Bob­bie Gen­try

L’his­toire d’un jeune homme, Billie Joe, qui s’est sui­ci­dé en sau­tant du pont de Tal­la­hat­chie

Rock & Folk - - Sommaire 616 - PAR NI­CO­LAS UN­GE­MUTH

Un cof­fret ex­cep­tion­nel réunit tous les en­re­gis­tre­ments de la fille de Chi­cka­saw pour Ca­pi­tol. Un rêve, tant ses al­bums lé­gen­daires ont été peu ou mal ré­édi­tés. Re­tour sur une car­rière unique en son genre avant la plus énig­ma­tique des dis­pa­ri­tions.

“JE SUIS PRO­BA­BLE­MENT L’UNE DES SEULES PER­SONNES DE MA GE­NE­RA­TION A ETRE ALLEE A L’EGLISE DANS UNE CARIOLE TIREE PAR DES MULES, PUIS A M’ETRE DEPLACEE EN JETS PRIVES.” Quand Bob­bie Gen­try, née Ro­ber­ta Lee Stree­ter en 1942, fai­sait cette dé­cla­ra­tion alors que sa car­rière était bien en­ta­mée, elle ne men­tait pas. Elle, et quelques autres très rares, dont John­ny Cash ou Dol­ly Par­ton, sont pas­sés as­sez ra­pi­de­ment du dé­nue­ment le plus ab­so­lu à la cé­lé­bri­té glo­bale. Gen­try est connue pour être “la fille du com­té de Chi­cka­saw”, pas très loin de Woo­dland, de Tu­pe­lo et de Clarks­dale, dans la ré­gion du Del­ta du Mis­sis­sip­pi (à ne pas confondre avec le del­ta du fleuve, là où il re­joint la mer). L’Etat du Mis­sis­sip­pi, ac­tuel­le­ment le plus pauvre des Etats-Unis, et le Sud au sens large au­ront in­fluen­cé toutes ses gran­dioses com­po­si­tions du­rant l’in­té­gra­li­té de sa car­rière, la­quelle est ré­su­mée dans un mo­nu­men­tal cof­fret (voir pages Ré­édi­tions) ali­gnant tous ses al­bums pour Ca­pi­tol, ce­lui en duo avec Glen Camp­bell, un live à la BBC qui n’avait jus­qu’ici été dis­po­nible que du­rant un Re­cord Store Day, et de nom­breux bo­nus, singles et dé­mos (sou­vent très proches des ver­sions fi­nies, ce qui en dit long sur son ta­lent et sa confiance en elle). A son su­jet, cer­tains par­lentde

coun­try soul et elle se re­trouve d’ailleurs in­cluse dans les ex­cel­lentes com­pi­la­tions “Coun­try Soul Sis­ters” (Soul Jazz), d’autres, de hou­se­wife goth, ce genre plein de chan­sons dra­ma­tiques pri­sées par les femmes au foyer amé­ri­caines de la fin des an­nées 60, dont l’ini­tia­teur pour­rait être Roy Or­bi­son, le maître mas­cu­lin Glen Camp­bell via ses in­ter­pré­ta­tions ma­giques des clas­siques mé­lan­co­liques de Jim­my Webb (“Wi­chi­ta Li­ne­man”, “By The Time I Get To Phoe­nix”, “Gal­ves­ton” ou le mons­trueux “It’s On­ly Make Be­lieve” de Con­way Twit­ty), et la prê­tresse ab­so­lue Bob­bie Gen­try grâce à son clas­sique mor­bide et si­nistre, “Ode To Billie Joe” (re­pris chez nous par le louche Joe Das­sin).

