FRAN­KIE LEE SIMS

1917 (Loui­siane) - 1970 (Texas)

Rock & Folk - - Beano Blues - PAR CH­RIS­TIAN CA­SO­NI

Son nom et son seul por­trait connu cir­culent un peu par­mi les séides du lum­pen rock. Si la sil­houette reste floue, le sang qui l’ir­rigue est consi­dé­rable. Le blues texan lui doit beau­coup de son éter­nelle jeu­nesse. Light­nin’ Hop­kins et même T-Bone Wal­ker, qui était dé­jà un cas­tor raf­fi­né à l’époque, disent lui avoir grap­pillé quelques doigts. Sims, cou­sin de Hop­kins et ne­veu de Texas Alexan­der, a pris forme à la Nou­velle-Or­léans, et consom­mé son en­fance à Mar­shall, Texas. Ins­ti­tu­teur à Pa­les­tine, un bled de l’Etat, blues­man le sa­me­di soir, ma­rine pen­dant la guerre, mu­si­cien pro­fes­sion­nel une fois dé­mo­bi­li­sé, le voi­ci à pied d’oeuvre à Dal­las. Il dore sa cote dans les clubs avec T-Bone, quand le cas­tor ra­mène par là ses ul­cères et ses mu­si­ciens, ou avec Smo­key Hogg, ex­cellent chan­teur de Deep El­lum. Hogg a gra­vé un disque pour Dec­ca dix ans plus tôt (on est en 1947), et en­re­gis­tre­ra le tube “Long Tall Ma­ma” chez Mo­dern deux ans plus tard. Il a une gâche chez Bul­let, il prend Sims comme si­de­man. L’ins­ti­tu­teur se re­trouve en­suite chez Blue Bon­net, un la­bel lo­cal qui lui compte deux cires à son cré­dit. Ces quatre faces re­mar­quables sortent dans le cou­rant de l’an­née 1948. Le pre­mier 78 tours est presque un disque de song­ster, avec son pi­cking élec­trique in­stable, en­le­vé des mains de Tom­my John­son, in­fluence ma­ni­feste. Sims s’ébroue, ac­com­pa­gné d’un contre­bas­siste et d’un pia­niste. “Home Again Blues” : il place le genre d’ac­croche rif­fée qu’on en­tend aus­si chez Light­nin’ Hop­kins. “Don’t For­get Me Ba­by” : il pré­ten­dra que ce bot­tle­neck, pouf­fant des va­peurs de lo­co­mo­tive avec un swing élé­men­taire, était ce­lui du fu­tur Carl Per­kins. Ben voyons. L’ins­ti­tu­teur chante dé­jà très bien, ner­veux, ef­fa­ré, plein de zèles folks en sé­quences courtes et pré­ci­pi­tées, dont les bouts ri­més, par­fois ver­beux, donnent du ca­chet aux textes. Là, on pense for­cé­ment au fu­tur Bob Dy­lan. Il y a une séance Gold Star avec Light­nin’ Hop­kins en 1949 à Hous­ton, en at­ten­dant le coup dé­ci­sif de 1953 : “Lu­cy Mae Blues”. Cette an­née­là et la sui­vante, Sims est en­re­gis­tré trois fois à Dal­las pour Spe­cial­ty, un ma­ca­ron de Los An­geles. Il est ser­vi par un contre­bas­siste et un cer­tain Her­bert Wa­shing­ton aux ga­melles. “Lu­cy Mae”, son pre­mier hit ré­gio­nal, ba­lise un pé­ri­mètre que sa re­nom­mée ne par­vien­dra ja­mais à dé­bor­der : l’ouest du Texas, la ré­gion de la Nou­velle-Or­léans et celle de Jack­son, Mis­sis­sip­pi. “Lu­cy Mae” est un de ces boo­gies li­més sur l’étau qui toquent son style, as­saut de basses et riffs en contre­point. On la com­pare au “Big Road Blues” de Tom­my John­son, mais le titre évoque plu­tôt “Keep It Clean” (Char­lie Jor­dan). Spe­cial­ty presse trois singles. “I’m Long Long Gone” se vend moins bien que “Lu­cy Mae”, et “Rhum­ba My Boo­gie”, moins bien que “Long Gone”. Le la­bel pu­blie­ra un al­bum post­hume peu après la mort de l’ins­ti­tu­teur, ra­mas­sant les nom­breux titres non re­te­nus, sou­vent du pre­mier choix comme “Mar­ried Wo­man”, boo­gie ra­pide, hy­per­ten­du, qui em­mène Tom­my John­son chez Can­ned Heat, et le blues du Del­ta vers le rock’n’roll. 1955. John­ny Vincent, l’an­cien pro­duc­teur de Spe­cial­ty, fonde Ace à Jack­son, pour en­re­gis­trer du rhythm’n’blues néo-or­léa­nais. Sims en pro­fite. Ace lui or­ga­nise trois longues ses­sions en 1957, dont Vincent dé­bour­re­ra as­sez de ma­té­riel pour ten­ter les DJ jus­qu’en 1960. Sims se glisse tant bien que mal sur le mar­ché du R&B et du rock’n’roll, d’abord avec pia­no et bat­te­rie (Jim­my Mul­len, par ailleurs très bon chan­teur), puis contre­basse, un pre­mier saxo pour la touche R&B, un se­cond saxo s’y ajou­tant lors de la troi­sième séance. Ça fait sept disques sous éti­quettes Ace, Vin et Ric : quatre singles à l’ac­tif de Sims, trois à l’ac­tif de Jim­my Mul­len (sous le nom de Mer­cy Ba­by). Les ra­dios du Sud font sur­tout mous­ser “Wal­kin’ With Fran­kie”, à la fois rhythm’n’blues mo­dal, su­prême de boo­gie et prêche de ga­rage. Le temps va­lo­ri­se­ra deux autres bou­toirs, “What Will Lu­cy Do?” et “She Likes To Boo­gie Real Low”, re­pris par John­ny Win­ter et les Fla­min’ Groo­vies. Pour “Wal­kin’...”, voir du cô­té de Bar­rence Whit­field : “Wal­king With Bar­rence”. Dans ce cré­pus­cule mil­lé­si­mé, il y a aus­si “My Talk Didn’t Go No Good”, en­core un boo­gie fan­ta

bu­leux, si obs­ti­né­ment heur­té qu’il en de­vient étale, co­ol comme du swamp. King Cur­tis était pas­sé en coup de vent dans l’or­chestre de Sims. Il l’em­mène à Har­lem chez En­joy Re­cords, un la­bel nais­sant. Sims ren­contre le pa­tron mais, de la quin­zaine de titres qu’il laisse à New York, rien ne sor­ti­ra de son vi­vant. Rien avant 1985, quand les An­glais de Kra­zy Kat frac­turent l’ou­bliette. Tan­dis que Light­nin’ Hop­kins ouvre ses ailes sur les cam­pus et les fes­ti­vals, Sims, ro­cker pro­vin­cial au jeu sai­gnant qui eut tort d’avoir rai­son loin de Mem­phis, tombe au fond de la bou­teille. Quelques billets si­gnalent, éva­sifs, ce coup de feu de 1963 qui al­tère sa san­té. En 1969 Ch­ris Strach­witz, le tau­lier d’Arhoo­lie, veut en­re­gis­trer l’ins­ti­tu­teur. Ch­ris au­rait sû­re­ment dû s’y prendre un peu plus tôt...

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