Louis van Gaal.

La car­rière de Louis van Gaal a connu une fin aus­si pré­ma­tu­rée que peu glo­rieuse: l’en­traî­neur a été vi­ré de Man­ches­ter Uni­ted. Au point de l’em­pê­cher de trou­ver le som­meil? “Non, je dors comme un bé­bé”, ré­pond ce­lui qui pro­fite de ses in­dem­ni­tés sous le

So Foot - - SOMMAIRE - Par Stef­fie Kou­ters pour de Volks­krant – PAYS-BAS

L’an­cien coach du Bar­ça, du Bayern et de Man­ches­ter Uni­ted est convain­cu d’être un vé­ri­table gé­nie. In­ter­view avec un homme qui a tué la mo­des­tie de­puis long­temps.

“Com­ment font les femmes qui m’abordent? Avec une pho­to. Elles se mettent à cô­té de moi. Ou alors elles s’offrent sur les ré­seaux so­ciaux. Et là, on voit des pho­tos sym­pas…”

Vous vi­vez dé­sor­mais au Por­tu­gal. À quoi pas­sez-vous vos jour­nées? À gol­fer, j’ima

gine. Pour­quoi par­ler de ça en pre­mier? C’est vrai­ment l’une des der­nières choses que je fais au Por­tu­gal.

Dé­so­lé. Au­jourd’hui, les gens du foot­ball et des mé­dias prennent l’avion pour le Por­tu­gal afin de ve­nir me par­ler. In­croyable. Je ne dis qua­si­ment plus rien, mais dès que je fais une dé­cla­ra­tion, c’est com­men­té dans six jour­naux. Alors que j’ai quit­té les ter­rains de­puis bien­tôt deux ans. Beau­coup de gens veulent ob­te­nir quelque chose de moi. C’est di­ver­tis­sant tout en ne l’étant pas, parce que je veux aus­si pro­fi­ter de ma li­ber­té. Je veux faire les choses à ma ma­nière.

Au­tre­ment dit? (Dans un large sou­rire) Du golf, par exemple.

Vous avez per­du plu­sieurs proches ces der­nières an­nées, no­tam­ment votre gendre Rein. Vous avez dit dans une in­ter­view avoir “trou­véun­pe­tit

en­droit­pou­reux”. Com­ment fait-on son deuil? La mort fait par­tie de la vie. Je vais mou­rir, vous al­lez mou­rir. Mon gendre, lui, avait 42 ans. Mort en une jour­née. C’est très dou­lou­reux, très triste. Mais ce sont des choses qui ar­rivent. J’es­saie de ra­tio­na­li­ser cette mort. Je me dé­bar­rasse de cette idée, puis j’ana­lyse. Moi aus­si je veux mou­rir en un jour. C’est mon sou­hait. Mais pas à 42 ans, plu­tôt à 98.

C’est le sou­hait de tout le monde: par­tir vite mais

le plus tard pos­sible. Je ne sais pas. J’ai une vie gé­niale mais ça n’est pas le cas de tout le monde. Tout le monde ne cherche pas à al­ler aus­si loin. C’est la rai­son pour la­quelle les gens se sui­cident, non? Si je perds la vue, à quoi bon vivre? Il y a d’ailleurs une autre forme de mort qui est, en sub­stance, comme un sui­cide.

L’eu­tha­na­sie. Je suis confron­té à ça. Chez les Van Gaal, cette hon­nê­te­té n’est pas tou­jours bien com­prise. Per­sonne dans mon en­vi­ron­ne­ment ne doit ja­mais se mê­ler du fait que je puisse dé­cli­ner. Ma fa­mille sait très bien que je n’ai­me­rais pas ça. Eux-mêmes n’ai­me­raient pas que ça leur ar­rive.

Com­ment une per­sonne hon­nête comme vous sub­siste-t-elle aus­si long­temps dans ce mi­lieu

“im­pur” du foot­ball? J’en suis le pre­mier sur­pris! (Rires) J’ai eu un im­mense suc­cès dans ce mi­lieu, donc je ne pré­fère pas m’at­tar­der là-des­sus. Je dois beau­coup au foot­ball, no­tam­ment de grandes joies. Je trouve que Man­ches­ter Uni­ted s’est oc­cu­pé de mon cas de ma­nière as­sez hor­rible et per­fide. En re­vanche, le pré­sident Nuñez à Bar­ce­lone a gé­ré ça de fa­çon fan­tas­tique. (Il

tape sur la table) Le monde n’est pas seule­ment com­po­sé de gens faux. Au mi­lieu, il y a de la sin­cé­ri­té et de la cha­leur. C’est la rai­son pour la­quelle j’ai cas­sé mon contrat avec Bar­ce­lone, par loyau­té.

À Bar­ce­lone, pas d’in­dem­ni­tés de li­cen­cie­ment?

