Mes Disques A Moi

AGNES B

Rock & Folk - - Edito - Alexandre Bre­ton

On ne pou­vait pas mieux tom­ber. C’est rue Dieu, à Pa­ris, que la conver­sa­tion s’en­gage avec Agnès B.

Dieu, autre nom de code de ces idoles du siècle pas­sé, dont la nais­sance fut aus­si celle de la jeu­nesse mu­si­cale, au mi­lieu des an­nées 50. Agnès B — Trou­blé pour l’état ci­vil — est un élec­tron libre dou­blé d’une fan pur-sang au flow eu­pho­ri­sant, une sorte de ver­sion femme de Wa­rhol, avec sa Fac­to­ry bo­hème inon­dée de mu­sique, rue du Jour. De­puis le mi­lieu des se­ven­ties, elle n’au­ra pas seule­ment ren­voyé la mode à son vain aris­to­cra­tisme, mais aus­si, et lit­té­ra­le­ment, taillé des

cos­tards à ces corps trou­blants de la pop : Da­vid Bo­wie, Patti Smith, Ma­rianne Fai­th­full, Alan Ve­ga, Alain Ba­shung, Brian Mol­ko, ou, ré­cem­ment, Bax­ter Du­ry. Ha­billés, fil­més, pro­duits, ai­dés, bref, ils sont lé­gion à être re­con­nais­sants en­vers cette éter­nelle ado­les­cente en­thou­siaste, qu’il était temps de mettre à l’hon­neur dans ces pages.

Dan­ser sur du Char­lie Par­ker

Agnès B : Une vod­ka ? Ah ! Avez-vous eu le livre des qua­rante ans ? Il faut que vous l’ayez, vous ver­rez, on ne peut pas vivre sans la mu­sique ! (On trinque) J’ai été éle­vée avec la mu­sique, mais vrai­ment ! Mes pa­rents étaient mé­lo­manes, ils étaient amis avec Mo­zart. Mon père ado­rait la mu­sique, il chan­tait même dans la cho­rale de l’Opé­ra de Pa­ris. Et moi, un jour, il m’a ca­chée, au pa­lais de Chaillot, dans les choeurs de la Sym­pho­nie n°9 de Bee­tho­ven. Il chan­tait dans les choeurs, alors il a em­me­né sa pe­tite fille de huit ou neuf ans et l’a ca­chée dans les choeurs. Du coup, j’ai vu de près le grand chef Carl Schu­richt di­ri­ger la neu­vième! C’était ma­gni­fique comme ex­pé­rience ! Il était avo­cat, et je suis ab­so­lu­ment comme lui, de ca­rac­tère, ab­so­lu­ment tout m’in­té­resse ! ROCK&FOLK : C’est le pre­mier choc mu­si­cal ? Cu­rieu­se­ment, on ne vous re­trou­ve­ra pas dans le do­maine de la mu­sique classique, mais plu­tôt dans ce­lui des mu­siques po­pu­laires, la pop, le rock, le jazz, le rap...

Agnès B : Oui, parce que je ne peux pas sor­tir avec Mo­zart ! Mais vous sa­vez, cos­tu­mier, c’est un mé­tier tout autre que le mien, que je res­pecte et ad­mire in­fi­ni­ment. Il faut se don­ner com­plè­te­ment. On doit sa­voir tout faire, un vê­te­ment Re­nais­sance, un vê­te­ment 18ème siècle, un vê­te­ment contem­po­rain, bref, tout... Or moi, je fais quatre col­lec­tions par an, femme/ homme, homme/ femme ! Mon tra­vail, c’est d’être sty­liste, et je pense qu’on peut tout sty­li­ser, et c’est ça que j’adore. Sur mon pas­se­port, il y a écrit Agnès Trou­blé, sty­liste et je re­ven­dique ça. R&F : Dans ce contexte, quel a été votre pre­mier disque ache­té ? Agnès B : Le pre­mier disque ache­té... Je ne m’en sou­viens pas, par contre, en plus des nom­breux amis qui pas­saient avec des disques à la mai­son, il y avait dé­jà tous les mi­cro­sillons de mon père. Et mon père avait des goûts très éclec­tiques. Il m’a pas­sé le goût du blues, des mu­siques d’Amé­rique du Sud comme celle des In­diens Gua­ra­nis ; on écou­tait plein de choses dif­fé­rentes. Et moi, j’écou­tais Yves Mon­tand, qui chan­tait des chan­sons très an­ciennes, cer­taines du Moyen Age ou du 17ème siècle, comme “La Chan­son Du Roi Renaud” ou “La Com­plainte De Man­drin”. C’est ma­gni­fique ( elle chante) ! On de­vrait écou­ter ça dans les écoles, vrai­ment, c’est trop beau ! Je les connais­sais toutes par coeur. Je ren­trais de l’école et j’écou­tais de la mu­sique, tou­jours ! Comme je me re­trou­vais toute seule, je me pas­sais des disques. Je me met­tais le Con­cer­to en ré ma­jeur de Bee­tho­ven qui me fai­sait un bien fou, parce que j’avais sou­vent du cha­grin comme sou­vent peuvent en avoir les en­fants, ou les ado­les­cents, et ça me re­met­tait d’aplomb. Jus­qu’au jour où j’ai en­ten­du le Re­quiem de Mo­zart à la ra­dio. Je n’avais ja­mais en­ten­du ça, j’avais douze ans, je trou­vais que ma vie était trop dure, alors je me suis dit que j’avais en­vie de mou­rir et de re­joindre Mo­zart au ciel ! Voyez comme la mu­sique me touche vrai­ment...

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