STÉ­PHANE BRI­ZÉ

So Film - - Sommaire - Sté­phane Bri­zé

Hors Cadre. Sté­phane Bri­zé re­vient avec En Guerre, nou­veau brû­lot sur fond de conflit so­cial dans une usine cher­chant à dé­lo­ca­li­ser. L’oc­ca­sion de sou­mettre le Ren­nais à un en­tre­tien dont les mots-clés sont : ul­tra­li­bé­ra­lisme, mé­pris de classe, mou­ve­ment so­cial et com­mé­mo­ra­tions de 68.

A Cannes cette an­née, le réa­li­sa­teur de La Loi du mar­ché, Sté­pha­neB­ri­zé, pré­sente En guerre, nou­veau brû­lot sur fond de conflit so­cial et de dé lo­ca­li­sa­tion. L’ oc­ca­sion de sou­mettre le R en nais à un en­tre­tien dont les mots-clés sont: ul­tra-li­bé­ra­lisme, mé­pris de classe, mou­ve­ment so­cial et com­mé­mo­ra­tions de 68.

Pour La Loi du mar­ché, vous aviez pré­pa­ré le film avec un tra­vail d'infiltration, en fai­sant un stage de vi­gile dans un hy­per­mar­ché. Vous avez fait le même tra­vail pour

En guerre? Je ne m’en cache pas : j’ai zé­ro ima­gi­na­tion. Pour La Loi du mar­ché, j’al­lais voir des agents de sé­cu­ri­té, je pas­sais du temps avec eux, je leur par­lais. Là je sais que je vais par­ler d’un conflit so­cial, je vais le mettre là où il y a de l’ar­gent qui cir­cule, dans la sous-trai­tance au­to­mo­bile parce que c’est en­core des en­tre­prises qui gagnent beau­coup d’ar­gent. Je n’ai ja­mais été ou­vrier, mon père n’était pas ou­vrier, même si c’était un pe­tit fonc­tion­naire. Donc je vais ren­con­trer des gens. Après, je me dis : « Si je ne vais voir que des syn­di­ca­listes, j’au­rai une pa­role qui se­ra rouge. » Ce qui m’in­té­resse, c’est d’al­ler voir les sa­la­riés, les syn­di­ca­listes, mais aus­si des avo­cats qui vont m’ex­pli­quer très con­crè­te­ment la ma­tière qu’ils brassent, des ex­perts, des DRH. Et il y a des gens qui ac­ceptent de me par­ler: « Je vais vous dire la réa­li­té, je vais juste vous de­man­der de ne pas mettre mon nom au gé­né­rique. » C’est quand même éton­nant. Pour­quoi ils vont pas­ser deux heures avec moi pour me par­ler de leur monde ? Donc s’ils se sou­lagent de quelque chose, c’est qu’ils ne sont pas for­cé­ment à l’aise avec ce qu’il se passe. Et il y a des avo­cats qui vous disent, très sin­cè­re­ment, dans les yeux : « Je suis un en­cu­lé. Je gagne 30 000 eu­ros par mois, j’ai dé­ci­dé de mettre mon in­tel­li­gence au ser­vice du grand ca­pi­tal puisque c’est là que je vais bien vivre. Je suis un en­cu­lé. Je sais que je par­ti­cipe à un monde d’une bru­ta­li­té sans nom mais c’est là que je gagne beau­coup d’ar­gent donc je vous le dis clai­re­ment. » Ils ont au moins l’hon­nê­te­té de le dire. Je di­sais à une DRH ce qu’il se passe dans le scé­na­rio : « Vous es­sayez d’ex­pli­quer par un truc ob­jec­tif que les comptes ont été plom­bés etc. » On

