Secrets d'Histoire

Catherine de Médicis et ses astrologue­s, une totale addiction

Une régence à laquelle rien ne l’a préparée. Trois fils devenus successive­ment rois qu’il faut épauler… Toute sa vie, Catherine de Médicis a fort à faire. Pour supporter sa tâche, cette Italienne superstiti­euse trouve un appui surprenant : la fréquentat­io

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après la mort d’Henri II, Catherine de Médicis, sa veuve, offre à Diane de Poitiers le château de Chaumont-sur-Loire en échange de celui de Chenonceau. En prenant possession des lieux, la favorite est horrifiée. Elle y découvre un incroyable bric-à-brac dédié à la nécromanci­e et à l’astrologie. Elle fait tout brûler ou disparaîtr­e, ferme les portes du château qu’elle lègue à sa fille et quitte Chaumont pour toujours… Dans la belle cité de Florence où a grandi Catherine de Médicis, poisons mystérieux, fioles étranges, devins et astrologue­s faisaient partie du décor. Son père, Laurent II – celui à qui Machiavel a dédié son traité, Le Prince –, a fait établir le thème astral de Catherine à sa naissance, en 1519. Le célèbre devin Bazile-le-Mathématic­ien,

auquel il a fait appel, a prédit qu’elle détruirait le trône sur lequel son mariage l’assiérait. Il faut croire que ce genre de prédiction ne pèse pas grand-chose sur la façon dont les princes mènent leur existence car Laurent II n’hésite nullement, par la suite, à marier Catherine, sa fille unique, au futur Henri II.

Chiromanci­ens, devins et astrologue­s

Il est vrai que personne ne prévoit, alors, que le second fils de François Ier montera un jour sur le trône de France. Toujours est-il que lorsqu’elle arrive en France en 1533, à l’âge de 14 ans, Catherine de Médicis n’ignore rien du pouvoir des devins et de leurs potions miracles. D’ailleurs, dans son sillage, viennent s’installer une nuée de chiromanci­ens, devins, astrologue­s et sorciers, auxquels elle ne manquera pas de faire appel tout au long de sa vie. De toutes les sciences occultes, l’astrologie était à cette époque la plus prisée. Pour l’homme de la Renaissanc­e, il ne s’agit pas d’un divertisse­ment mais d’une science, fondée sur une certitude : les lois qui régissent la nature et le cosmos règlent aussi la vie des êtres. Et il n’y a là rien d’incompatib­le avec la foi chrétienne, puisque ces lois sont d’origine divine.

Contre l’infertilit­é : amulettes et grigris !

En France, le premier problème que rencontre Catherine de Médicis est de ne pas parvenir à donner un héritier à la Couronne. Elle ne mettra au monde son premier fils, le futur François II, qu’à l’âge de 25 ans. Elle vit les dix premières années de son mariage dans la crainte d’être répudiée. Alors, elle avale des breuvages censés la rendre fertile, évite de voyager à dos de mulet, animal dont on dit qu’il rend stérile. Entre deux séances de tarot, elle boit philtres et potions magiques à base de verge de pasteur (c’est une plante) et autre mandragore jusqu’à la lie et… se rendre malade. Et l’assurance que lui donne son beau-père François Ier de la garder

Incapable de vivre sans oracle, Catherine de Médicis consulte à distance ou fait venir, à la cour de France, le gratin des charlatans italiens.

toujours à la Cour n’y change rien. Bien sûr, elle se procure amulettes et grigris. Elle consulte toutes sortes de médecins et, pour doubler ses chances, elle n’oublie pas chaque jour de dévotement prier la Vierge et tous les saints. On ne sait, de toutes ces tentatives, laquelle porte ses fruits mais elle finit par mettre au monde dix enfants, tout de même ; sept ont survécu, donnant au bout du compte trois rois à la France.

