COUR­RIER

Rock & Folk - - Sommaire 616 - RU­DY RIODDES

L’ar­change noir du T-shirt

Hey Rock&Folk, mer­ci pour cette belle image de Vince Tay­lor qui porte (on le de­vine) un tee-shirt vin­tage de... Vince Tay­lor ! Quand on a la classe... GILLES

Du Sch­moll

En ces temps mo­roses, heu­reu­se­ment que Mr Ed­dy Mit­chell est là pour nous faire bien rire, mal­gré lui. Ain­si, se­lon Mr Moine, Da­vid Bo­wie ne se­rait qu’un “es­croc” du rock, tout juste bon à ar­ri­ver “ave­cu­ne­plu­me­dans le cul et des che­veux en pé­tard ”. Sans com­men­taire ! MA­THIEU LE­CLERC

Dans la vraie vie

“The Don­keys and the Ele­phants, The Beatles and The Stones/eve­ry bo­dy’ s on their phones (...): ours en ses have be en num­bed ,we can’t en­joy the taste/ cuz eve­ryone’ s been di­gi­ti­zed but no one will be sa­ved” pos­tule King Tuff dans “Cir­cuits In The Sand”, confir­mant là notre pro­fonde per­plexi­té face à l’éco­no­mie d’in­car­na­tion du monde nu­mé­rique mo­derne. Jus­ti­fiant ce ver­dict : à l’époque d’iTunes, de Snap­chat, de WhatsApp, de Net­flix, de la 4G, des émis­sions en re­play, eh bien les grands ca­ta­clysmes rock n’existent plus, pour tous ceux qui de nos jours pensent être là sans y être et en même temps être là-bas alors qu’ils n’y sont pas phy­si­que­ment... L’au­dience se sé­di­men­tant à l’in­su du être-en­semble, de l’élan si­mul­ta­né, comme un pro­gramme que cha­cun sui­vrait mais dans des pièces et des états dif­fé­rents, pour ne pas dire op­po­sés. Dif­fi­cile d’en­vi­sa­ger dans ces condi­tions la cons­ti­tu­tion d’une nou­velle na­tion rock, lieu d’in­car­na­tion, de proxi­mi­té et de com­mu­nion. La sa­veur de l’ins­tant elle-même fait les frais d’un dé­clas­se­ment cultu­rel... Et, à mon avis, ce n’est pas dans le bois de ce di­let­tan­tisme par­fai­te­ment contre na­ture que cette ex­pé­rience col­lec­tive (Bo­wie et les Spi­ders, aus­si im­por­tants que l’homme mar­chant sur la Lune, sur le pla­teau de Top Of The Pops en 1972...) est à même de per­du­rer. Dé­cou­vri­ra-t-on un autre Bo­wie ou un autre Prince dans un ave­nir proche ? Pas sûr. Parce que tout est plus ou­vert, qu ’“on est moins ac­cro­ché à une idéo­lo­gie” (et donc plus du tout à des fi­gures tu­té­laires fortes ?) comme le rap­por­tait Ber­trand Bur­ga­lat le mois der­nier. Ain­si, le rock de nos jours, c’est un cha­pi­teau sou­ter­rain (chez le dis­quaire, à la mé­dia­thèque, dans un concert, sur un site web ou dans ce jour­nal, peu im­porte) où tout un cha­cun cultive le pré car­ré de son éru­di­tion. Et c’est là, dans ce ghet­to, que s’exer­ce­ra sans doute pour tou­jours le rayon­ne­ment par exemple de Ty Se­gall, d’un John Dwyer : on n’y peut rien, c’est comme ça (on s’épren­dra de la même fa­çon plus vo­lon­tiers de PNL de nos jours que de PIL, de The Voice que de The Voidz, de Lar­tiste que de The Ar­tist, il faut l’ac­cep­ter ; et si le son et l’ima­ge­rie du rock sont conviés, c’est par le biais d’un dé­tour­ne­ment dans la pub et la mode, eh, eh ; ou dans la rue...). La sa­veur du mo­ment s’est dis­si­pée au nom de cette avi­di­té qui sug­gère que le meilleur est tou­jours ailleurs ou que le meilleur est tou­jours à ve­nir. Ba­li­vernes. Ce­ci ne s’ap­pelle pas