Ele­vée par sa grand-mère dans une ferme, elle a plus tard re­joint son père et sa belle-mère dans la pauvre ville du Del­ta, Green­wood — une ré­gion qui a en­fan­té cer­tains des plus grands blues­men d’avant et d’après­guerre — avant de re­joindre sa mère en Ca­li­for­nie, à Palm Springs, ri­chis­sime lieu de vil­lé­gia­ture des stars de Los An­geles, et concen­tré de de­sert mo­der­nism, ar­chi­tec­ture aus­si épu­rée que su­blime. Là, elle étu­die le pia­no, la gui­tare et le ban­jo, et des­sine éga­le­ment sa propre ligne de vê­te­ments. Elle se pro­duit sur scène avec sa mère, adopte le pseu­do­nyme de Bob­bie Gen­try en ré­fé­rence au film “Ru­by Gen­try”, part étu­dier la phi­lo­so­phie à Los An­geles avant de re­joindre le Los An­geles Con­ser­va­to­ry Of Mu­sic où elle étu­die l’art de la com­po­si­tion, l’har­mo­nie et les ar­ran­ge­ments. Elle lance une ligne de maillots de bains, chante et danse dans des clubs à San Die­go et Las Ve­gas, re­joint la troupe exo­ti­ca de John­ny Uku­lele et conti­nue d’écrire ses propres chan­sons. Ce n’est pas éton­nant que son pre­mier en­re­gis­tre­ment soit un duo avec le cham­pion de la chan­son tra­gique : Jo­dy Rey­nolds a ren­con­tré un suc­cès énorme en 1958 aux Etats-Unis avec le glau­quis­sime “End­less Sleep” qui a lan­cé la mode des death songs ; il est plus connu en France par les ama­teurs du Gun Club pour le tout aus­si dé­pri­mant et go­thi­co-ro­ckab-ma­nia­co­dé­pres­sif “The Fire Of Love”, dont il est l’au­teur et le gé­nial in­ter­prète. En­semble, ils sortent un single (“Stran­ger In The Mir­ror”/ “Re­quiem For Love”) sur le la­bel Ti­tan en 1966 sous l’in­ti­tu­lé Jo­dy & Bob­bie. Puis, elle ren­contre le grand chan­teur de blue eyed soul Bob­by Pa­ris (vé­né­ré dans le mi­lieu Nor­thern Soul pour son gran­diose “Night Owl”), qui lui pro­pose d’en­re­gis­trer les dé­mos qui ser­vi­ront plus tard à l’al­bum “Ode To Billie Joe”. Re­pé­rée sur scène par un DJ, elle com­mence à faire par­ler d’elle et est ra­pi­de­ment si­gnée par Ca­pi­tol, à qui elle pré­sente les chan­sons qu’elle en­ten­dait écrire pour d’autres chan­teurs : Bob­bie Gen­try vou­lait en réa­li­té être une sorte de nou­velle Ca­role King et, pour “Ode To Billie Joe”, elle avait en tête le chan­teur de soul grand pu­blic Lou Rawls. Mais, lors­qu’ils en­tendent sa voix — et quelle voix — les pontes de Ca­pi­tol dé­cident sur le champ de sor­tir ses propres ver­sions de “Mis­sis­sip­pi Del­ta” (pré­vu pour la face A du single) et de “Ode To Billie Joe” ( cen­sé se re­trou­ver sur la face B). Ar­rive le pro­duc­teur Kel­ly Gor­don, que Bob­bie adore : il tra­vaille­ra avec elle sur trois al­bums. Puis l’ar­ran­geur Jim­mie Has­kell, qui a fait des mer­veilles pour El­vis Pres­ley, Bob­by Da­rin et Fats Do­mi­no. Ses ar­ran­ge­ments de cordes pour “Ode To Billie Joe” don­ne­ront un as­pect en­core plus dra­ma­tique à la chan­son (“Le mor­ceau de Bob­bie res­sem­blait à un film, j’ai donc conçu des ar­ran­ge­ments de cordes comme pour un film”, ex­pli­que­ra-t-il, et, de fait, lorsque la nar­ra­trice ex­plique dans la der­nière phrase qu’elle se rend ré­gu­liè­re­ment sur le pont pour je­ter des bou­quets de fleurs dans la ri­vière en hom­mage au sui­ci­dé, on les en­tend lit­té­ra­le­ment tom­ber grâce aux cordes de Has­kell : son tra­vail est fan­tas­tique). Le ré­sul­tat est tel­le­ment im­pres­sion­nant que les gens de Ca­pi­tol dé­cident de sor­tir le mor­ceau sur la face A du single. On connaît la suite : en 1967, an­née de “Sgt Pep­per”, le single se re­trouve nu­mé­ro un des charts pop et coun­try aux Etats-Unis, nu­mé­ro 1 au Ca­na­da, nu­mé­ro 13 en An­gle­terre, rem­porte trois Gram­mies dont ce­lui des meilleurs ar­ran­ge­ments pour Has­kell, et se vend à des mil­lions d’exem­plaires. Du jour au len­de­main, Bob­bie Gen­try de­vient une star mon­diale...

