DVD MU­SIQUE

“GLASTONBURY 2000”

Rock & Folk - - Sommaire 616 -

FIN JUIN 1971. Da­vid Bo­wie monte sur scène, seul, lors de la deuxième édi­tion du fes­ti­val de Glastonbury qui ras­semble à peine plus de six mille per­sonnes. La faute à une mau­vaise or­ga­ni­sa­tion, il n’y chan­te­ra qu’un peu avant l’aube, mais sa pres­ta­tion se­ra qua­li­fiée de ma­gique par de nom­breux spec­ta­teurs, par­mi les­quels le fu­tur ci­néaste Ju­lien Temple (qui n’en croi­ra pas ses yeux) et Mick Far­ren, écar­té des De­viants (les trois autres membres du groupe de­vien­dront les Pink Fai­ries) et alors sur le point de se consa­crer prin­ci­pa­le­ment à l’écri­ture. La femme de Bo­wie et leur amie chan­teuse Da­na Gilles­pie, in­ter­viewée pour cette chro­nique, étaient du voyage : “Da­vid, An­gieet­moi sommes al­lés à Glas ton bu­ry en­train. Une fois sur place, il n’ y avait per­sonne pour nous ame­ner sur le site et nous avons dû mar­cher un bon bout de che­min. Da­vid et An­gie por­taient des pan­ta­lons taille haute, très amples, et don­naient l’ im­pres­sion d’ être frère et­soeur.I la­vait les che­veux­hy­per longs et, elle, ex­tra courts. Le fes­ti­val étant ter­ri­ble­ment mal or­ga­ni­sé, nous avons at­ten­du des heures. Les groupe sont joué en re­tard, trop long­temps et les tech­ni­ciens qui tra­vaillaient dans la py­ra­mide étaient tous sous acide! C’étai­tam­biance peace and love, tout ça, mais, à un mo­ment, on s’ est tout de même de­man­dé si la pres­ta­tion de Da­vid n’ al­lait pas être an­nu­lée. Fi­na­le­ment, il été contraint de pas­ser le len­de­main, vers cinq heures du ma­tin. Au pied de la py­ra­mide, dans la boue, les fes­ti­va­lier sont com­men­cé à ou­vrir l’ oei la lorsque le so­leil dard ait ses pre­miers rayons, au sonde ‘Mem or yO fA Free Fes­ti­val ’... Les gens sont sor­tis de leurs tentes pour ac­cueillir cette nou­velle jour­née et il chan­tait, tout seul avec sa gui­tare .”

En fait, Da­vid Bo­wie était pro­gram­mé le 22 juin, en dé­but de soi­rée, juste avant Gong, mais à cause du re­tard, il n’a joué que le len­de­main. Il s’est pro­duit sur la Py­ra­mid Stage, co­pie au 1/10ème de la py­ra­mide de Gi­zeh, des­si­née par Bill Har­kin et construite à l’oc­ca­sion de cette édi­tion du fes­ti­val. Il s’agis­sait d’une sorte d’écha­fau­dage en­tou­ré de triangles de toile ten­due et ou­vert cô­té scène. Bo­wie n’a chan­té que sept chan­sons ce ma­tin-là, dont “Changes”, pour la pre­mière fois en pu­blic. A sa grande sur­prise, une jeune femme, dans un état ter­tiaire, l’a re­joint sur les planches pour chan­ter quelques har­mo­nies vo­cales.