me ré­pond : « C’est beau­coup plus simple que ça. Nous, on a un sé­same,

une phrase qui est un passe-par­tout: “Nous avons un pro­blème de com­pé­ti­ti­vi­té dans notre sec­teur d’ac­ti­vi­té.” » A par­tir de là, il suf­fit de faire dire aux chiffres ce qu’on a en­vie qu’ils disent. Et peut-être que bien plus tard, dans trois ans, aux prud­hommes, les sa­la­riés ob­tien­dront gain de cause. Mais ça fe­ra trois ans qu’ils sont au chô­mage et l’en­tre­prise au­ra été dé­mé­na­gé. En tant que con­som­ma­teur d'images, quel est votre rap­port à l'info, aux mé­dias et aux chaines d'in­fos en règle gé­né­rale? Il y a beau­coup d'amorces dans le film où on voit telle amorce de re­por­tage, telle sé­quence de BFM ou de CNews. Je ne suis pas contre la té­lé­vi­sion mais pour ne pas man­ger de cho­co­lat, faut pas que j’en achète. Donc chez moi, j’ai juste un pro­jec­teur pour regarder des films. C’est tout. Et si je veux regarder un truc en re­play, je re­garde sur mon or­di­na­teur. Il n’y a pas d’écran de té­lé qui trône comme une es­pèce de sain­te­té, comme un au­tel ab­so­lu. Même sym­bo­li­que­ment, ce n’est pas pos­sible. Mais je suis in­ter­pe­lé par une image: Air France, des DRH qui se font ar­ra­cher des che­mises. Ça prend l’es­pace mé­dia­tique, c’est dans le monde en­tier. C’est une dé­fla­gra­tion. N’im­porte quelle per­sonne nor­ma­le­ment consti­tuée va lé­gi­ti­me­ment être en

em­pa­thie avec ceux qui sont qua­si-lyn­chés. Mais je me dis : « Il n’y a au­cun sa­la­rié qui a par­ti­ci­pé à ça et qui s’est le­vé le ma­tin avec l’idée de le faire. Qu’est ce qu’il se passe avant pour qu’on en ar­rive à un dé­ra­page

aus­si spec­ta­cu­laire? » Les trois mois avant ne sont pas très spec­ta­cu­laires. C’est des dis­cus­sions, on veut ci, on veut ça, on vous fait at­tendre, on vous pro­met ci, on ne vous le donne pas. Evidemment, ça créé de la co­lère.

Vous trou­vez qu'il gronde plus à chaque heure le monde?

En tout cas, je l’en­tends mieux. Dix ans au­pa­ra­vant, je n’étais pas au­tant en ca­pa­ci­té d’en­tendre. Parce que j’étais en train de me dé­mer­der avec moi-même. Comment j’ar­rive à te­nir de­bout ? Et puis à un mo­ment, en ayant dé­pen­sé beau­coup d’ar­gent chez le psy, je pense que je suis un peu plus so­lide. J’ouvre la fe­nêtre, et là, il y a l’air du monde qui rentre. La Loi du Mar­ché, c’était un film qui ne pou­vait pas se faire il y a 25 ans. Parce que la den­rée de tra­vail s’est ra­ré­fiée.

On vit un mo­ment où il y a eu un mou­ve­ment so­cial me­né par la SNCF, beau­coup de gens di­saient qu'il y au­rait conver­gence des luttes mais ça n'ar­rive pas vrai­ment. Pour­quoi les mou­ve­ments so­ciaux ne durent pas au­jourd'hui?

