AJA, l’équipe de Coupe par ex­cel­lence

Une pre­mière fi­nale (per­due) en 1979 alors que l’AJA était en­core en D2, une pre­mière vic­toire en 1994, une deuxième en 1996 – l’an­née du titre de cham­pion de France –, une troi­sième en 2003, une qua­trième en 2005 (la der­nière de Guy Roux), puis une fi­nal

So Foot Club - - SOMMAIRE - PAR MARC HERVEZ. PHOTOS: PANORAMIC / AR­CHIVES FFF

Mer­ci pour ces mo­ments Le dou­blé Coupe-Championnat La re­lève

Le coup de com’ est su­perbe. Dur de sa­voir si le geste a été spon­ta­né ou ré­flé­chi, tant le sor­cier Guy Roux est pas­sé maître dans l’art de jouer de son image de pay­san dé­bon­naire, lui qui fait ré­fé­rence au ter­roir ou à la culture de la terre dès qu’il le peut. Nous sommes le 4 mai 1996, au Parc des Princes, et Auxerre, le club qu’il en­traîne de­puis 1961, vient de ga­gner sa deuxième Coupe de France après celle de 1994, aux dé­pens de Nîmes (2-1). Cette édi­tion 1996 est celle des pe­tits pou­cets par ex­cel­lence: Auxerre, un club de pa­tro­nage d’une ville de 35 000 ha­bi­tants, monte à la ca­pi­tale, après avoir bat­tu le PSG, l’OM ou en­core Lyon (les trois plus grosses villes de France) lors des tours pré­cé­dents, pour y af­fron­ter un club de Na­tio­nale 1, la troi­sième di­vi­sion de l’époque. Les cro­co­diles nî­mois ont mul­ti­plié les ex­ploits tout au long de leur par­cours, en sor­tant trois équipes de D1. Dans l’his­toire de la coupe, c’est la pre­mière for­ma­tion is­sue d’un tel ni­veau à at­teindre ce stade de l’épreuve. Mieux, les Nî­mois me­naient 1-0 à la mi-temps. Alors, à la fin du match, en guise d’hom­mage, Guy Roux in­vite Pierre Bar­la­guet, le coach de son ad­ver­saire du soir, à sou­le­ver le tro­phée avec lui en tri­bunes. Les deux en­traî­neurs mettent cha­cun une main sur les anses de la coupe. Les pho­to­graphes se dé­lectent de la scène. Très jo­li coup mé­dia­tique réa­li­sé par le sor­cier bour­gui­gnon. Deux ans plus tôt, le pro­to­cole d’usage avait dé­jà été cham­bou­lé, lors du pre­mier titre des Auxer­rois. Sur ordre de leur pré­sident Lou­lou Ni­col­lin, les joueurs de Mont­pel­lier, bat­tus sans ap­pel 3-0, se mettent en ligne et ap­plau­dissent les vain­queurs, là où en gé­né­ral les mal­heu­reux fi­na­listes filent ra­pi­de­ment aux ves­tiaires pour di­gé­rer la dé­cep­tion. Dur de sa­voir ce qu’il lui a pris. Si ce n’est que ce mo­deste club de pro­vince sus­cite la sym­pa­thie.

Quatre tro­phées en onze ans

“Sym­pa”, c’est jus­te­ment l’ex­pres­sion qui convient à la Coupe de France, pour ne pas dire la coupe de la France, cette com­pé­ti­tion ou­verte à tous les clubs af­fi­liés à la Fé­dé­ra­tion fran­çaise de foot­ball. C’est aus­si le qua­li­fi­ca­tif em­ployé lors­qu’il s’agit d’évo­quer le par­cours hé­roïque d’une équipe ama­teur qui en­chaîne les ex­ploits face aux pen­sion­naires de Ligue 1 et Ligue 2. C’est peut- être pour ça que l’AJA et Guy Roux en par­ti­cu­lier ont tou­jours en­tre­te­nu une re­la­tion par­ti­cu­lière avec la prin­ci­pale coupe na­tio­nale. Entre 1994 et 2005, les Bour­gui­gnons mettent quatre fois la main sur le tro­phée. Pas mal. Énième sym­bole, c’est d’ailleurs à l’is­sue de cette der­nière vic­toire en