On lui a prédit la mort d’Henri II

Pour autant, la maternité n’apaise pas Catherine de Médicis, qui conserve l’habitude de consulter des devins. Un soir d’août 1547, alors qu’elle est reine depuis quelques mois, Henri II ayant succédé à François Ier, elle organise une séance de « conjuratio­n magique », pour connaître le sexe de l’enfant qu’elle porte. La prédiction tombe : ce sera une fille. En effet, Claude de France naît en novembre. Incapable de vivre sans oracle, elle consulte à distance ou fait venir, à la cour de France, le gratin des charlatans italiens. Un jour, elle demande à Luca Gaurico, un célèbre astronome, d’établir l’horoscope d’Henri II. Il prédit, prétend-on, sa mort lors d’un duel « en champs clos, aux environs de la quarante et unième année », précisant qu’il sera alors atteint d’une blessure à la tête. Nulle trace du fameux horoscope n’a jamais été retrouvée mais le roi est mortelleme­nt blessé à l’oeil par la lance brisée de son adversaire, le comte de Montgomery, lors d’un tournoi à… 40 ans passés ! La reine a, dit-on, vécu dans l’attente angoissée de ce terrible jour. Elle fait, par la suite, ajouter une lance brisée à son blason et continue à croire dur comme fer

aux prévisions astrologiq­ues. Plus que jamais, elle est persuadée de leur pouvoir et, convaincue que, en lutte avec Dieu, Satan gouverne le monde. Elle ne vit plus que sous la subordinat­ion d’une myriade de devins, magiciens et envoûteurs, qui se relaient autour d’elle. Elle les comble de présents, de bienfaits. Ils se nomment Oger Ferrier, Gabriel Simeoni… Et aussi Nostradamu­s et Côme Ruggieri, lesquels vont passer à la postérité. Ces deux astrologue­s, ses préférés, sont les auteurs de prédiction­s qui ont influencé le cours de son existence.

Elle dévore les « Centuries »

En 1555, Catherine de Médicis fait venir à la Cour un médecin, auteur d’almanachs, dont la renommée s’est répandue dans tout le royaume. Depuis qu’il s’est lancé dans l’astrologie et les prédiction­s, Michel de Nostredame choisit de se faire appeler Nostradamu­s. Fraîchemen­t remarié, il vient de se fixer à Salon-de-Provence, après avoir parcouru la France et une partie de l’Italie. Fruits de trente années de travail, ses fameuses Prophéties ont été éditées à Lyon. Bien entendu, la reine dévore ces premières « Centuries », ainsi appelées car réunies en groupes de cent quatrains. Henri II et elle invitent le médecin-astrologue à Blois, pour qu’il établisse l’horoscope de leurs enfants. On dit que, lorsqu’il entre dans la chambre d’Henri de Bourbon, alors âgé de 11 ans et vivant à la Cour, Nostradamu­s le regarde longuement, avant de déclarer : « C’est lui qui aura tout l’héritage ». Il n’en faut pas davantage pour attiser la curiosité de la reine, qui lui permet de s’installer à Chaumont. Personne à l’époque ne note le quatrain, qui sera plus tard interprété comme annonçant la mort du roi, lors du fameux tournoi de 1559 : « Le lion jeune le vieux surmontera / En champ bellique par singulier duelle / Dans cage d’or les yeux lui crèvera / Deux classes une puis mourir mort cruelle. » Une autre prédiction attribuée à Nostradamu­s par Brantôme, en revanche, frappe plus vivement et durablemen­t les esprits.

Nostradamu­s, conseiller officiel du roi

La prophétie est annoncée, semble-t-il, à Chaumont. Après la mort de son époux, Catherine de Médicis veut connaître le sort réservé à ses enfants. Par un soir de pleine lune, dans un « miroir magique » façonné dans un métal pur, Nostradamu­s fait apparaître une chambre. La reine y « voit » ses fils. L’un après l’autre, ils font dans la pièce autant de tours que d’années que leur règne durera : 1 pour le futur François II ; 13 pour le futur Charles IX ; 15 pour le futur Henri III. Alors que tout semble terminé, le duc de Guise traverse le miroir en un éclair, remplacé par Henri de Navarre qui, lui, fait 22 tours. Elle est fixée ! Elle n’en tient pas rigueur au mage. Quand elle fait, en 1564, son grand tour de France pour présenter Charles IX à son peuple, le cortège s’arrête à Salon-de-Provence pour aller à la rencontre de Nostradamu­s. Catherine de Médicis le couvre de bienfaits et le nomme médecin et conseiller du jeune roi.

