise- une t-il. “Le Ju­lian thé an­glais, re­marque ça n’existe en sou­riant pas...” que Des l’ap­pel­la­tion mu­si­ciens a des qui re­lents se dé­foncent co­lo­nia­listes. à la théine tasse, Alex et se chante vannent les louanges sur l’ap­pro­pria­tion du pro­duc­teur cultu­relle, de l’al­bum, donc. Phi­lippe De­vant Zdar. sa “C’est le maître de son art, il a une per­son­na­li­té très gé­né­reuse, il a beau­coup don­né de lui pour ce disque. C’était notre pre­mier choix. On sa­vait que son es­thé­tique al­lait s’ac­cor­der avec ce qu’on vou­lait.” Ju­lian

ap­porte des pré­ci­sions. “On vou­lait avoir une vraie dy­na­mique de groupe, qu’on res­sente notre plai­sir à jouer en­semble. L’al­bum en­tier est joué live. Sans click ou autre...” Franz Fer­di­nand a pas­sé près d’un an à ar­ran­ger, ré­pé­ter et maî­tri­ser les mor­ceaux jus­qu’à être par­fai­te­ment en place. L’en­re­gis­tre­ment n’a pris que six jours. “La plu­part des groupes font l’in­verse. Ils en­re­gistrent un disque, tournent un an et en­suite, ils peuvent le jouer !” s’amuse Ju­lian. “On avait en­vie de cette ap­proche old school, avec un son qui soit ce­lui de 2018. Phi­lippe di­sait que c’est une réaction à ce qu’il ap­pelle le rock Pro Tools, où tu dé­coupes les mor­ceaux à coups de sou­ris.” Ce nou­veau son, mé­lange entre pop clas­sique et fu­tu­risme, n’a pas été in­fluen­cé par la pa­ren­thèse FFS, fu­sion entre Franz Fer­di­nand et les Sparks, où les forces, au lieu de s’an­nu­ler, se com­bi­naient avec flui­di­té. L’ex­pé­rience a été pré­cieuse pour Alex : “C’était la pre­mière fois que je chan­tais sans avoir de gui­tare et je l’ai re­fait pour cer­tains nou­veaux mor­ceaux. Quelque chose s’est ou­vert, comme au ci­né­ma, quand, après les pubs, le ri­deau s’ouvre et dé­voile un grand écran pour le film. Ça s’en­tend sur la chan­son ‘Lois Lane’.” Mor­ceau qui dit que le jour­na­liste peut chan­ger le monde. Alex le pense vrai­ment. “Ces fake news sont ter­ri­fiantes, c’est comme la pro­pa­gande na­zie ou bol­che­vique dans les an­nées 1930. Cer­tains jour­na­listes ont chan­gé le monde. Dans le cas du Wa­ter­gate, ils ont fait tom­ber un pré­sident. On a be­soin de gens de ce ca­libre au­jourd’hui ! Mais les ca­pi­taux de la presse ont dis­pa­ru.” Le plus

jeune au­tour de cette table émet alors une ré­flexion désa­bu­sée : “C’est une époque d’ex­cès. Trop d’in­fos, de mu­sique, de tout. On a be­soin de cu­ra­teurs pour trier tout ça.” Ap­pro­ba­tion d’Alex : “Je me sou­viens qu’au dé­but d’In­ter­net, je me di­sais, c’est gé­nial, on va pou­voir tout écou­ter ! Au dé­but des an­nées 90, je pro­gram­mais des groupes dans un club. J’ado­rais faire jouer des gens pas en­core trop au point. Je re­ce­vais des dé­mos, des sacs pleins, j’en écou­tais 250 par se­maine. Et en­vi­ron 5%, en étant gé­né­reux, étaient

bonnes. J’au­rais dû sa­voir que l’ac­cès à tout n’était pas une bonne chose ! Le tri est né­ces­saire. Les cri­tiques se trompent par­fois, mais ils sont utiles.” S’en­suit un échange ani­mé sur le rôle de cu­ra­teur de son propre tra­vail de l’ar­tiste. “S’il fait plai­sir à tout le monde, il ne sert à rien”, es­time Cor­rie. Alex hoche la tête. Pour lui, toute dé­ci­sion d’ordre créa­tif est

de la cu­ra­tion. De l’ordre des chan­sons à la du­rée de l’al­bum. “On vou­lait un disque concen­tré. On a tra­vaillé dans cet ob­jec­tif. La moi­tié du plai­sir de créer est d’éli­mi­ner ce qui n’est pas per­ti­nent pour ob­te­nir la conci­sion. J’adore Ray­mond Car­ver. ‘Par­lez-Moi D’Amour’, un de ses pre­miers re­cueils de nou­velles a un style très concis, très sec et c’est puis­sant. C’était dû à son édi­teur. Après sa mort, ils ont sor­ti le ma­nus­crit ori­gi­nal, qui fait près du double. Pour dé­cou­vrir le pou­voir de la conci­sion, il faut lire les deux livres.”