Non, alors qu’au Bayern Mu­nich, ils m’ont payé jus­qu’au der­nier cen­time. À Man­ches­ter aus­si.

Com­ment évo­lue-t-on à Man­ches­ter avec une épée de Da­mo­clès au-des­sus de la tête pen­dant

six mois? Ça ve­nait sur­tout des mé­dias. Puis, tous ces an­ciens du club sont sou­dai­ne­ment sor­tis du bois pour dire que je pra­ti­quais un foot­ball en­nuyeux. C’était frap­pant, di­ri­gé. Au bout d’un mo­ment, je me suis dit: “Com­ment puis-je en­core faire au­to­ri­té au­près de mes joueurs?” C’est là que j’ai fait des conces­sions dans mon ap­proche en­vers les joueurs.

Faire des conces­sions, ça a dû être dur pour vous.

Il m’a été très dif­fi­cile de me faire vio­lence sur mes prin­cipes, en ef­fet. Mais l’in­verse au­rait cau­sé ma perte.

Vous re­gret­tez par­fois? Non, non, je dors comme un bé­bé. C’est quand je com­mets per­son­nel­le­ment des er­reurs que je dors mal.

Com­ment sup­porte-t-on la pres­sion lors d’un match im­por­tant, sui­vi par 150 mil­lions de té­lés

pec­ta­teurs dans le monde? Je ne me suis ja­mais ren­du compte qu’il y avait tant de gens en train de re­gar­der, que des mil­lions de per­sonnes étaient im­pli­quées. J’étais trop oc­cu­pé pour ça. La pres­sion que je me mets est plus grande que celle que n’im­porte qui d’autre peut me mettre sur le dos. Je suis un fa­na­tique: je veux tout le temps ga­gner. Quand j’avais cinq ou six ans, je pleu­rais quand je per­dais. En gran­dis­sant, tu évo­lues, mais je n’ai ja­mais pu me ré­soudre à perdre. Quand je joue aux cartes avec mes amis –des mecs avec qui je fais ça de­puis qua­rante ans– je peux m’éner­ver très vite. En plus, avec les potes, on a ten­dance à se lais­ser al­ler plus fa­ci­le­ment que face à des in­con­nus.

En­core plus que du­rant vos confé­rences de presse? Bon, en 46 ans, j’ai dû faire vingt

confé­rences de presse, à peine, où je me suis em­por­té. Votre ques­tion est exa­gé­rée. Chaque fois, ma ré­ponse était ar­gu­men­tée mal­gré mes émo­tions. Mais bon, cette ré­ponse va di­vi­ser.

Dans le mail que vous m’avez en­voyé en amont, vous m’avez dit ne pas être un client fa­cile pour les jour­na­listes spor­tifs. Vous l’ad­met­tez?

Oui, je dé­fie les jour­na­listes. Ils n’ont ja­mais ai­mé ça. En­core moins en pu­blic. Cette se­maine, le plom­bier est ve­nu. Vous croyez que je donne mon opi­nion sur les fuites, sur son bou­lot de plom­bier? Non. Je n’y connais rien. Donc je de­mande seule­ment: “Dois-je chan­ger quelque chose?” Le jour­na­liste, lui, donne son opi­nion en confé­rence de presse.

Et si ça fuit tou­jours, même après le pas­sage du plom­bier?

Alors, je dis au plom­bier: “Com­ment se

fait-il que ça conti­nue de fuir?” Là, oui, il donne une ré­ponse. Mais je de­mande tou­jours le pour­quoi et le com­ment. Il faut s’in­ter­ro­ger sur le pour­quoi de mes co­lères en confé­rence de presse. Neuf fois sur dix, c’est pour pro­té­ger quel­qu’un d’autre que moi.

Frank de Boer a dit un jour: “AvecLouis­vanGaal,

tu­peux­te­plan­quer.”

C’est un su­perbe com­pli­ment, et beau­coup de joueurs pensent la même chose. Je pense que ce­la a à voir avec le fait que je sois un en­traî­neur qui en­tre­tient de vraies re­la­tions avec ses joueurs. Avec tout le monde, à vrai dire. Même avec vous, main­te­nant. Même pour une heure et de­mie.

Vous étiez comme un psy­cho­logue pour eux?Vous avez sou­vent son­gé à re­prendre des études de psy­cho­lo­gie.

Une per­sonne douée d’em­pa­thie est dé­jà à moi­tié psy­cho­logue. Pas be­soin de faire d’études pour ça. À la fin de sa vie, ma mère était de plus en plus en op­po­si­tion avec la so­cié­té. Je lui ren­dais vi­site chaque se­maine et je me di­sais:

“Il ne faut pas que je sois comme ça.” Et, en même temps, je com­prends ce­la parce que je res­sens par­fois la même chose.

Les joueurs ont chan­gé, aus­si. Que pen­sez-vous de Mem­phis De­pay et de son ta­touage de lion qui lui couvre tout le dos?