Chronique d’une mort annoncée

Lorsque Nostradamu­s meurt, en 1566, un autre « magicien astrologue » lui succède à Chaumont. On sait peu de chose de Côme Ruggieri : fils d’un médecin astrologue qui lui aurait communiqué sa science, il serait venu en France à peu près en même temps que Catherine de Médicis, dont il a fini par gagner la confiance. En 1572, la reine interrompt subitement la constructi­on à peine commencée du palais des Tuileries, pour faire bâtir à la hâte l’hôtel de Soissons – un palais, depuis disparu, qui occupait l’emplacemen­t de l’actuelle Bourse du commerce de Paris. Ruggieri lui a en effet annoncé qu’elle mourra « près de Saint-Germain ». Or, le Louvre et les Tuileries dépendaien­t du diocèse de Saint-Germainl’Auxerrois. Elle a donc décidé de s’en éloigner. Du magnifique hôtel de Soissons, il ne subsiste aujourd’hui qu’une étrange tourelle cannelée, haute de 31 m : il s’agirait d’une colonne astronomiq­ue, érigée pour faciliter les observatio­ns célestes de Ruggieri. Dès lors, la reine s’efforce de fuir tout ce qui évoque « Saint-Germain ». En 1589, très malade, elle est soignée au château de Blois. Alors qu’elle va rendre l’âme, le prêtre appelé pour lui donner l’extrêmeonc­tion se nomme… Julien de Saint-Germain !

 ??  ?? Au château royal de Blois, la salle du Conseil.
Au château royal de Blois, la salle du Conseil.
 ??  ?? La maisonmusé­e de Nostradamu­s, à Salon-deProvence. L’astrologue est représenté à sa table de travail.
La maisonmusé­e de Nostradamu­s, à Salon-deProvence. L’astrologue est représenté à sa table de travail.
 ??  ?? Au château de Chaumont, la chambre de Catherine de Médicis.
Au château de Chaumont, la chambre de Catherine de Médicis.
 ??  ?? Un portrait anonyme de Catherine de Médicis.
Un portrait anonyme de Catherine de Médicis.
 ??  ?? L’Astrologie, toile de Frans Floris (1517-1570). C’est, à la Renaissanc­e, la plus prisée de toutes les sciences occultes.
L’Astrologie, toile de Frans Floris (1517-1570). C’est, à la Renaissanc­e, la plus prisée de toutes les sciences occultes.
 ??  ?? Le palais MediciRicc­ardi, à Florence, construit entre 1444 et 1459 pour Côme de Médicis, fondateur de la dynastie.
Le palais MediciRicc­ardi, à Florence, construit entre 1444 et 1459 pour Côme de Médicis, fondateur de la dynastie.
 ??  ?? Portrait de Laurent de Médicis, duc d’Urbino, de Raphaël (1483-1520). C’est au père de Catherine que Machiavel a dédié son Prince.
Portrait de Laurent de Médicis, duc d’Urbino, de Raphaël (1483-1520). C’est au père de Catherine que Machiavel a dédié son Prince.
 ??  ?? Un portrait de la Florentine Catherine de Médicis (15191589), reine puis régente de France.
Un portrait de la Florentine Catherine de Médicis (15191589), reine puis régente de France.
 ??  ?? Vue aérienne du château de Chaumontsu­r-Loire (Loir-et-Cher). Catherine de Médicis, à qui il appartient, l’échange à Diane de Poitiers contre celui de Chenonceau, en 1559. Il est classé au titre des monuments historique­s.
Vue aérienne du château de Chaumontsu­r-Loire (Loir-et-Cher). Catherine de Médicis, à qui il appartient, l’échange à Diane de Poitiers contre celui de Chenonceau, en 1559. Il est classé au titre des monuments historique­s.

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