Gros Per­so.

So Foot - - SOMMAIRE -

Star mon­tante du rap fran­çais, Jos­man évoque sa pas­sion pour Ca­va­ni, son dé­goût de Pas­tore, mais aus­si les coups de pres­sion de sa mère. Sa­vou­reux.

Fils d’un ex-in­ter­na­tio­nal congo­lais et an­cien agent de net­toyage au Parc des Princes, Jos­man est de­ve­nu l’un des plus pro­met­teurs rap­peurs du praf, le pay­sage rap fran­çais. Au point que Ney­mar a même re­pris l’un de ses titres pour sa der­nière cam­pagne de pub. Pas mal pour un type qui vient du Cher.

C’EST MON DA­RON QUI M’A INI­TIé AU FOOT. Il y a joué en club, mais aus­si avec la sé­lec­tion du Con­go. Il était dans l’équipe du Con­go juste avant ou juste après le mon­dial 74, je sais plus. Il jouait ai­lier gauche, donc il m’a don­né l’amour du nu­mé­ro 11. Il fait aus­si de la mu­sique, il a un groupe avec ses potes, il joue de la gui­tare. Mon père a ap­pris tout seul, en au­to­di­dacte. Plus jeune, il m’a payé des cours de pia­no mais je m’étais em­brouillé avec le pro­fes­seur… Quand j’étais pe­tit, j’étais tur­bu­lent, un peu hy­per­ac­tif.

J’AI JOUé EN CLUB DE 9 à 19 ANS. Beau­coup à l’Églan­tine, un peu à Vier­zon Foot, mais main­te­nant, ils ont fu­sion­né. À l’époque, il y avait des der­bys. Ça criait, ça s’in­sul­tait. Le der­nier que j’ai joué, on l’a ga­gné et j’ai même mar­qué! J’ai ar­rê­té le foot quand je suis ar­ri­vé à Pa­ris. J’ai joué vite fait avec la fac de Cré­teil et je me suis bles­sé. Mais plus jeune, avec tous mes potes, on rê­vait de foot… Par­fois, je re­çois des mes­sages de gens avec qui je jouais et qui écoutent mes sons… Au fond, je sais pour­quoi je ne suis pas de­ve­nu pro: Je n’étais pas as­sez sé­rieux phy­si­que­ment et tac­ti­que­ment. Je sa­vais dé­jà que tant que je ne fai­sais pas ces ef­forts-là, je n’al­lais pas y ar­ri­ver. Et j’ai com­men­cé à fu­mer… Main­te­nant, même les ur­bans, je ga­lère!

J’AI UN SON QUI PARLE DE RO­NAL­DO, MêME SI

J’ éTAIS SUR­TOUT TRèS RO­NAL­DIN­HO. Tout était fa­cile pour lui. Je ne l’ai ja­mais vu to­ta­le­ment sé­rieux du­rant un match. Mon rap, je le ver­rais plus sur du Ro­nal­din­ho… Tech­nique, avec le sou­rire!

JE SUIS Né EN FRANCE, DONC SI J’ AVAIS éTé PRO,

J’ AU­RAIS JOUé POUR LES BLEUS. Même mon da­ron m’au­rait dit: “Joue

pour l’équipe de France et va ga­gner la coupe du monde!” L’Afrique, j’y suis re­tour­né en 2013. Là-bas, j’ai joué sur un ter­rain en sable. J’avais honte car j’étais le seul en chaus­sures, je les ai en­le­vées di­rect! C’était une ex­cel­lente ex­pé­rience, car comme tu joues pieds nus, les types te trouvent nul. Tu n’as pas for­cé­ment les bons ap­puis, tu tombes sur une mi­ni-dune de sable. Sur­tout, il n’y a pas de règles! Tu prends des coups d’épaule, des ba­layettes! Les mecs ont dû pen­ser: “Ah bon, t’es Fran­çais? Eh bien, viens voir, on va te mon­trer!”

