La vie en rock

JEAN-PIERRE KALFON

Rock & Folk - - Sommaire - Pa­trick Eu­de­line

JE ME SOU­VIENS DE JEAN-PIERRE... De ses lu­nettes à paillettes, un verre rose, un verre bleu, de sa té­tine, de ses col­lants glit­ter, d’un en­semble cuir rouge por­té avec bottes grises, de tout son at­ti­rail glam rock. Je me sou­viens de Jean-Pierre dans les an­nées 1960. Fa­cile, c’était un de mes hé­ros. Un ac­teur rock ! Lui et Pierre Clé­men­ti étaient les re­pré­sen­tants de cette es­pèce plus que rare. Avant que n’ap­pa­raissent De­par­dieu et De­waere, ils étaient les seuls en ce beau pays à por­ter che­veux longs. Les seuls qu’on sa­vait de notre cô­té.

Aus­si, quand Kalfon re­vient de New York

avec Oc­ta­vio et les New York Dolls, je sais exac­te­ment qui il est. J’ai vingt ans, à peine ou pas en­core, je vais bien­tôt écrire et vivre ma vie. Kalfon et sa bande me fas­cinent. Même leur ma­nière de par­ler, l’hu­mour un peu... contes­table de Jean-Pierre, roi du coq à l’âne et du ca­lem­bour ap­proxi­ma­tif, m’im­pres­sionnent. C’est dire. Je ris en­core de “c’est la pou­belle pour al­ler dan­ser” lâ­ché de­vant l’Olym­pia à un concert de Willy DeVille. Par­lait-il alors de Toots, la fian­cée fort des­troy de Willy ? Je n’ose­rais le confir­mer. Avec Les Fren­chies, lui et son ami Oc­ta­vio sont les seuls à vivre ici en rose pous­sière. Comme dans le livre fon­da­teur de leur ami Jean-Jacques Schuhl. J’es­saie de les fré­quen­ter, les suis dans toutes ces mai­sons où, hé­ber­gés un mo­ment, ils traînent. A cette époque, Kalfon ne tourne plus ou presque. La France lui a fait payer son cô­té fron­deur et son in­tran­si­geance, ne lui par­donne pas d’avoir en­voyé ba­la­der Blier qui vou­lait faire de lui, avec Clé­men­ti, un des deux hé­ros des “Val­seuses”. De toute fa­çon, Kalfon s’en fout un peu. Il ne rêve que de rock. Il a lais­sé tom­ber la bat­te­rie pour la gui­tare et cherche à mon­ter un groupe. Ce fut Crouille Mar­teau, c’est, en ces se­ven­ties, Ma­dame Claude, ou Kalfon Rock Chaud.Et même... Un jour de 1975, j’ose me pro­po­ser comme chan­teur. Je mas­sacre de­vant lui, dans un ap­part pa­ri­sien qu’il squatte, le vieux “Bo­ny Mo­ro­nie” de Lar­ry Williams. Il n’est guère convain­cu et il a bien rai­son. Il ad­mire Wil­son Pi­ckett, Otis Red­ding et me sort : “Si je prends un chan­teur, c’est pour en prendre un vrai. Pas un comme moi !” Jean-Pierre Kalfon sort une bio­gra­phie. Aux édi­tions de l’Ar­chi­pel. “Tout Va Bien, M’Man !”. Il n’y oc­culte pas sa vie sou­vent tu­mul­tueuse. Hé­roïne, er­reurs... Il n’ou­blie rien et ne se fait au­cun ca­deau...

Né en 1938, Kalfon est un en­fant de la guerre.

Juste un peu plus vieux que toute cette gé­né­ra­tion qui of­fri­ra le rock an­glais. Pa­ri­got, né dans le quin­zième, avec un père en cap­ti­vi­té chez les Al­le­mands. Une fa­mille de la classe moyenne.

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