“Après le match, les joueurs se sont chan­gés dans mon bu­reau au mi­nis­tère avant de par­tir pour le Li­do. Et ils sont re­ve­nus re­prendre leurs af­faires au pe­tit ma­tin, un peu grog­gy.” Guy Roux, après la fi­nale de 1979 contre Nantes.

date, face à Sedan, que l’en­traî­neur au bon­net an­nonce sa re­traite aux ca­mé­ras de TF1. C’est grâce à la Coupe de France éga­le­ment que la der­nière gé­né­ra­tion pré­sen­tée comme do­rée en Bour­gogne, celle de Ka­po, Cis­sé et Mexès, a pu va­li­der les éloges qui lui étaient adres­sés par une ligne au pal­ma­rès, en triom­phant du PSG au Stade de France en 2003 (2-1). En 2015, les Auxer­rois re­vien­dront – cette fois sans leur coach em­blé­ma­tique – en fi­nale, mais s’in­cli­ne­ront face au PSG, dans la peau du pe­tit pou­cet: de­puis 2012, l’AJA évo­lue en Ligue 2. Comme en 1979, quand les hommes de Guy Roux furent vain­cus en fi­nale face à Nantes après pro­lon­ga­tion (4-1). “Pour moi, 1979, c’est le point de dé­part de l’as­cen­sion de l’AJA vers le haut ni­veau, note Jean-Pierre Sois­son, maire his­to­rique d’Auxerre de 1971 à 1998 et pré­sent au Parc des Princes lors de cette fi­nale en tant que mi­nistre des Sports. À l’époque, on est en­core un pe­tit club. L’an­née sui­vante, le club monte en D1. Après le match, les joueurs se sont chan­gés dans mon bu­reau au mi­nis­tère avant de par­tir pour le Li­do. Et ils sont re­ve­nus re­prendre leurs af­faires au pe­tit ma­tin, un peu grog­gy.” Signe que le club était ame­né à briller dans cette com­pé­ti­tion, il avait sor­ti cette an­née-là en de­mi-fi­nales le fu­tur cham­pion de France, Stras­bourg, pri­vant ain­si le club al­sa­cien d’un hy­po­thé­tique dou­blé. Plus fort en­core: à l’époque, le for­mat des confron­ta­tions était en al­ler-re­tour.

1978, l’an­née zé­ro

En réa­li­té, si 1979 marque les dé­buts de l’his­toire d’amour entre l’AJA et la Coupe de France, l’an­née zé­ro peut être da­tée un an plus tôt. Lors d’une Coupe de France fic­tive, à la­quelle prennent pour­tant part plu­sieurs membres de l’équipe auxer­roise de l’époque. Ins­pi­rés par le par­cours de Guin­gamp (alors simple équipe de ni­veau ré­gio­nal) lors de l’édi­tion 1973, Jean-Jacques An­naud et Fran­cis Ve­ber se lancent dans l’écri­ture et la réa­li­sa­tion du film Coup

de tête, cen­sé re­la­ter l’épo­pée d’un club de vil­lage en Coupe de France et le quart d’heure de gloire d’un at­ta­quant lo­cal, in­car­né par Pa­trick De­waere. Comme un sym­bole, en 1978, les scènes de match sont tour­nées à l’Ab­bé-Des­champs, en marge d’un Auxerre-Troyes. Alors que Guy Roux est car­ré­ment cré­di­té au gé­né­rique du film en tant que conseiller tech­nique, l’équipe fic­tive de Trin­camp re­vêt les maillots ajaïstes, frap­pés du lo­go Chaillo­tine, pour les be­soins du tour­nage. Un spon­sor qui sent bon la France d’en bas. Un an plus tard, l’an­née de la sor­tie du film, la réa­li­té dé­pas­sait la fic­tion, et ces mêmes maillots bleus mou­lants (RTL rem­pla­çant la marque de vo­laille) se re­trou­vaient au Parc des Princes en fi­nale de la Coupe de France, face à Nantes, donc. S’il s’agit d’une co­mé­die dra­ma­tique sur fond de ven­geance, le film de Jean-Jacques An­naud est aus­si une ode au quart d’heure wa­rho­lien et à la no­to­rié­té éphé­mère. Jus­te­ment, Guy Roux comme la Coupe de France cultivent l’idée qu’à force de tra­vail et de pa­tience,

Dji­bril Cis­sé dans les ves­tiaires après la vic­toire de 2003

Guy Roux, tou­jours en 1979

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