FRAN­ÇOIS DA­MIENS

So Film - - Sommaire - PRO­POS RECUEILLIS PAR RA­PHAËL CLAIREFOND - PHOTOS : MA­THIEU ZAZZO

In­ter­view sans em­brouilles. Fleu­ron de l’hu­mour belge tru­cu­lent, Fran­çois Da­miens reste dis­cret et ne hausse ja­mais la voix. Tout le contraire de la fi­gure du beauf en­com­brant et crade qu’il ra­nime dans Mon Ket. L’oc­ca­sion de conver­ser sur la gen­tillesse des Belges, les per­ruques, la voile et la dif­fi­cul­té de suivre le rythme im­po­sé par Be­noît Poel­voorde en tour­née.

Fleu­ron de l'hu­mour belge tru­cu­lent, Fran­çois Da­miens reste dis­cret et ne hausse ja­mais la voix. Tout le contraire de la fi­gure du beauf en­com­brant et crade qu'il ra­nime dans Mon Ket, sa pre­mière réa­li­sa­tion ra­con­tant, d'une ca­mé­ra ca­chée à l'autre, les mésa­ven­tures d'un tau­lard en ca­vale. L'oc­ca­sion de conver­ser sans em­brouilles sur la gen­tillesse des Belges, les per­ruques, la voile et la dif­fi­cul­té de suivre le rythme im­po­sé par Be­noît Poel­voorde en tour­née.

Les ca­mé­ras ca­chées, vous avez com­men­cé très tôt non ? Vers 15-16 ans, je me suis mis à faire des say­nètes, des fausses in­ter­views de foot­bal­leurs, des ca­nu­lars té­lé­pho­niques, et puis j’ai com­men­cé des études de com­merce ex­té­rieur. J’ai fi­ni au mois de juin et le 1er juillet, je fai­sais des ca­mé­ras ca­chées. Je n’ai ja­mais fait que ça en fait, je n’ai ja­mais eu d’autre mé­tier. Bon, plus jeune j’ai tra­vaillé dans un vieux bar en bois avec deux cents bières dif­fé­rentes sur la GrandP­lace à Bruxelles. C’est gé­nial, tu vois des pe­tits couples illé­gi­times qui ar­rivent le lun­di à 15 heures, qui se prennent la main... T’écoutes les conver­sa­tions, c’est su­per. Quand on nous par­lait mal, il y avait des ser­veurs qui cra­chaient dans les consom­ma­tions, etc. Moi non, si un mec me sif­flait, j’ar­ri­vais di­rect sur lui, je pre­nais la com­mande et ja­mais je le ser­vais. C’était tou­jours : « J’ar­rive, j’ar­rive, j’ar­rive, deux se­condes ! » Ça mon­tait, ça mon­tait... Au bout d’un mo­ment, le client par­tait et je di­sais : « C’est con, elle était prête la com­mande ! »

Au mo­ment de vos études, vous avez pas­sé quelques mois en Aus­tra­lie. Une ex­pé­rience for­ma­trice ?

J’étais par­ti pour faire un stage et en fait ils n’avaient pas be­soin de moi donc je me suis ar­ran­gé avec le mec. Je lui ai pré­pa­ré les fax men­suels à mon école pour les six pro­chains mois. Sauf qu’en fé­vrier, je réa­lise que j’ai en­voyé ce­lui du mois d’avril avec mes ab­sences et tout ! J’ai ap­pe­lé di­rec­te­ment mon prof, je l’ai ré­veillé en pleine nuit, il m’a rac­cro­ché au nez. Je suis quand même par­ti et je rap­pe­lais la boîte tous les jours pour sa­voir s’il avait rap­pe­lé. Donc j’ai voya­gé un peu le cul ser­ré pen­dant un mois. Dé­jà que je n’étais pas cré­dible quand j’ai dit que je vou­lais faire mon stage de fin d’études en Aus­tra­lie... Stage de surf, oui ! Je me suis re­trou­vé dans une au­berge de jeu­nesse, je suis res­té dix jours. Au bout du dixième jour, j’étais le plus an­cien du truc, j’étais de­ve­nu le G.O., j’or­ga­ni­sais des tour­nois de ping­pong. La veille de mon dé­part on a fait une grande fête sauf que le len­de­main, je rate le bus, ils m’ont vu re­ve­nir et je suis en­core res­té trois se­maines. Ça ne t’ar­rive plus ja­mais dans la vie un truc comme ça. J’ai ado­ré ce voyage. J’avais un tout pe­tit sac à dos avec rien de­dans. La li­ber­té ab­so­lue, l’in­sou­ciance.

Pour vos ca­mé­ras ca­chées, vous chi­nez vos per­ruques dans les bro­cantes, non ?

Oui, je fais des courses toute l’an­née comme ça. Dès que je suis dans un ma­ga­sin, je pense tou­jours à des dé­gui­se­ments. Je ne me dis pas : « Je vais tour­ner dans dix jours, je vais chi­ner. » C’est toute l’an­née, dès que je vois un sweat-shirt hor­rible, boum je l’achète et je peux le res­sor­tir quand j’en ai be­soin. Du coup, j’ai une gar­de­robe énorme, pire qu’une femme ! Des va­lises en­tières, genre deux cents paires de lu­nettes, des per­ruques, des mous­taches, des faux ongles, des bi­joux, des bottes de cow-boy... C’est même une source d’ins­pi­ra­tion, par­fois tu pars du dé­gui­se­ment.

