Mys­ti­co-bor­der­line

Rock & Folk - - Agenda Concerts - 110 R&F DECEMBRE 2018

The Mor­locks 6 OC­TOBRE, PE­TIT BAIN (PA­RIS)

L’am­biance est moite pour la ve­nue des bien ai­més Mor­locks, che­veux longs et cuir noir de ri­gueur. Leigh­ton Koi­zu­mi, so­sie ca­pil­laire de Joey Ra­mone, a ras­sem­blé au­tour de lui un gang d’élite où brille par­ti­cu­liè­re­ment le fré­tillant so­liste Ber­na­dette, bien sou­te­nu par une ryth­mique d’acier do­pée par les gi­clures fuzz de Mar­cel­lo Sa­lis. Avec hu­mour et bon­ho­mie, Leigh­ton or­chestre une per­for­mance pu­re­ment ga­ra­ge­rock qui dé­bute par deux re­prises lé­tales, “Killing Floor” de How­lin’ Wolf et “Tee­nage Head” des Fla­min’ Groo­vies, avant de pas­ser en re­vue la qua­si-in­té­gra­li­té du ré­cent et ex­cellent “Bring On The Mes­me­ric Condi­tion”, avec, en point d’orgue, la très Stooges “High Tide Killer”. JO­NA­THAN WITT

John Car­pen­ter 11 OC­TOBRE, SALLE PLEYEL (PA­RIS)

Le maître de l’épou­vante dont le gé­nie mu­si­cal au­to­di­dacte n’est plus à prou­ver, ne pou­vait qu’ex­ci­ter l’im­po­sant pu­blic de ses fi­dèles à qui furent ser­vis plus de qua­rante ans de thèmes puis­sam­ment ac­cro­cheurs, sur un mon­tage im­pec­cable des cultis­simes “The Thing”, “As­saut”, “Hal­lo­ween”, “Fog”, “New York 1997”... Las, mal­gré l’im­mense ad­mi­ra­tion pour ce der­nier des Mo­hi­cans, la dé­cep­tion gagne : la salle ne colle pas ; les lu­mières sont froides, trop crues ; le groupe — dont son fils Co­dy as­sure les syn­thés my­thiques — joue hea­vy, mais c’est trop gras... La di­men­sion psy­chique est per­due, les fris­sons avec. ALEXANDRE BRE­TON

The Co­ral 12 OC­TOBRE, MOUNTFORD HALL (LI­VER­POOL)

Ven­dre­di soir dans la ville de briques et de brume, le groupe du Wir­ral, en pleine tour­née an­glaise, fait étape chez lui. Ac­cueillis par une salle comble, mais sans ef­fu­sion ex­ces­sive, comme on sa­lue les vrais amis, James Skel­ly et ses las donnent un concert tout aus­si loyal. Les chan­sons avant tout. Celles des deux der­niers al­bums, glam ou psy­ché­dé­liques, mais tou­jours ac­cro­cheuses. Ces es­thètes, bien sûr, piochent éga­le­ment dans leur ma­gique ca­ta­logue : “Bill McCai”, “Jac­que­line”, “Pass It On”, “Se­cret Kiss” ou, au rap­pel, “Good­bye” et “Drea­ming Of You”. Quelques autres man­quaient à l’ap­pel mais, rien de grave, la se­conde vie des brillants Co­ral, dé­jà en stu­dio en train d’en­re­gis­trer de nou­velles choses, ne fait que com­men­cer. BA­SILE FAR­KAS

Bloc Par­ty 16 OC­TOBRE, ZENITH (PA­RIS)

Six ans après son der­nier re­tour, avec deux nou­veaux membres, Bloc Par­ty a dé­ci­dé de don­ner sept concerts ex­cep­tion­nels. Sept grandes villes eu­ro­péennes ont le droit de re­vivre en live “Silent Alarm”, leur pre­mier al­bum — re­con­nu comme un des meilleurs des an­nées 2000. Si Ber­lin ou Am­ster­dam af­fichent com­plet, à Pa­ris le Zé­nith a été bou­dé. Mais l’en­thou­siasme du pu­blic com­pense lar­ge­ment les sièges vides. Le pre­mier slam fleu­rit dès “Lu­no”, la foule se trans­forme en cho­rale pour “Blue Light” avant de ru­gir sur “Ban­quet”. En­fin, sous une pluie de confet­tis, le cha­ris­ma­tique Kele Oke­reke ras­sure les fans d’un “à bien­tôt”. AGNES BAYOU