L’ivresse des charts

Tout a été dit sur cette chan­son étrange, sans re­frain, sans mon­tée mé­lo­dra­ma­tique, tout en épure, à peine por­tée par les ac­cords syn­co­pés de la pe­tite gui­tare Mar­tin 5-18 de Gen­try (qui, sur tous ses en­re­gis­tre­ments, sonne presque comme une gui­tare es­pa­gnole aux cordes en ny­lon) et bai­gnée dans les cordes flip­pantes de Has­kell. L’his­toire d’une jeune fille qui ra­conte un dî­ner fa­mi­lial du­rant le­quel tout le monde parle tran­quille­ment d’un jeune homme, Billie Joe, qui s’est sui­ci­dé en sau­tant du pont de Tal­la­hat­chie dans la ville de Mo­ney (po­pu­la­tion : 100 ha­bi­tants ; la ville est connue pour un lyn­chage et a dé­jà chan­tée par les Staple Sin­gers et Bob Dy­lan) après avoir, la veille, je­té “quelque chose” dans la ri­vière en com­pa­gnie d’une jeune fille (un bé­bé, peut-être), tan­dis qu’au­tour de la table, on re­de­mande “une autre part de tarte aux pommes”. Pour­quoi le gar­çon s’est sui­ci­dé, per­sonne ne le sait. “Ce­la parle de l’in­dif­fé­rence et de la dé­con­trac­tion des gens face aux si­tua­tions dra­ma­tiques”, s’est conten­tée d’ex­pli­quer l’au­teur. La chan­son reste un mys­tère sans la moindre ré­so­lu­tion, et les cri­tiques, im­pres­sion­nés par la qua­li­té de la nar­ra­tion, ont convo­qué à son su­jet les grands hé­ros du genre sou­thern go­thic : Har­per Lee, William Faulk­ner, Car­son McCul­lers et Flan­ne­ry O’Con­nor. Rien que ça... En­cou­ra­gée par ce suc­cès phé­no­mé­nal, Gen­try en­re­gistre le reste de son pre­mier al­bum, ce­lui avec la fa­meuse po­chette qui la voit as­sise sur une bar­rière, pieds nus avec un jean et sa pe­tite Mar­tin. C’est un dé­but fan­tas­tique, qui s’ouvre avec le su­per soul “Mis­sis­sip­pi Del­ta”, ode à ses ori­gines, en­chaî­nant di­rec­te­ment sur la gran­diose com­po­si­tion “I Saw An An­gel Die”. Ces deux titres ré­sument par­fai­te­ment le genre de la dame : d’un cô­té, des ma­chins moites et fun­ky, de l’autre des bal­lades pleines de cordes et d’ac­cords de gui­tare dé­li­cats sur des rythmes presque bos­sa, un har­mo­ni­ca chro­ma­tique aux an­ti­podes des cli­chés du blues et quelques cuivres, sur les­quelles sa su­blime voix de chatte en­rouée fait sys­té­ma­ti­que­ment des mi­racles. L’al­bum “Ode To Billie Joe” réunit neuf com­po­si­tions de Bob­bie dont plu­sieurs splen­deurs (“Chi­cka­saw Coun­ty Child”, “Pa­pa, Won’t You Let Me Go To Town With You”, “Hur­ry Tues­day Child”, “Sun­day Best” ou “Ni­ki Hoe­ky”, qui sonne comme du su­per To­ny Joe White acous­tique, un au­teur avec le­quel elle par­tage d’ailleurs plus d’un trait) et s’achève sur le tube phé­no­mé­nal. Son unique. Ce mor­ceau si­nistre semble mau­dit : plus ja­mais Bob­bie ne re­trou­ve­ra l’ivresse des charts.