Les choses ne peuvent du­rer que si elles sont sou­te­nues par la pen­sée. On sort sou­vent cette phrase de War­ren Buf­fet : « La lutte des classes existe et c’est nous les riches qui l’avons ga­gné. » Il a tout ré­su­mé. Quand quel­qu’un de ce camp-là l’ex­plique aus­si fron­ta­le­ment, il n’y a rien à ajou­ter. Pour pré­pa­rer le film, j’ai vu beau­coup de do­cu­men­taires. Des films des an­nées 1960, des an­nées 1970, 1980, 1990, 2000 etc. Au bout d’un mo­ment, j’ai l’im­pres­sion de voir tout le temps le même film : « Ouais ca­ma­rades, on est réunis au­jourd’hui, les pa­trons, ouais, sif­flets. » En pé­loche, en vi­déo, j’en ai vu des car­gai­sons. Et c’est tout le temps le même film. À un mo­ment, je com­prends de ma­nière très or­ga­nique qu’il y a des gens qui pos­sèdent et qui vont tout faire pour le gar­der, et des gens qui ne pos­sèdent pas : les bras, les ou­vriers. Et ré­gu­liè­re­ment, les gens vont se battre. Du temps de Zo­la, c’était pour de meilleures condi­tions de tra­vail. Après, ça a été pour les congés payés. Après, pour ga­gner un peu plus. Et puis au­jourd’hui, on se bat pour gar­der son tra­vail. Le gron­de­ment est là tout le temps, c’est le slo­gan qui change. La co­lère est en marche. En­fin, on ne peut même plus dire ça. C’est ter­rible, il nous a ni­qués avec ça.

Jus­te­ment vous par­liez de rin­gar­di­sa­tion de la lutte des classes. Ce­lui qui re­pré­sente ça au­jourd'hui, c'est Em­ma­nuel Ma­cron. Qu'est-ce que ça vous fait quand vous l'en­ten­dez dire que la co­lère so­ciale n'existe pas, dire aux che­mi­nots qu'ils prennent les gens en otage ou al­ler voir les ou­vriers de Whirl­pool pour leur dire, en gros : « On peut rien pour vous »?

Mais la sé­quence de Whirl­pool est ex­tra­or­di­naire. J’avais écrit ma scène avant de voir la sé­quence in­té­grale de Ma­cron chez Whirl­pool. Dans le film, le conseiller so­cial de l’Ely­sée dit : « Dans notre

consti­tu­tion, un en­tre­pre­neur ouvre et ferme son usine quand il veut. » Ma­cron dit exac­te­ment la même chose à Whirl­pool. Dans la sé­quence, Ruf­fin prend la pa­role, vrai­ment bien, il dit des choses. Ma­cron re­prend la pa­role der­rière, avec un tel aplomb, comme quand il dit aux aides soi­gnants qui lui ex­pliquent leurs dif­fi­cul­tés :« J’en­tends ce que vous me dites mais il faut bien chan­ger l’or­ga­ni­sa­tion de l’hô­pi­tal. » Donc glo­ba­le­ment : « J’en ai rien à foutre. » Donc on va al­ler vers un sys­tème où il n’y au­ra pas que les in­té­rêts des in­di­vi­dus, des ma­lades etc. mais aus­si le bi­lan comp­table. Et je ne doute pas un quart de se­conde que Ma­cron pour­ra se fé­li­ci­ter d’avoir ra­me­né le dé­fi­cit à tel ni­veau, d’avoir tel PIB etc. Mais si on re­garde ce sur quoi ce se­ra construit, la bru­ta­li­té so­ciale, je ne pense pas que ce se­ra une vic­toire. C’est un phé­no­mène de foire le mec. De­ve­nir Pré­sident de la Ré­pu­blique à 39 ans, avec tout ce qu’il a fait, la ma­nière dont les pla­nètes s’alignent etc. On n’ose­rait même pas le mettre dans un scé­na­rio parce que ça fait trop de ha­sards heu­reux. Il a eu l’in­tui­tion de se mettre à un en­droit du dis­cours po­li­tique pour ar­ri­ver au pou­voir. Et à ce mo­ment-là, mettre en oeuvre une idéo­lo­gie. Car il a une idée du monde. Quand il était mi­nistre avec Hol­lande, et même avant ça, l’idéo­logue dans les cou­loirs de l’Ely­sée, ce n’était pas Fran­çois Hol­lande, c’était lui. Fran­çois Hol­lande, c’est un homme qui n’a ja­mais été por­teur d’une idée du monde. Quand il dit : « Mon en­ne­mi, c’est la fi­nance », c’est la grande tra­hi­son. On a tous vou­lu y croire. Si la fi­nance a les cou­dées franches, c’est qu’il y a des lois qui ont été vo­tées par des po­li­tiques pen­dant des di­zaines d’an­nées pour que ce sys­tème existe tel qu’il existe. Une des ver­tus des hommes po­li­tiques, c’est d’en­ca­drer des mé­ca­nismes qui sont mis en place par des gens qui n’ont pas d’autres in­té­rêts que des in­té­rêts fi­nan­ciers. Le grand terme d’Em­ma­nuel Ma­cron, c’est son « en même temps ». Mais ça se ré­sume à « flexi-sé­cu­ri­té ». Et très hon­nê­te­ment, du flexi, j’en vois va­che­ment avec ses nou­velles or­don­nances. De la sé­cu­ri­té, j’ai­me­rais bien sa­voir où.

