AN­TOINE DE CAUNES

À la grande époque de Ca­nal +, il lui est par­fois ar­ri­vé de lan­cer des sau­cisses sur des stars en smo­king. Cette ex­pé­rience a-t-elle condi­tion­né le rap­port qu'en­tre­tient An­toine de Caunes au ci­né­ma ? Pas for­cé­ment puisque l'en­fant du rock et de la té­lé a

So Film - - Sommaire - PAR JEAN-VIC CHA­PUS – PHOTO : MA­THIEU ZAZZO

Ex­tra. À la grande époque de Ca­nal +, il lui est par­fois ar­ri­vé de lan­cer des sau­cisses sur des stars en smo­king. Cette ex­pé­rience a-t-elle condi­tion­né le rap­port qu’en­tre­tient An­toine de Caunes au ci­né­ma ? Pas for­cé­ment puisque l’en­fant du rock et de la té­lé a aus­si fait l’ac­teur pour Cha­brol, réa­li­sé des fic­tions sur Na­po­léon et Co­luche. Af­faire Wein­stein, films « spring­stee­niens », édu­ca­tion ci­né­phile : An­toine de Caunes parle avec la fougue d’un jeunes amou­reux de son obs­cur ob­jet du dé­sir. Comme nulle part ailleurs.

En oc­tobre, vous aviez consa­cré l'édi­to de votre émis­sion sur France In­ter ( Po­po­pop) à l'af­faire Wein­stein et à ces co­mé­diennes qui, comme votre fille Em­ma, ont osé ra­con­ter le har­cè­le­ment sexuel dans le monde du ci­né­ma. Avec des termes évi­dem­ment vio­lents. Vous di­riez que les choses ont chan­gé ou pas du tout ? En France, rien du tout. En de­hors du nom de Bris­seau, qui était dé­jà sor­ti avant l’af­faire, per­sonne n’a été ac­cu­sé. L’his­toire de Wein­stein et tout ce qui l’en­toure, elle dé­passe de loin le seul monde du ci­né­ma : ça reste l’his­toire de l’abus de pou­voir et de po­si­tion do­mi­nante qu’exercent les hommes sur les femmes. Ça existe dans tous les sec­teurs d’ac­ti­vi­té. Mais alors, pour­quoi ce­la nous marque tant ? Dé­jà parce qu’on peut mettre des vi­sages connus sur ces his­toires de vieux porcs. Je connais bien Asia Ar­gen­to, c’est une amie de ma fille. Pour au­tant, je ne sa­vais pas que Wein­stein était al­lé aus­si loin avec elle. Ma fille m’avait bien ra­con­té qu’il avait eu un com­por­te­ment in­dé­li­cat avec elle aus­si, mais qu’elle l’avait in­sul­té, et qu’il n’était pas al­lé aus­si loin qu’avec Asia. Main­te­nant est-ce que ça va chan­ger les choses ? Je reste per­sua­dé qu’il y au­ra un avant et un après cette af­faire. Dé­jà, Wein­stein, bon, ça me pa­raît un peu cuit pour se re­con­ver­tir dans le ci­né­ma. On parle quand même d’un sale type avec une es­pèce de toute-puis­sance com­plè­te­ment ir­ra­tion­nelle. Un mec qui avait le droit de vie et de mort sur des films et qui fai­sait flip­per beau­coup de monde. Qu’il re­fasse sa vie dans le com­merce de pièces au­to­mo­biles. Ou qu’il ré­ap­pa­raisse dans quelques an­nées, mais chan­gé en femme… Après, est-ce que vous au­riez en­vie de pas­ser une soi­rée avec Sal­ly Wein­stein, je pose la ques­tion… La der­nière fois que vous avez été der­rière la ca­mé­ra, c'était il y a dix ans avec ce bio­pic sur Co­luche ( Co­luche, l’his­toire d’un mec, 2008). Ça veut dire que vous ne re­ten­te­rez ja­mais l'ex­pé­rience de la réa­li­sa­tion ? Pas du tout. En­fin, j’es­père qu’on peut en­core vou­loir de moi. Le ci­né­ma, je ne sais pas for­cé­ment quand ça va re­par­tir, mais je crève d’en­vie d’y re­ve­nir. J’ai un pro­jet qui me pa­raît com­plè­te­ment in­fai­sable, mais que je vais es­sayer de me­ner à terme quand même. C’est l’adap­ta­tion d’un livre de Robert Louis Ste­ven­son qui s’appelle Le Maître de Bal­lan­trae. Très simple à faire : ça se passe en Écosse, au XVIIIe siècle, puis en Amé­rique, avec des tri­bus in­diennes, des scènes de pi­ra­te­rie. Bref, pas exac­te­ment ce que les gens du ci­né­ma cherchent en ce mo­ment. L’autre pro­jet, c’est juste un film sa­ti­rique. Je ne sais pas pour­quoi, mais je sens que les pro­duc­teurs vont pré­fé­rer la deuxième op­tion... Il vous est ar­ri­vé de re­ce­voir des cri­tiques as­sez dures pour vos films en tant que réa­li­sa­teur. Pour­tant, vous conti­nuez à vou­loir faire du ci­né­ma. Il y a une rai­son ? Je pense que je n’ai ja­mais été aus­si heu­reux de ma vie que sur un pla­teau de ci­né­ma. Je ne suis pas dé­ten­du, non, mais je me sens concen­tré sur un ob­jec­tif. Je ne pense qu’à ça, j’en ou­blie de dor­mir. Ça res­semble à une sorte de transe qui me fait sor­tir de moi­même… J’ai des sou­ve­nirs du film sur Na­po­léon tour­né en Afrique du Sud ( Mon­sieur N, 2002) qui frôlent l’épi­pha­nie. On fa­bri­quait un film sur l’exil et on était nous-mêmes exi­lés pen­dant quatre mois. Le tout dans des condi­tions co­ton : le dé­but de l’hi­ver aus­tral, des dé­cors dé­truits. C’est là que je me suis ren­du compte qu’une aven­ture de ci­né­ma, ça créait ce truc qui n’existe plus beau­coup dans nos so­cié­tés : un élan col­lec­tif, un es­prit de corps pour ré­soudre les em­merdes du quo­ti­dien. J’ai kif­fé, comme ra­re­ment. Bon, après, je me suis fait ali­gner par la cri­tique sur le thème : « Mais qu’est-ce que vient faire le con de la té­lé sur le ter­rain du

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.