Et là pour Mon Ket, ça vous a ins­pi­ré ?

Je vou­lais que ce soit un type qui n’en a rien à foutre de ce qu’il met, qui porte des trucs qu’il re­çoit, qu’il ré­cu­père... Il peut mettre le même pull pen­dant quinze jours et c’est quand il le perd qu’il ar­rête de le mettre. Quand il l’a ou­blié dans un bar. Il peut mettre un sur­vê­te­ment avec un pull en laine et rien en des­sous par exemple. Et puis des pe­tites chaus­sures molles. Il y a aus­si les ongles sales, les ta­touages... On voit que le mec a fait de la tôle. Le vé­ri­table an­cien pri­son­nier que je ren­contre par ha­sard dans la salle d’at­tente d’un hô­pi­tal, sur ses mains, tu vois les ta­touages, tu com­prends tout de suite. D’ailleurs j’étais scot­ché, ça se voit sur ma tête quand il re­con­naît l’agent pé­ni­ten­tiaire qui parle à la té­lé... C’était un vrai pri­son­nier, je me suis dit : « Ouch. J’es­père qu’il va ac­cep­ter, qu’il n’est pas en ca­vale ou ar­mé... » Au fi­nal, au­cun pro­blème.

Ob­te­nir l'au­to­ri­sa­tion des gens pour fi­gu­rer dans vos ca­mé­ras ca­chées, c'est fa­cile ?

99 % des gens ont ac­cep­té. C’est pour ça aus­si que je vou­lais tour­ner en Bel­gique. J’ai l’im­pres­sion que les Belges ont plus le temps que les Fran­çais qui sont tou­jours pres­sés. En France, quand on fait une ca­mé­ra ca­chée, on te dit : « D’abord, t’as pas à prendre mon temps comme ça. Deuxiè­me­ment y’a un droit à l’image. Troi­siè­me­ment, j’ai pas à te ré­pondre et t’as pas à me fil­mer à mon in­su, tu vas avoir des nou­velles de mon avo­cat.... » T’as l’im­pres­sion que t’es dé­jà en pro­cès, quoi. En Bel­gique, la pre­mière ques­tion qu’on te pose c’est : « Ça passe quand ? »

Vous avez dé­jà eu peur sur cer­tains de vos tour­nages ?

Je me sou­viens d’un tour­nage en Corse, un di­manche ma­tin à 10 heures, j’étais avec des pe­tits scouts et on son­nait chez les gens pour leur de­man­der des conserves. Le but, c’était de leur en de­man­der tou­jours un peu plus. Bah fais ça à un Corse... Quand il s’aper­çoit qu’il y a des ca­mé­ra­mans plan­qués dans son jar­din, il sort vite son pé­tard. Je l’ai fait une fois, deux fois... Deux fois, les types sont sor­tis ar­més. Là, j’ai dit à l’équipe : « On va ar­rê­ter parce qu’il y en a un qui va se prendre un plomb... » D’ailleurs, après on a fait un sketch dans une ar­mu­re­rie tou­jours en Corse, tu re­mar­que­ras dans la vi­déo, il n’y a que des clients en t-shirt, parce que ceux qui avaient une veste, on ne sait ja­mais ce qu’il y a en des­sous. Mais le pire que j’ai fait, c’est la Suisse, c’est les pires clients. À la fin, tu leur dis : « C’est une ca­mé­ra ca­chée ! » Ils te ré­pondent : « Et ? »

On parle beau­coup des « vrais gens », « les gens du peuple »... Est-ce que vous avez peur par­fois de pro­duire un re­gard mo­queur ?

Moi, ça peut pa­raître pré­ten­tieux, mais je vou­lais faire un film an­thro­po­lo­gique. Ce qui m’in­té­resse, c’est la réa­li­té et le cô­té au­then­tique des gens. Les vrais gens dans le bon sens du terme. Quand je dis « les gens de la rue », ça n’a au­cune conno­ta­tion, c’est ceux qui sont sur mon pas­sage. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est que les gens sont su­per gen­tils. On est tous les mêmes. Je pense tou­jours à cette phrase de Brel qui dit : « On a peur des mêmes choses, on rit des mêmes choses, on a be­soin d’être ai­més, d’être pris dans les bras... » C’est peut-être dû à la pé­riode qu’on tra­verse aus­si, après ces sa­lo­pe­ries d’at­ten­tats. C’est un peu comme quand vous vous êtes éner­vé très fort sur quel­qu’un, la per­sonne que vous ren­con­trez juste après, vous avez en­vie d’être gen­til avec elle. Comme pour vous prou­ver que vous n’êtes pas mé­chant.

"Le Corse, quand il s'aper­çoit qu'il y a des ca­mé­ra­mans plan­qués dans son jar­din, il sort vite son pé­tard. "

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