Comment vous ob­ser­vez les com­mé­mo­ra­tions pour les 50 ans de mai 68?

On court tou­jours après des fan­tasmes. Ça de­vient de l’im­pos­ture. Moi j’avais deux ans en mai 68. C’est une chose dont on a ja­mais vrai­ment par­lé avec mes pa­rents. Ils n’étaient pas en train de crier leur co­lère mais ils n’étaient pas pour au­tant du cô­té de De Gaulle. Mais ce sont des gens qui n’ont pas pris la pa­role, comme beau­coup beau­coup de gens. Ce qui est in­té­res­sant de consta­ter, c’est que c’est une co­lère étu­diante et une pen­sée ul­tra po­li­ti­sée par les étu­diants qui a fait naître ce mou­ve­ment. Ça a en­suite été re­layé par les ou­vriers, etc. Quand je vois tous ces étu­diants de Tol­biac, je trouve ça ex­cellent. Ils disent quelque chose de notre monde. Ils vont ren­trer dans le monde. C’est lié à la sé­lec­tion sur or­di­na­teur. C’est ça qu’ils sai­sissent mais plus in­cons­ciem­ment, c’est des gens qui vont ren­trer dans la vie ac­tive dans très peu de temps et il y a quelque chose qui les dé­range pro­fon­dé­ment là-de­dans, dans le fait de par­ti­ci­per à ça. Cer­tains se disent : « Je vais de­voir y par­ti­ci­per. Je le sais. Je suis obli­gé. » Mais je crains que les choses ne puissent pas dé­pas­ser le gron­de­ment. Parce que la pen­sée n’est pas suf­fi­sam­ment struc­tu­rée pour por­ter comme un édi­fice so­lide, une co­lère et une ré­vo­lu­tion.

Est ce que vous pen­sez que le ci­né­ma peut en­core chan­ger un poil l'ordre du monde ?

Ja­mais un livre, un film, une pièce de théâtre ou quoique ce soit n’a ja­mais chan­gé l’ordre du monde. Mais la ver­tu de cer­taines chan­sons, de cer­tains livres et de cer­tains films, c’est d’éclai­rer la route. Dans un monde comme le nôtre, rou­ler avec les phares éteints c’est quand même beau­coup plus dan­ge­reux que de rou­ler avec les phares al­lu­més. Si le film a une ver­tu, c’est d’être une pe­tite torche au mi­lieu d’autres torches. Je me sou­viens, quand j’ai vu le do­cu­men­taire de Jé­rôme Pal­teau sur les Con­ti, j’ai été bou­le­ver­sé par le groupe, et la ca­pa­ci­té de lutte. Quand le groupe de Con­ti ar­rive à Ha­novre, c’est à pleu­rer. Quand ils disent : « Alle zu­sam­men, alle zu­sam­men! ( Tous en­semble, ndlr) », c’est bou­le­ver­sant. Il y a quelque chose dans le col­lec­tif qui m’a beau­coup tou­ché. C’était avant La Loi du mar­ché. C’était le dé­but du dé­sir de mettre en scène le groupe. Avant j’étais com­plè­te­ment an­gois­sé dès qu’il y avait plus de trois per­sonnes sur le pla­teau. Et là, sans Lexo­mil, sans drogues, sans rien, j’ai pu le faire.