Rien de coun­try ici, juste une tue­rie ul­tra sen­suelle

En at­ten­dant, avec son bouf­fant, ses faux cils et son khôl, c’est une sou­thern belle chic et flam­boyante qui, de face, res­semble à une Pris­cil­la Pres­ley ar­tiste et plus mûre... Pour la suite, elle en­vi­sage un al­bum conçu comme un hom­mage au Sud qu’elle aime tant. “The Del­ta Sweete” (dans le pa­tois lo­cal, une sweete est une mi­gnonne), qui sort en 1968, est une nou­velle fée­rie su­diste. Le bal s’ouvre avec le mons­trueux “Oko­lo­na Ri­ver Bot­tom Band” mé­lan­geant une fois de plus ses ac­cords à la gui­tare acous­tique et des cuivres fun­ky tan­dis que la brune chante comme une dingue en rut. Peut-on par­ler de coun­try soul ? Il n’y a rien de coun­try ici, juste une tue­rie ul­tra sen­suelle, qu’elle ré­itère un peu plus loin avec le jo­vial et dé­ment “Reu­nion”. Mais la mer­veille de l’al­bum est “Mor­nin’ Glo­ry”. Un en­chan­te­ment so­nore dans le­quel une femme à la voix pleine de som­meil ré­veille dou­ce­ment son amant. Un cri­tique ins­pi­ré a dit que c’était “comme en­tendre les rayons du so­leil per­cer peu à peu à tra­vers les ri­deaux”. De toutes ses com­po­si­tions, c’est sans doute celle qui af­fole le plus. Des re­prises sin­gu­lières de “Big Boss Man”, “To­bac­co Road” et de “Parch­man Farm” dis­persent et cha­hutent un peu son propre song­wri­ting, mais “The Del­ta Sweete”, mu­si­ca­le­ment plus di­ver­si­fié que son pré­dé­ces­seur sor­ti la même an­née, reste l’un de ses meilleurs al­bums, même s’il marche net­te­ment moins bien, mal­gré le gen­til suc­cès de “Oko­lo­na Ri­ver Bot­tom Band” dans les charts et la beau­té ful­gu­rante de “Jes­sye’ Li­sa­beth” ou de “Cour­tyard”. On ne peut pas dire la même chose pour le sui­vant, “Lo­cal Gen­try”... Chez Ca­pi­tol, on s’af­fole : les nou­velles com­po­si­tions ne se vendent pas comme son pre­mier et my­thique single mor­ti­fère. Il s’agit dé­sor­mais de rem­plir l’al­bum de re­prises de chan­sons à suc­cès, et les sta­tis­tiques montrent que le pro­ces­sus ne cesse de se dé­ve­lop­per : sur son pre­mier al­bum, on comp­tait neuf com­po­si­tions ori­gi­nales pour dix mor­ceaux, sur le deuxième, huit pour douze, sur le troi­sième, cinq pour onze, sur le qua­trième, trois pour dix, et pour le cin­quième, une sur neuf. C’est un drame que les pro­duc­teurs aient ain­si lit­té­ra­le­ment bour­rés ses nou­veaux al­bums de re­prises de suc­cès du mo­ment, tant son ta­lent de com­po­si­trice était phé­no­mé­nal... Pour “Lo­cal Gen­try”, outre son mer­veilleux et sexy “Sweete Peo­ny” et le dé­li­cieux “Re­col­lec­tion”, ce ne sont pas moins de trois mor­ceaux des Beatles (si­gnés McCart­ney, son Beatle fa­vo­ri) qui en­va­hissent l’al­bum, et, ni “Here, There And Eve­ryw­here”, ni “Elea­nor Rig­by”, ni “The Fool On The Hill” ne se prêtent réel­le­ment à son style su­diste. Le disque est un flop et Ca­pi­tol dé­cide de ten­ter le tout pour le tout en lui fai­sant en­re­gis­trer un al­bum de duos avec la su­per­star Glen Camp­bell, gé­nial in­ter­prète que

Bob­bie ap­pré­cie, ce qui est ré­ci­proque. Un al­bum inu­tile et ra­té tant les nou­velles ver­sions des clas­siques de Camp­bell ou de Gen­try n’ap­portent à peu près rien aux chefs-d’oeuvre ori­gi­naux en­re­gis­trés in­di­vi­duel­le­ment. Elle y chante, d’ailleurs, d’une voix in­ha­bi­tuel­le­ment ai­guë qui ef­face tout son charme sen­suel (ce qui est fla­grant sur la re­prise de “My Elu­sive Dreams”, connue dans sa ver­sion chan­tée par Nan­cy Si­na­tra et Lee Haz­le­wood, comme sur celle to­ta­le­ment abs­conse du mer­veilleux “Sun­day Mor­ning” de Mar­go Gu­ryan). En 1969, elle sort “Touch’Em With Love”, qui compte en­core de nom­breuses re­prises Ses ver­sions de “Where’s The Play­ground John­ny” de Jim­my Webb, de “Son Of A Prea­cher Man” ou de “I’ll Ne­ver Fall In Love Again”, le clas­sique de Ba­cha­rach, sont agréables, mais ne valent pas ses rares mais ex­cel­lentes com­po­si­tions comme “Glo­ry Hal­le­lu­jah How They’ll Sing” ou le fée­rique “Sea­sons Come, Sea­sons Go”, sans doute l’une des plus belles chan­sons du monde... Ca­pi­tol res­serre les bou­lons pour l’al­bum sui­vant, “Fan­cy”, et dé­cide d’en­rô­ler le gé­nial Rick Hall, grand ma­ni­tou des stu­dios FAME de Muscle Shoals où il a su­per­vi­sé tant de choses fan­tas­tiques. Hall est un fan de Gen­try et ses mu­si­ciens semblent par­faits pour en­ro­ber ses clas­siques su­distes. L’al­bum, glo­ba­le­ment très bon, brille pour “Fan­cy”, l’une de ses plus grandes com­po­si­tions : l’his­toire d’une mère qui force sa fille à se pros­ti­tuer, la­quelle passe de la pau­vre­té du Sud à la ri­chesse la plus ab­so­lue de New York, mais à quel prix ? C’est, une fois de plus, un chef-d’oeuvre nar­ra­tif et les équipes de Muscle Schoals ha­billent le tout avec une classe ab­so­lue. Suivent de bonnes ver­sions de “So­me­thing In The Way She Moves” de James Tay­lor, de “Rain­ma­ker” de Har­ry Nils­son, de “Wed­ding Bell Blues” de Lau­ra Ny­ro, et une mi­gnonne ver­sion de “Rain­drops Keep Fal­ling On My Head”, autre clas­sique ba­cha­ra­chien (un single pro­pose une gen­tille re­lec­ture de “In The Ghet­to” d’El­vis, mais trop fi­dèle à l’ori­gi­nale : seul Nick Cave est par­ve­nu à en faire quelque chose). A l’époque, Bob­bie vend moins de disques, mais sa po­pu­la­ri­té reste énorme : elle anime des shows té­lé aux USA, au Ca­na­da, et même pour la

