UN PAYS PEUPLÉ DE­PUIS LA PRÉHISTOIRE

Secrets d'Histoire - - SOMMAIRE - Par Dominique Le Brun

Les guides de voyages pré­sentent tou­jours en­semble le Pé­ri­gord et le Quercy, qu’au­cune fron­tière na­tu­relle ne sé­pare. Pour dé­ter­mi­ner ce qui ap­par­tient à l’un et à l’autre de ces pays, une seule ré­fé­rence fait loi : les li­mites des dé­par­te­ments. Au­jourd’hui, le Quercy cor­res­pond donc au dé­par­te­ment du Lot et à la par­tie Nord du Tarn-et-Ga­ronne, au­tour de Mon­tau­ban et de Mois­sac.

Le Quercy se dis­tingue par ses pay­sages : les causses, pla­teaux cal­caires en­taillés par des val­lées en­cais­sées comme des ca­nyons et creu­sés de gouffres, tel l’im­mense Pa­di­rac où coule une ri­vière sou­ter­raine. Ain­si, deux mondes voi­sinent à deux étages dif­fé­rents. Sur les causses, bien que l’al­ti­tude se si­tue au­tour de 300 m seule­ment, on res­sent une ru­desse de hauts pla­teaux, illus­trée par une vé­gé­ta­tion basse, où pré­do­minent ge­né­vriers, ca­rou­biers, ge­nêts, ner­pruns. Ici, des trou­peaux de mou­tons paissent dans des par­celles dé­li­mi­tées par des mu­rets de pierre sèche, ma­té­riau trou­vé sur place qui per­met aus­si de bâ­tir des ca­banes (les « ca­selles »). Quant aux val­lées, se suc­cèdent du nord au sud les grands af­fluents de la Ga­ronne. Ce sont la

Dor­dogne, le Cé­lé qui vient re­joindre le Lot, puis l’Avey­ron qui lui­même gros­sit le Tarn. La ri­vière la plus connue est la Dor­dogne dont nul n’ignore qu’en re­joi­gnant la Ga­ronne, elle fait naître la Gi­ronde. C’est elle aus­si qui a ins­pi­ré le ro­man La Ri­vière Es­pé­rance à Christian Si­gnol, na­tif du vil­lage Les Quatre­Routes­duLot… Toutes ces ri­vières offrent le même pay­sage de gorges sou­vent ver­ti­gi­neuses, au fond des­quelles la voie d’eau des­sine des méandres presque fer­més, les cingles. Là, sous des à­pics qui dé­passent les 100 m, vit un monde plus bu­co­lique que ce­lui des causses. En ef­fet, les al­lu­vions em­por­tées par le cou­rant se dé­posent dans les courbes des cingles : sous un cli­mat clé­ment, cette terre riche se prête à la cul­ture du maïs, des arbres frui­tiers et, vers Ca­hors no­tam­ment, de la vigne. De plus, ces val­lées ont de­puis tou­jours ser­vi de voies de com­mu­ni­ca­tion. Ce, de­puis la préhistoire, comme en té­moignent les pein­tures or­nant la grotte du Pech Merle, sur le Cé­lé. Au Moyen Âge, à la grande époque du pè­le­ri­nage de Com­pos­telle, la route du Puy­en­Ve­lay, tra­ver­sant le Quercy, pos­sède ses grandes étapes dans les val­lées : Fi­geac, Saint­Cirq­La­po­pie, Ca­hors, Mois­sac…

Du nord au sud, se suc­cèdent les grands af­fluents de la Ga­ronne : Dor­dogne, Cé­lé, Lot, Avey­ron, Tarn.

Les bas­tides, places de contre-pou­voir

Bien que consti­tuant, de­puis le viiie siècle, un com­té du royaume d’Aqui­taine, le Quercy a tou­jours vé­cu sous l’au­to­ri­té de plu­sieurs grandes fa­milles et non sous celle d’un sei­gneur unique. Les conflits di­vers qui ne manquent pas d’op­po­ser les Gour­don, Car­daillac, Cas­tel­nau, Tu­renne, Saint­Sul­pice… ag­gravent les conflits in­ter­mi­nables ; ain­si pen­dant la guerre de Cent Ans ou les guerres de Re­li­gion, lorsque ces po­ten­tats lo­caux passent d’un camp à l’autre, au gré de leurs in­té­rêts im­mé­diats. C’est pour créer un contre­pou­voir à ces chefs que, dans la se­conde moi­tié du xiiie siècle, des sou­ve­rains aus­si dif­fé­rents que le comte de Tou­louse, des sé­né­chaux aux ordres du roi de France ou du roi d’An­gle­terre créent, sur leurs ter­ri­toires res­pec­tifs, des villes ex ni­hi­lo : les bas­tides.

Terres du bien-vivre

Le prin­cipe d’une bas­tide ? Pour le prix d’une par­celle de ter­rain, les co­lons in­té­res­sés ob­tiennent fran­chise fis­cale et di­vers avan­tages. En­suite, elle est ad­mi­nis­trée par des consuls, élus par­mi les ha­bi­tants. Le Quercy pos­sède ain­si une dou­zaine de ces ci­tés nou­velles : Beau­re­gard, Cas­tel­nau­Mon­tra­tier, La­bas­tide­Mu­rat, Mon­tau­ban, Mont­ca­brier, Ru­delle… La suc­ces­sion des conflits ré­gio­naux leur donne un rôle stra­té­gique, le­quel ins­pi­re­ra des plans d’ur­ba­nisme ori­gi­naux pour fa­ci­li­ter la dé­fense des lieux, ain­si le plan en da­miers or­ga­ni­sé au­tour d’une place en­ca­drée par des ar­cades. Ce sont ces der­nières qui, en ac­cueillant les étals des mar­chés, mettent au­jourd’hui en évi­dence cette ca­rac­té­ris­tique que le Quercy par­tage avec son voi­sin, le Pé­ri­gord : l’art du bien­vivre.

SaintAn­to­ninNoble-Val (Tarn-etGa­ronne) et son joyau : le bef­froi de l’an­cien hô­tel de ville (xiie siècle) ; il fut res­tau­ré par Viol­letle-Duc, de 1846 à 1851.

Lon­geant le Lot, re­liant Saint-Cir­qLa­po­pie à Bou­ziès, le che­min de ha­lage a été taillé dans la fa­laise. Au xixe siècle, les ga­bares, alour­dies de mar­chan­dises, des­cen­daient le fleuve jus­qu’à Bor­deaux. Les berges de­vaient ac­cueillir les che­vaux qui...

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