Sé­rie noire D'ALAIN COR­NEAU ( 1979)

So Film - - Blind Test -

Mon pro­chain film, Le Daim, va se faire avec Jean Du­jar­din et on n'a pra­ti­que­ment pas par­lé de Bé­bel, alors que je sais que c'est im­por­tant pour lui. Quand je l'ai ap­pro­ché la pre­mière fois pour lui pro­po­ser Le Daim, il m'a ré­pon­du : « Je le fais ton film ! Ça peut être mon Sé­rie noire. » Je n'avais pas pro­je­té le scé­na­rio comme ça, mais après tout il n'a pas for­cé­ment tort… Di­sons que Le Daim, ce n'est pas aus­si sombre que Sé­rie noire, c'est plus fun­ky. Mais comme on s'est re­trou­vés sur cette ré­fé­rence avec Du­jar­din on a com­men­cé à s'en­voyer par té­lé­phone de pe­tits ex­traits du film de Cor­neau : no­tam­ment la scène où Pa­trick De­waere pète les plombs seul dans sa ba­gnole. Elle fout quand même tou­jours le fris­son, cette scène.

On ne t'a pas de­man­dé quel était ton rap­port aux films de la Nou­velle Vague ?

S'il y a bien un réa­li­sa­teur fran­çais qui m'a in­té­res­sé au­tant que Blier, c'est Go­dard. Plus qu'in­té­res­sé – ça m'a presque pas­sion­né, Go­dard. Il se per­met des trucs que très peu de ci­néastes osent se per­mettre. Il bi­douille, il in­vente. Go­dard, pour moi, c'est aus­si un mec qui t'au­to­rise à faire du ci­né­ma. Après, d'ac­cord, il livre des films un peu pe­sants, tu peux par­fois t'em­mer­der pen­dant une de­mi-heure, mais comme tu as aus­si la ou les sé­quences brillantes, à l'ar­ri­vée ça reste très au-des­sus. Donc quand on me dit : « L’ombre de Go­dard, c’est té­ta­ni­sant pour un réa­li­sa­teur fran­çais » , mais alors pas du tout. S'il y a bien un mec qui prouve à ceux qui viennent der­rière qu'ils ont le droit de faire du ci­né­ma, c'est lui. Pour moi, c'est le ci­néaste qui vous au­to­rise tout, vous li­bère de tous les for­mats, toutes les contin­gences d'his­toire, de cadre. Quand tu es ga­min et que tu n'as vu que La Grande Va­drouille, dé­cou­vrir Go­dard, c'est com­prendre que tu as le droit de fil­mer en contre-jour pen­dant dix mi­nutes. Ce qui me pèse dans le ci­né­ma fran­çais, c'est ce truc aca­dé­mique, avec le bel ap­par­te­ment bour­geois, les con­ver­sa­tions raf­fi­nées, la pe­tite pin­cée de so­cial… Là, en tant que fan de Car­pen­ter, je me sens mis de cô­té. Parce que mon truc, à l'ori­gine c'est quand même le bri­co­lage. Bon, il faut que j'ar­rête de dire ça. On di­rait une phrase à la Di­dier Su­per. •

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