L’es­prit mo­queur de l’au­teur

Rock & Folk - - Livres -

est bien trop rare. O’Neill en­tre­prend donc de ré­écrire, à sa dé­li­cate fa­çon, l’his­toire de la mu­sique et des ori­gines du me­tal et ça vaut le dé­tour car peu trouvent grâce à ses yeux et on se ré­gale avec lui de ses coups bas. Le cha­pitre sur le glam rock, “Pu­tain­de­glam­rock de­merde”, est par­ti­cu­liè­re­ment sa­vou­reux, que l’on aime le glam rock ou pas, sa des­crip­tion des paillettes de Marc Bo­lan — le cou­pable d’après lui — et de la nais­sance du glam rock ain­si que de la conco­mi­tante “gé­né­ra­tion de pères, de­man­dant, l’ air in­cré­dule, si c’ est un gars ou une fille” est un ré­gal d’ im­pi­toyable fran­chise. Bien sûr, une grande par­tie du livre consiste à clas­si­fier les groupes dans de nom­breuses sous­ca­té­go­ries et, là aus­si, O’Neill est ferme, im­pi­toyable et in­juste, comme tout bon fan se doit de l’être et ne man­que­ra pas d’aga­cer les me­tal­leux fans des concur­rents. On ne va pas se ra­con­ter de sa­lades, les non-me­tal­leux ne se­ront pas pas­sion­nés par tous les cha­pitres du livre mais, en re­vanche, tout le monde ap­pré­cie­ra lar­ge­ment de nom­breux pas­sages du bou­quin et l’es­prit mo­queur de l’au­teur. La ban­de­son est four­nie sur son site pour être sûr de ne pas ra­ter un riff de l’ex­pé­rience, at­ten­tion, ça dé­coiffe. ou en tous cas, im­pos­sible à com­prendre, à re­lier — mer­ci d’en­voyer un ré­su­mé si vous y ar­ri­vez. Il y a tout de même, par­fois, telles des échap­pées de ciel bleu dans un ciel char­gé, des pa­ra­graphes, quel­que­fois même en­tiers, où l’on com­prend en­fin de quoi parle Man­set, de sa mère et de ses filles, ten­dre­ment, d’amours énig­ma­tiques et de ren­contres pro­fes­sion­nelles, Juliette Gré­co, Hen­ri Sal­va­dor ou même un Phi­lippe Starck, por­trai­tu­ré ici en fan aus­si ébloui par le ta­lent du maître que le maître lui-même, c’est dire. Ce flou gé­né­ral, ces phrases, di­sons-le, im­bi­tables, pro­fitent peut-être mal­gré tout à l’au­teur dont cer­tains pas­sages, s’ils étaient moins am­bi­gus, se­raient peut-être dé­tes­tables, comme son “ces­gens­là” à pro­pos des ho­mo­sexuels avant une dou­teuse li­ta­nie de cli­chés sur ce “clanà­part” ou ces fa­ciles évo­ca­tions exo­tiques peu­plées de beau­tés lo­cales. L’avan­tage de la prose incompréhensible, c’est donc que t’es pas sûr que c’est bien ce que t’as eu l’im­pres­sion de lire alors nous ac­cor­de­rons le bé­né­fice du doute à Man­set sur ce coup-là. De là à lire ce pen­sum ? Non, nul ne l’oblige à se taire, certes mais nul ne vous oblige à le lire.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.