BBC an­glaise... Elle est in­vi­tée par­tout, y com­pris dans l’émis­sion de Tom Jones, qui semble très im­pres­sion­né (les deux au­raient eu une brève aven­ture), se ma­rie et di­vorce, et aligne les shows à gui­chet fer­mé à Las Ve­gas. En 1971, elle dé­cide d’en­re­gis­trer, écrire et pro­duire son sixième al­bum, “Patch­work”, qui se­ra aus­si son der­nier. En­tre­cou­pé d’in­ter­ludes or­ches­traux, “Patch­work” est un al­bum tou­chant, mais trop lisse, trop sage. La Gen­try, tou­jours sen­suelle, semble avoir lais­sé sa sau­va­ge­rie au pla­card, et même si les bal­lades (“Ma­ri­golds And Tan­ge­rines”) brillent en­core par leur délicatesse, “Patch­work” n’est pas le gé­nial al­bum réunis­sant de brillantes com­po­si­tions in­édites tant at­ten­du, mais com­mence à ti­rer sé­rieu­se­ment vers le style MOR ty­pi­que­ment se­ven­ties, dont quelques bri­coles ré­tro fa­çon faux rag­time à cla­quettes comme il se pra­ti­quait à l’époque. Et c’est ici, en 1971, soit quatre ans seule­ment après ses dé­buts fra­cas­sants, que s’achève la car­rière dis­co­gra­phique de celle qui fut l’une des plus grandes chan­teuses et au­teurs de son temps, vé­ri­table sty­liste in­ven­tant un genre mu­si­cal ja­mais en­ten­du avant ni après. La suite est un mys­tère...

Re­ti­rée du monde

Après la rou­tine des concerts dans les ca­si­nos ma­fieux de Ve­gas ou du lac Ta­hoe, Bob­bie a chan­té une der­nière fois en pu­blic en 1981, puis s’est ren­due à la cé­ré­mo­nie des Coun­try Mu­sic Awards un an plus tard. Après quoi, elle a tout sim­ple­ment dis­pa­ru, à l’âge de 37 ans. Au­cun en­re­gis­tre­ment, au­cune ap­pa­ri­tion pu­blique, au­cune in­ter­view, au­cune pho­to n’a fil­tré de­puis. Elle au­rait quit­té Los An­geles vers 1984 pour al­ler vivre dans la my­thique ville su­diste de Sa­van­nah (Géor­gie). Dans les an­nées 90, un pos­tier au­rait dé­cla­ré avoir li­vré avec son équipe un pia­no à une femme qui lui res­sem­blait énor­mé­ment sur l’île de Ski­da­way, tou­jours en Géor­gie. Puis, plus rien. Bob­bie Gen­try s’est re­ti­rée du monde, vi­vant dé­sor­mais re­cluse, comme He­dy La­marr, Gre­ta Gar­bo, Mar­lene Die­trich, Syd Bar­rett ou JD Sa­lin­ger avant elle. Au­jourd’hui, elle doit avoir 76 ans. Qui sait si elle a écrit des chan­sons de­puis 1971 ? Qui sait si elle ré­vè­le­ra un jour pour­quoi Billie Joe McAl­lis­ter a sau­té du pont de Tal­la­hat­chie ?

Elle a tout sim­ple­ment dis­pa­ru à l’âge de 37 ans. Au­cun en­re­gis­tre­ment, au­cune ap­pa­ri­tion pu­blique, au­cune in­ter­view, au­cune pho­to de­puis

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