Ra­dio Bird­man & Na­sh­ville Pus­sy 17 OC­TOBRE, AL­HAM­BRA (PA­RIS)

Af­fiche élec­trique près de la place de la Ré­pu­blique où Ra­dio Bird­man croise ce soir le fer avec Na­sh­ville Pus­sy. Ça n’est pas men­tir d’af­fir­mer que la for­ma­tion aus­tra­lienne vole haut la main la ve­dette à l’at­trac­tion amé­ri­caine, ori­gi­naire en fait d’At­lan­ta. En de­hors de Ruy­ter Suys, ex­tra­or­di­naire gui­ta­riste entre Ted Nugent et Ni­ta Strauss, le cô­té li­néai­re­ment tri­vial de l’af­faire fait vite pale fi­gure face au ré­per­toire in­tran­si­geant et san­guin du gang du Dr De­niz Tek qui al­terne clas­siques de son cru et ver­sions ahu­ris­santes de chan­sons des Doors et Ma­ga­zine avec une dé­ter­mi­na­tion im­pla­cable. VINCENT HANON

The Pret­ty Things 19 OC­TOBRE, GONZAI NIGHT, MA­RO­QUI­NE­RIE (PA­RIS)

Avec contre­basse et Jazz­mas­ter, les How­ling Jaws, pré­cis comme des crans d’ar­rêt, jouent avec fraî­cheur une mu­sique in­ven­tée quand Re­né Co­ty dé­bu­tait son man­dat. Il s’agit sur­tout, ce soir, de sa­luer une im­mense lé­gende, car les Pret­ties sont en pleine tour­née d’adieu. Le dé­but a quelque chose de poi­gnant : Dick Tay­lor, voû­té sur sa gui­tare Har­mo­ny, et Phil May, les cordes vo­cales rouillées, semblent en peine. Le reste du groupe, heu­reu­se­ment, tient la ba­raque. Une poi­gnée de titres de “SF Sor­row” et l’af­faire est lan­cée. Sans faire sem­blant d’être jeunes mais avec une grâce bou­le­ver­sante, les Pret­ty Things, 54 ans après leurs dé­buts, jouent une der­nière fois leur éter­nel ré­per­toire ga­rage et rhythm’n’blues (“Ro­sa­lyn”, “LSD”). Mieux que des tubes, des clas­siques. BA­SILE FAR­KAS

Ry Coo­der 21 OC­TOBRE, OLYM­PIA (PA­RIS)

Sa­cré Ry. Pour sa pre­mière tour­née so­lo de­puis des lustres, dont cet Olym­pia bien rem­pli consti­tuait la der­nière date, l’homme de San­ta Mo­ni­ca choi­sit de par­ta­ger les feux de la rampe avec les Ha­milTones, trio vo­cal soul du ni­veau d’un Cur­tis May­field et de ses Im­pres­sions. Riche idée. Les strates har­mo­niques pures, puis­santes, contrastent à mer­veille avec son timbre plus mo­no­corde, lé­gè­re­ment éraillé. Soi­rée très gos­pel (“Je­sus On The Main­line”, “99½ Won’t Do”), un peu po­li­tique (cou­plet an­ti Trump sur “Vi­gi­lante Man”) et gui­tare par­ci­mo­nieuse mais ma­gique, à l’image des notes d’une clar­té éblouis­sante sur “How Can A Poor Man Stand Such Times And Live?”. BER­TRAND BOUARD

Con­nan Mo­cka­sin 25 OC­TOBRE, CAFE DE LA DANSE (PA­RIS)