Chaque per­sonne peut choi­sir de s’ha­biller comme elle le sou­haite. Mem­phis fai­sait par­tie de mon équipe, aux PaysBas comme à Man­ches­ter Uni­ted, et je n’ai ja­mais eu à me plaindre de lui ou de ses te­nues. Après tout, je m’ha­bille aus­si à ma fa­çon. Vous en voyez en­core beau­coup des gens avec des cra­vates, vous? Moi, j’ai tou­jours une cra­vate au­tour du cou.

Et si vos filles dé­bar­quaient avec un ta­touage gros comme ça?

Ja­mais. C’est une ques­tion d’édu­ca­tion, je le pense sin­cè­re­ment.

Il pa­raît que votre femme, Truus, en­voyait par­fois des tex­tos aux jour­na­listes lors­qu’elle consi­dé­rait qu’ils avaient été injustes en­vers vous.

C’est vrai. Ça n’était pas très pra­tique, mais bon, elle l’a fait. Tou­jours dans mon dos, hein, ça me re­ve­nait aux oreilles en­suite. (…) Mais quand nous sommes à la mai­son, on ne parle pas de foot­ball. Je ne l’em­bête pas avec mes sou­cis.

Même pas lors de vos der­niers mois à Man­ches­ter?

Si, mais c’était la faute de Truus. Elle m’avait pré­ve­nu six mois à l’avance que quelque chose clo­chait avec le board. In­tui­tion fé­mi­nine. À l’époque, elle était sur­tout un ca­ta­ly­seur de co­lère, parce que je ne res­sen­tais pas du tout les choses de cette ma­nière.

Beau­coup de femmes trouvent l’élite du foot­ball ex­ci­tante. Avez-vous été abor­dé par des femmes?

Ah ça, il faut de­man­der à Truus! Bien sûr! Main­te­nant plus qu’avant, parce que je suis sou­vent dans la lu­mière. Il sem­ble­rait que ça me rende at­ti­rant, pro­ba­ble­ment une ques­tion fi­nan­cière.

Com­ment vous ap­prochent-elles?

En gé­né­ral, avec une pho­to. Elles se mettent à cô­té de moi. Ou alors elles s’offrent sur les ré­seaux so­ciaux. Et là, on voit des pho­tos sym­pas…

Êtes-vous fier de ce que vous avez ac­com­pli en tant que coach?

Di­sons qu’on n’est pas nom­breux à avoir rem­por­té au­tant de tro­phées. En­core moins à avoir joué plus de cent matchs de ligue des cham­pions avec 60 % de vic­toires. Et puis j’ai tra­vaillé plu­sieurs fois à l’AZ, un pe­tit club, avec qui j’ai ter­mi­né pre­mier.

Vous par­lez tou­jours de l’AZ avec beau­coup d’amour. C’est l’une de vos meilleures pé­riodes?

À mes yeux, c’est peut-être la meilleure. Quoique les huit an­nées à l’Ajax ont été cou­ron­nées de suc­cès. À l’AZ, on peut comp­ter les uns sur les autres. J’étais bien. Il y avait des règles, des va­leurs, et tout le monde tra­vaillait dans ce sens. Un staff cha­leu­reux, pro­fes­sion­nel. Des jours heu­reux. C’est là aus­si qu’on a pu voir que la va­leur des joueurs, bien que rai­son­na­ble­ment éle­vée, ne comp­tait pas tant que ça, et que l’en­traî­ne­ment pré­va­lait.

Vous étiez plus im­por­tant que les joueurs?

Oui. On va sans doute se mo­quer de moi pour ça, mais je le pense. Et qu’on soit bien clairs: une équipe peut très bien rou­ler avec un en­traî­neur, pas for­cé­ment avec un autre.

On an­nonce sou­vent votre re­tour.

C’est vrai, mais la pre­mière an­née, j’avais les mains liées en rai­son des clauses que Man­ches­ter avait glis­sées dans mon contrat. C’est la rai­son pour la­quelle j’ai pos­tu­lé pour la sé­lec­tion belge. At­ten­tion, je voyais aus­si cette équipe comme un vrai chal­lenge.

Au­riez-vous vrai­ment pu de­ve­nir sé­lec­tion­neur de la Bel­gique?

Oui. J’ai été trop vin­di­ca­tif, je n’ai pas per­sé­vé­ré. C’était stu­pide de ma part parce que l’as­pect spor­tif était bien plus im­por­tant. Mais bon, c’est comme ça que j’ai gé­ré la si­tua­tion à l’époque. C’était moins une ques­tion d’ar­gent que de re­vanche.

“On n’est pas nom­breux à avoir rem­por­té au­tant de tro­phées. En­core moins à avoir joué plus de cent matchs de ligue des cham­pions avec 60 % de vic­toires”

”Ain­si font, font, font...”

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