FIN JUIN 2000. Lors de son se­cond pas­sage à Glastonbury, en ve­dette cette fois, Da­vid Bo­wie va inau­gu­rer la ver­sion la plus ré­cente de la Py­ra­mid Stage. Dans une de ses in­ter­ven­tions par­lées entre les mor­ceaux, il fe­ra al­lu­sion à cette cho­riste de 1971. Quelques mois plus tôt, Earl Slick a re­çu le coup de té­lé­phone que, plus ou moins in­cons­ciem­ment, il at­ten­dait. Après les quelques concerts don­nés dans la fou­lée de la pa­ru­tion de “Hours...” en 1999, Da­vid Bo­wie en a ac­cep­té une poi­gnée d’autres, l’été sui­vant, dont un sur la grande scène de Glastonbury, vingt-neuf ans après y avoir joué pour la pre­mière fois. Slick, qui n’a plus te­nu la gui­tare lead chez Bo­wie de­puis le Se­rious Moon­light Tour en1983, va re­prendre du ser­vice dans un groupe dont le di­rec­teur mu­si­cal, suite au dé­part de Reeves Ga­brels, est Mark Pla­ti. Avant de tra­ver­ser l’At­lan­tique, Da­vid Bo­wie et ses mu­si­ciens ont ré­pé­té à New York, no­tam­ment des tubes dont les fans ont été pri­vés du­rant l’es­sen­tiel des an­nées 90. Deux concerts de chauffe vont être don­nés les 16 et 19 juin à la Ro­se­land Ball­room à New York. Le 25, la pe­tite troupe se rend de Londres au site du fa­meux fes­ti­val. En au­to­car, elle va mettre près de quatre heures à ef­fec­tuer les deux cents ki­lo­mètres de route et, à cause d’une cli­ma­ti­sa­tion mal ré­glée, la moi­tié des mu­si­ciens, dont Bo­wie, en des­cen­dront souf­frants. Mais il en au­rait fal­lu plus pour lui en­ta­cher le mo­ral : dans une veste longue cou­pée par Alexan­der McQueen, et por­tant ses che­veux aus­si longs qu’en 1971, il grimpe sur scène de­vant un pu­blic de plus de quatre-vingt mille per­sonnes, es­sen­tiel­le­ment bri­tan­nique. Dire que Da­vid Bo­wie va don­ner là un des concerts de sa vie est un eu­phé­misme et ceux qui y ont as­sis­té sont (re)tom­bés sous le charme du sin­ger-song­wri­ter, humble et con­qué­rant puisque ca­pable d’ou­vrir son show avec une bal­lade comme “Wild Is The Wind” et de le clore par “I’m Afraid Of Ame­ri­cans”, ex­traite de “Earth­ling” (au­cun titre de “Hours...” n’a été joué ce soir-là). Entre ces deux ex­trêmes, Bo­wie, se­con­dé par un groupe im­pec­cable et res­pec­tueux des ar­ran­ge­ments ori­gi­naux, s’est don­né à fond, ne re­cu­lant de­vant au­cun hit (“Chi­na Girl”, “Ashes To Ashes”, “All The Young Dudes”) et lais­sant Earl Slick s’ex­pri­mer, no­tam­ment sur les titres de “Sta­tion To Sta­tion” (dont il était, avec Car­los Alo­mar, l’autre gui­ta­riste). His­toire de faire ja­ser ceux qui met­taient dé­jà ses an­nées 80 en doute, Da­vid Bo­wie leur a as­sé­né “Un­der Pres­sure” (en duo avec Gail Ann Dor­sey), “Ab­so­lute Be­gin­ners” et une ver­sion de “Let’s Dance”, telle qu’il la joue­ra jus­qu’à la fin de sa car­rière de per­for­mer, avec une in­tro blue­sy. Concen­tré sur son chant (pas d’ef­fets de cos­tume, il n’a tom­bé la veste McQueen que pour une autre, sombre et ter­ri­ble­ment seyante), Da­vid a un peu échan­gé avec le pu­blic et, c’était vi­sible, l’émo­tion l’a ga­gné à plu­sieurs re­prises.

NO­VEMBRE 2018. Da­vid Bo­wie est mort de­puis presque trois ans. La ma­jor qui dis­tri­bue ses disques et concerts (en­re­gis­trés et donc fil­més – à la dif­fé­rence des Rol­ling Stones, le Bo­wie Es­tate met tous ses oeufs dans le même pa­nier) vient de pu­blier le cof­fret “Lo­ving The Alien” et a an­non­cé la mise en vente du concert de Glastonbury pour le 30 du mois qui pré­cède ce­lui de Noël. Ma­lin. Les Beatles agis­saient de la même ma­nière. “Glastonbury 2000” se­ra dis­po­nible en ver­sions vi­déo et au­dio (DVD, CD, vi­nyle...) et cu­rieu­se­ment pas en Blu-ray, le stan­dard ac­tuel. L’art­work en a été confié à Jo­na­than Barn­brook, de­si­gner bran­chouille des po­chettes de “Hea­then”, “The Next Day” et “Blacks­tar”. C’est dire, si tout ce­la est sé­rieux et à quel point ceux qui com­mer­cia­lisent les ar­chives du dis­pa­ru savent choyer les vaches. A lait.

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