exac­te­ment sa­vou­rer l’ins­tant... Ça n’est pas com­pa­tible avec le rock. En dé­fi­ni­tive, si le rock n’est plus, dé­plo­rons-le, une ins­ti­tu­tion pour le plus grand nombre, “le­rock’n’roll, son im­por­tance, ar­tis­tique et so­cié tale, dé­jà en­train de s’ es­tom­per ”( édit ode no­vembre), c’est peut-être parce que l’ins­ti­tu­tion su­prême au­jourd’hui c’est in­ter­net, c’est pour­quoi nous avons là un vrai pro­blème, à la fois cultu­rel (trans­mis­sion de re­lais) et éthique (de l’in­sa­tis­fac­tion qui fé­dère, du cé­ré­mo­nial). L’in­ter­net a re­con­fi­gu­ré la no­tion même de sol com­mun en ins­ti­tu­tion­na­li­sant l’ ab­sence, ain­si rien de tel au­jourd’hui qu’un fes­ti­val pour le vé­ri­fier, s’en per­sua­der. Rien de tel qu’un fes­ti­val, dan­sla­vraie­vie, pour se sen­tir seul au mi­lieu des autres ; Bob Mould :“De nos jours, on as­siste ra­re­ment à un concert avec cette sen­sa­tion d’ igno­rer si on va en res­sor­tir vi­vant, ou même sim­ple­ment dif­fé­rent, un peu ch agé ”. Et donc pour se de­man­der, à l’heure où la do­cu­men­ta­tion prend le pas sur l’ex­pé­rience propre, si ces gens au­tour, équi­pés de leur smart­phone, sont ce qu’ils sont cen­sés être ou bien leur propre ava­tar... Quoi qu’il soit, la ré­cep­tion semble pa­ra­si­tée, ce pa­ra­si­tage mas­sif re­met­tant en cause le fon­de­ment même de la grand-messe rock’n’roll, son es­prit, sa spi­ri­tua­li­té. L’époque s’en­tiche de la réa­li­té uni­que­ment pour la fé­ti­chi­ser avec son té­lé­phone. Il semble par consé­quent im­pos­sible d’exis­ter à ses yeux. Le rock, pas plus qu’un autre. Sans cette adhé­sion, cette dis­po­ni­bi­li­té suf­fi­sante et né­ces­saire, c’est très simple : il n’y a pas de mou­ve­ment. Le ca­ta­clysme est désa­mor­cé, ca­duc. L’in­ter­net, “for­ce­la plus sombre qu’ ait ja­mais ren­con­tré l’hu­ma­ni­té” (dixit Ray Da­vies), “c’estle can­cer,in­ter­net” (Me­lo­dy Pro­chet, oui, cet in­ter­net- là a pro­ba­ble­ment cer­ti­fié l’exode de la mu­sique à la pé­ri­phé­rie, en en au­to­ma­ti­sant l’ac­cès comme à un livre ou­vert. En la pa­rant d’un don d’ubi­qui­té qui n’est qu’un re­pous­soir à fan­tasmes, une en­trave à sa qua­li­té de nar­ra­trice, à la mu­sique, un obs­tacle à sa ca­pa­ci­té de jaillir, de sur­gir là, en se jouant du vide, afin pré­ci­sé­ment de le rem­plir. Tel un ca­ta­clysme. Mais ain­si vont les choses. Et non, vous ne vous éton­ne­rez pas que ce cour­rier soit en­voyé de­puis un or­di­na­teur, R&F, pas vous ! Car au-de­là de cette seule idée du pro­grès pour le pro­grès, il ne s’agit pas de se ti­rer une balle dans le pied non plus... Mais juste de faire la part des choses ; Neil Young : “Ames dé­buts, ce n’ était pas pa­reil: les gens de de­vant étaient les fans de mu­sique, les vrais, ils connais­saient chaque chan­son par­coeur.Lesp or tables et les ri­chards qui peuvent se payer les meilleures places me dé­con­centrent: j’ ai l’ im­pres­sion d’ être une pièce dans un mu­sée. Ce n’ est pas bon pour la mu­sique, qui très sou­vent se nour­rit de l’ éner­gie dé­ga­gée par­la salle ”. Ou ce qu’il fal­lait dé­mon­trer à pro­pos de ce fa­meux sol­com­mun.

Illus­tra­tions : Jam­pur Fraize

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