« Charges so­ciales, ça veut dire que t’as un sac à dos avec des cailloux »

D'où vient votre in­té­rêt pour ces thé­ma­tiques de rap­ports entre classes, qui tra­versent tous vos films ? Pas seule­ment La Loi du mar­ché et En guerre mais aus­si Ma­de­moi­selle Cham­bon et Une vie qui traitent ces ques­tions dif­fé­rem­ment...

Ce n’est pas so­cial. Ce n’est pas parce que je suis né dans un mi­lieu mo­deste que je suis en co­lère. Il y a des rai­sons très in­times, très per­son­nelles. Mais quelque chose qui a tou­jours culti­vé ma co­lère, c’est d’en­tendre chez moi : « Ça, Sté­phane, ce n’est pas pour nous. » De­puis tout pe­tit, je me sou­viens d’avoir eu cette ré­ac­tion élec­trique : « Mais pu­tain, en quoi c’est pas pour nous ? En quoi moi, je n’ai pas le droit d’avoir comme les autres ? En quoi ? » Mais c’était pro­fon­dé­ment an­cré dans la tête de ma mère : il y avait des choses qui ne nous étaient pas ac­cor­dées. Ça m’a tou­jours mis dans une grande co­lère. Parce que le tan­go, ça se danse à deux. S’il y a des gens qui ont dé­ci­dé qu’ils avaient un as­cen­dant sur les autres, c’est qu’il y en a aus­si d’autres qui ac­ceptent que des gens aient un as­cen­dant sur eux. Je viens d’un monde où on ferme sa gueule, où on baisse la tête. J’étais dans un ly­cée de ban­lieue à Bré­ti­gny et fi­na­le­ment je suis al­lé un pe­tit peu dans le centre-ville de Rennes, pour boire des coups, en pre­mière et ter­mi­nale.

Vous avez dé­jà sen­ti du mé­pris de classe dans le ci­né­ma fran­çais ? Et comment vous vous sen­tez dans un en­vi­ron­ne­ment comme le Fes­ti­val de Cannes où vous al­lez pré­sen­ter le film ?

Quand vous êtes à Cannes, il n’y a plus de pro­blèmes. Vous êtes in­vi­té à la table. Il n’y a plus de pro­blème. Là c’est des pro­blèmes de riches. Ce que je trouve ex­tra­or­di­naire avec Cannes, c’est qu’on ait in­ven­té un dé­cor, paillettes, ta­pis rouge, tra­la­la, co­tillons et tout ce qu’on veut au ser­vice du ci­né­ma d’au­teur. Un ci­né­ma qui, pour la ma­jo­ri­té, re­garde le monde. Al­lez, ve­nez. Un truc très fas­tueux et clin­quant, pour em­me­ner les gens très tran­quille­ment sur un ta­pis rouge, en robe de soi­rée pour les em­me­ner dans une salle où ils vont se prendre la réa­li­té du monde dans la gueule. On dit sou­vent que la dif­fé­rence entre le foot et le Fes­ti­val de Cannes, c’est qu’au fes­ti­val, c’est des riches dans la salle qui viennent voir des pauvres à l’écran alors qu’au match de foot, c’est des pauvres dans le stade qui vont voir des riches sur le ter­rain. Après, est-ce qu’il y a du mé­pris de classe ? Si je ré­ponds non, peut-être que je me men­ti­rais et si je ré­ponds oui, je passe pour un pa­ra­no. Donc je perds. À tous les coups. •

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