Se dé­voi­lant en vieux pro­fes­seurs de mu­sique, les Jass­bus­ters in­triguent. Par­mi eux, Mr Bos­tyn, alias Con­nan Mo­cka­sin, ar­bore coupe mu­let, lu­nettes d’avia­teur et cra­vate kitsch. Dans la salle comble, les pre­mières notes ré­sonnent. Juste avant, dé­fi­laient les images de son film “Bos­tyn ’N Dob­syn”, conçu pour ac­com­pa­gner un troi­sième al­bum tou­jours aus­si pop et psy­ché. Se dé­bar­ras­sant de son cos­tume en der­nière par­tie de soi­rée, il dé­laisse son groupe fic­tif pour jouer un bout de sa dis­co­gra­phie avec in­do­lence. Entre chaque chan­son, le croo­ner ki­wi su­surre des blagues et s’amuse avec le si­lence. Le pu­blic, lui, se dé­hanche ti­mi­de­ment et le re­garde re­li­gieu­se­ment, comme sus­pen­du à ses lèvres. CHAYMA MEHENNA

Gre­ta Van Fleet 26 OC­TOBRE, ELYSEE MONT­MARTRE (PA­RIS)

Une in­ter­mi­nable file d’at­tente se pro­longe jusque dans la rue de Stein­kerque tan­dis que les che­ve­lus Good­bye June tentent de je­ter un pont entre les Black Keys et Cage The Ele­phant,

avec quelques ex­cel­lents mor­ceaux comme “Good Side” et “Se­crets In The Sun­set”. La salle est ar­chi-comble lorsque Gre­ta Van Fleet s’élance avec “Highway Tune” puis l’ébou­rif­fante “Edge Of Dark­ness”, qui per­met à Jake Kisz­ka de grif­fer un long so­lo. Son frère Josh, en te­nue d’In­dien, maî­trise dé­sor­mais par­fai­te­ment son or­gane, et le quar­tette livre glo­ba­le­ment une per­for­mance as­sez proche de sa pre­mière ve­nue pa­ri­sienne, bien que moins en­le­vée : set­list presque iden­tique, hé­las sans “Lo­ver Lea­ver (Ta­ker, Be­lie­ver)”, une in­té­res­sante re­prise de Me­la­nie (“Lay Down (Candles In The Rain)”) et tou­jours quelques mo­ments d’une étour­dis­sante puis­sance comme “Evil”, “When The Cur­tain Falls” et “Sa­fa­ri Song”. JO­NA­THAN WITT

Killing Joke 27 OC­TOBRE, CA­BA­RET SAU­VAGE (PA­RIS)

On ne se plain­dra pas que Killing Joke, cé­lé­brant qua­rante ans d’une tra­jec­toire fas­ci­nante, ne rem­plisse qu’un (très ho­no­rable) Ca­ba­ret Sau­vage. L’ex­pé­rience n’en fut que plus hys­té­ri­sante ! La set­list conti­nue d’at­ta­quer le cor­tex des spec­ta­teurs, en­core KO des ver­sions dé­men­tielles de “Uns­pea­kable”, en ou­ver­ture ra­geuse, “Eigh­ties”, “Re­quiem”, “Blood­sport”, “Ps­syche”, “Love Like Blood” (dé­dié à feu Paul Ra­ven) ou “Pan­de­mo­nium”, lour­de­ment as­sé­nées par le show­man mys­ti­co-bor­der­line Jaz Co­le­man et ses gran­dioses Youth, à la basse tel­lu­rique, Paul Fer­gu­son en mas­sue per­cus­sive et Geor­die aux killer riffs... Sans blague ! ALEXANDRE BRE­TON

Kurt Vile & The Vio­la­tors 29 OC­TOBRE, CI­GALE (PA­RIS)