Mode ex­pé­ri­men­tal

Il y a 14 ans, quand “Take Me Out” pas­sait en boucle et Franz Fer­di­nand était pro­pul­sé en une des heb­dos mu­si­caux an­glais, le groupe di­sait qu’il jouait de la mu­sique pour faire dan­ser les filles. Pro­jet plus am­bi­tieux

qu’il n’y pa­raît, un peu mé­pri­sé par les jour­na­listes mas­cu­lins. “On l’a dit et fait exac­te­ment pour ça. Ça peut sem­bler dé­sin­volte, mais der­rière, il y a une vraie ré­flexion. Je me sou­viens des concerts à Glas­gow, à cette pé­riode post-post-rock. Il y avait 99% de mecs qui se grat­taient la barbe, sans dan­ser. Je vou­lais réagir contre cette ap­proche très do­mi­née par les hommes. Notre pre­mier concert a eu lieu avec un groupe d’ar­tistes fé­mi­nines à la Glas­gow School of Art. C’était elles, les stars. On était le groupe de mecs dans cette af­fiche fé­mi­nine. Et on vou­lait être un groupe de rock’n’roll fai­sant de la mu­sique dan­sante, com­bi­nant ces deux uni­vers. Pour faire dan­ser les filles, pas pour des mecs sur­ana­ly­sant tout. Mes amies ont ten­dance à réagir de fa­çon bien plus ins­tinc­tive à la mu­sique. Moi aus­si. J’aime que la mu­sique me fasse vi­brer.” Comme toute forme d’art. On va voir une ex­po­si­tion pour être bou­le­ver­sé, pas pour trou­ver ça jo­li, non ? “Mer­ci ! Y com­pris par l’art le plus abs­trait qui soit” s’ex­clame Alex. Après avoir dé­cor­ti­qué l’al­bum, par­lé po­li­tique, écri­ture, choix de car­rière, il reste une ques­tion ma­jeure que tout le monde se pose. Alex Ka­pra­nos peut-il ex­pli­quer ce qui se passe au ni­veau ca­pil­laire chez lui ? On n’a pas eu l’oc­ca­sion d’abor­der l’épi­neux pro­blème de sa mous­tache pas­sée, mais cette fois, le monde doit sa­voir. “Je te laisse ré­pondre à cette ques­tion dé­li­cate”, dit Ju­lian qui sai­sit le sé­rieux de la si­tua­tion. “Je suis en mode ex­pé­ri­men­tal, ré­pond Alex. Eh, j’ai 45 ans, j’ai tou­jours des che­veux, au­tant m’amu­ser avec ! Plus tôt cette an­née j’avais les che­veux très longs.” Ju­lian en ra­joute : “Quand on a fait les pho­tos du groupe, un des pre­miers com­men­taires a été, en lettres ca­pi­tales : ‘en­voyez Alex et Paul chez le coif­feur im­mé­dia­te­ment.’ ” Paul ar­bore un ca­to­gan dans la der­nière vi­déo... Ces gars-là sont ar­més, sans doute parce qu’avant la gloire, ils ont eu d’autres vies, connu la ga­lère. “Je ne m’at­ten­dais à rien de tout ça, ad­met Alex. Dès qu’on est un peu cé­lèbre, on est gâ­tés, on ne nous dit plus la vé­ri­té. Quand on a eu une autre vie, on dé­tecte ça très fa­ci­le­ment. J’ap­pré­cie ces an­nées où j’ai eu des bou­lots dif­fi­ciles, comme la plu­part des gens. On a un re­gard dif­fé­rent sur le suc­cès quand on l’at­tend. On se dit, per­sonne n’écou­te­ra ou n’ai­me­ra ja­mais mes chan­sons. Mais quand ça ar­rive, on le sa­voure.” Avant de se quit­ter, on évoque la pré­pa­ra­tion

pour la longue tour­née de 2018. Ju­lian n’a pas l’air stres­sé. “J’ai l’im­pres­sion que le groupe joue plu­tôt bien en ce mo­ment. J’ai hâte d’y être...” Alex a

un con­seil pour lui : “Ne pas lire les cri­tiques, sur­tout les bonnes ! Elles font prendre le me­lon. Les mau­vaises peu im­porte... Je n’ai ja­mais boxé un jour­na­liste pour ça.” Alors qu’un membre du groupe, en 2004, au

Zé­nith, par exemple... “C’était la consé­quence de la pres­sion. On n’avait pas eu un congé en 200 jours. On de­ve­nait fous. Une bou­teille de Ja­me­son a tout dé­clen­ché. A chaque fois que j’ai été dans une sale si­tua­tion, il y a tou­jours eu une bou­teille de Ja­me­son. Je n’en bois plus. Je pré­fère le whis­ky ja­po­nais à pré­sent.” Al­bum “Al­ways As­cen­ding” (Do­mi­no)

“En­voyez Alex et Paul chez le coif­feur im­mé­dia­te­ment”

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