JE SUIS UN GROS FAN DE MAN­CHES­TER UNI­TED. Je de­vais avoir 6-7 ans quand je suis al­lé voir une par­tie de ma fa­mille qui ha­bite à Londres. À mon ar­ri­vée, mon grand cou­sin et son père m’ont fi­lé un faux maillot du bled flo­qué Uni­ted! (Rires) Ce­lui de la sai­son 98. Un an plus tard, l’équipe rem­por­tait la ligue des cham­pions. De­puis, c’est à vie! Uni­ted a une âme… Bon, c’est vrai que si tu prends l’en­ve­loppe des trans­ferts du club, tu peux faire vivre dix gé­né­ra­tions à un conti­nent, mais c’est l’un des rares où tu trouves des nu­mé­ros lé­gen­daires en de­hors du 10. Le nu­mé­ro 7 est dur à por­ter par exemple.

EN FRANCE, JE SUIS LE MEC QUI RE­TOURNE LE PLUS SA VESTE! Mon père était pour Mar­seille, donc j’ai eu une pé­riode OM. Quand Ro­nal­din­ho est ar­ri­vé à Pa­ris, j’étais pour Pa­ris. Quand il est par­ti, j’avais plus vrai­ment d’attaches avec le PSG. Après, c’était mon époque des at­ta­quants, des nu­mé­ros 11, des Re­nois qui mar­quaient des buts. Si des gars comme Drog­ba ou Niang avaient joué pour Lo­rient, j’au­rais été pour Lo­rient! Quand Niang était à Stras­bourg, j’étais pour Stras­bourg.

MON GARS, C’ EST CA­VA­NI! Je n’ai ja­mais vu un bat­tant comme lui. Pen­dant un mo­ment, j’ai tra­vaillé au Parc des Princes en tant qu’agent de net­toyage. Du­rant les en­traî­ne­ments, je le voyais et je di­sais: “Vous al­lez

voir, ce mec-là va mettre des coups francs!” Mes potes m’in­sul­taient. Mais moi, je sa­vais qu’il était nul juste parce qu’on lui chiait des­sus. Par contre, je n’ai ja­mais vrai­ment ai­mé Pas­tore… Il est très fort tech­ni­que­ment, mais il est si lent… Tu sens que le mec se donne à fond, mais il peine… Il ga­lère!

L’IN­DUS­TRIE DU FOOT PART EN COUILLE… Les mon­tants sont de plus en plus fa­ra­mi­neux, mais on ne peut rien faire. Dans un son, je dis: “La beuh et l’amour pour­raient sau­ver le monde.” Je ne sais pas ce qui pour­rait sau­ver le foot, mais en tout cas, c’est sûr, ça se­ra pas la beuh. Après, je n’ai rien contre les types qui signent en Chine. Si c’est une per­sonne ori­gi­naire des fa­ve­las, j’ai en­vie de lui dire: “Va prendre tes mil­lions et offre dix mai­sons à ta mère!” UN JOUR, JE RE­çOIS UN AP­PEL: “NIKE PRé­PARE UNE MIXTAPE POUR NEY­MAR, ON CROIT SA­VOIR QUE TU L’ AIMES BIEN…” Ils me disent qu’il a sé­lec­tion­né Doo­bie. Je leur dis OK pour qu’ils prennent le mor­ceau. En­suite, plus de nou­velles pen­dant cinq, six mois, jus­qu’à la veille de la pub où on me de­mande de la par­ta­ger sur les ré­seaux so­ciaux. Je ne sais pas s’il a écou­té le son ou même s’il a com­pris les pa­roles… Je n’ai pas en­vie de dire: “Il a kif­fé”, mais ce qui est sûr, c’est qu’il a dû écou­ter au moins une fois les treize sons… J’AVOUE QUE VIS-à-VIS DE MES PA­RENTS, J’ AI UN PEU HONTE DE MA

MU­SIQUE. Je n’ai ja­mais dit un gros mot chez moi sans me prendre une pa­tate… Je sais qu’ils écoutent en ca­chette. Ma mère, elle m’en­voie des tex­tos par­fois, en di­sant: “Je viens de voir le clip et les pa­roles de Doo­bie, La Cage et Dans le vide.” Le mes­sage se ter­mi­nait par un “…”. Elle qui me dit de faire at­ten­tion parce que j’ai un pe­tit frère, une grande soeur et beau­coup de cou­sins!

“Je ne sais pas ce qui pour­rait sau­ver le foot, mais en tout cas, c’est sûr, ça se­ra pas la beuh”

Il a chan­gé, l’ar­rêt Jos­man.

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