La foule est fé­brile : Kurt Vile et ses pro­fa­na­teurs sont de re­tour. “Loa­ding Zones” lance un set ju­bi­la­toire, co­hé­rent sans être uni­forme, raz-de-marée élec­trique qui ex­plose les li­mites du fol­krock. Le Phi­la­del­phien en­chaîne les titres sa­vam­ment pio­chés entre son der­nier disque (le contem­pla­tif “Bas­sa­ck­wards”, “Yeah Bones”) et ses clas­siques (“Run­ner Ups”, “Wa­kin’ On A Pret­ty Day” et “Pret­ty Pim­pin” en rap­pel), sur­vol­té, chan­geant de gui­tare à tour de bras. Le pu­blic, ac­quis, sa­lue fer­vem­ment un concert d’une maî­trise dé­bon­naire, clos par le désa­bu­sé “Pee­ping Tom” seul en scène, vi­sage dans l’ombre. CHLOE MARECHAL

Slaves 29 OC­TOBRE, TRA­BEN­DO (PA­RIS)

Va­cances de cir­cons­tance, les cer­veaux sont en congés et le tube Eu­ro­dance cré­tin “We Like To Par­ty!” an­nonce l’en­trée du duo punk qui, avec en­thou­siasme et la bat­te­rie pri­mi­tive de “So­ckets”, dé­clenche illi­co un lan­cer de pintes col­lé­gial puis trans­forme la fosse en échauf­fou­rée fu­rieuse. Isaac et Lau­rie, les deux pro­los an­glais ta­toués, l’un de­bout torse nu bom­bé der­rière ses fûts et l’autre en équi­libre sur les re­tours in­vec­tivent la foule mais sur­tout éveillent les consciences avec un sens du slo­gan qui tape dans le mille. La for­mule duo pré­sente for­cé­ment quelques li­mites mais pas celle de bot­ter des fesses pen­dant une heure im­men­sé­ment fun, ache­vée par “The Hun­ter”. MAT­THIEU VATIN

Echo And The Bun­ny­men 5 NO­VEMBRE, BA­TA­CLAN (PA­RIS)

Tous as­sis — la moyenne d’âge frôle les 50 ans : les ados des an­nées 80. Le concert dé­bute bille en tête par “Going Up”, pre­mier mor­ceau du pre­mier al­bum. Ian McCul­loch af­fiche une forme ex­cep­tion­nelle, à tous les étages — voix, hu­mour, phy­sique. Le groupe dé­livre des ver­sions gran­dioses de “Zim­bo”, “Rust”, “Over The Wall”. Une re­prise de “Roadhouse Blues” est en­cas­trée dans “Villiers Ter­race”, “Walk On The Wild Side” dans “No­thing Lasts Fo­re­ver”. Les sièges claquent pour “Bring On The Dan­cing Horses”, “The Cut­ter” et “The Killing Moon” : tous de­bout. Il y a de la nos­tal­gie, mais sur­tout un pré­sent bouillon­nant, grâce à des chan­sons im­mor­telles. BE­NOIT SA­BA­TIER

Da­vid Byrne 5 NO­VEMBRE, ZENITH (PA­RIS)

A l’oc­ca­sion de la sor­tie d’ “Ame­ri­can Uto­pia”, le con­trol freak new-yor­kais s’est of­fert une tour­née dan­tesque de 146 dates à tra­vers le monde. Hor­mis la joie de ré­en­tendre une my­riade de clas­siques des Tal­king Heads (“I Zim­bra”, “Once In A Li­fe­time”, “Bur­ning Down The House”) ré­ar­ran­gés, c’est sur­tout la scé­no­gra­phie qui happe la vue : un or­chestre de douze mu­si­ciens et dan­seurs en mou­ve­ment per­pé­tuel vê­tus de cos­tumes gris mais pieds nus, ar­pentent la scène. Chaque mor­ceau est in­gé­nieu­se­ment mis en va­leur par une idée cho­ré­gra­phique ou as­tuce d’éclai­rage qui rendent la per­for­mance proche d’un jo­vial bal­let de Tri­scha Brown. La conscience po­li­tique ja­mais loin, Byrne pointe les dé­rives po­pu­listes contem­po­raines mais re­fuse de cé­der au dé­cou­ra­ge­ment et est re­joint par An­gé­lique Kid­jo pour la vi­brante re­prise de Ja­nelle Monáe “Hell You Tal­ma­bout” en guise de bou­quet fi­nal. MAT­THIEU VATIN

Gre­ta Van Fleet

Da­vid Byrne

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