La bonne ques­tion.

A-T-IL VRAI­MENT L’ÉQUIPE LA PLUS JEUNE DU MON­DIAL?

So Foot - - SOMMAIRE - ICON­SPORT CH­RIS­TOPHE GLEIZES / PHO­TO:

Le Ni­ge­ria a-t-il vrai­ment l’équipe la plus jeune du mon­dial?

Les chiffres du Centre in­ter­na­tio­nal d'étude du sport (CIES) de Neu­châ­tel (Suisse) pa­rus en dé­but d'an­née, sont for­mels: avec 24,9 ans de moyenne, l'ef­fec­tif le plus jeune de la pro­chaine coupe du monde se­ra le Ni­ge­ria. De­vant l'Al­le­magne, qui échoue à la se­conde place avec 25,7 ans. Lar­ge­ment re­ma­niés de­puis l'ar­ri­vée de Ger­not Rohr, les Su­per Eagles pré­sen­te­ront en Rus­sie un contin­gent de pé­pites qui s'éclatent en Pre­mier League, comme l'ai­lier d'Ar­se­nal, Alex Iwo­bi, ou les deux joueurs de Leicester Ci­ty, Wil­fred Ndi­di et Ke­le­chi Ihea­na­cho, tous la ving­taine à peine en­ta­mée. Du moins sur le pa­pier. Car quand on connaît les vieilles re­cettes du foot­ball ni­gé­rian, la sta­tis­tique du CIES prête à sou­rire. La fraude sur l'âge est une pra­tique cou­rante en Afrique de l'Ouest. Lu­cra­tive, elle est née dans les an­nées 80 mais s'est po­pu­la­ri­sée avec l'ar­rêt Bos­man, qui a ou­vert les portes de l'Eu­rope aux joueurs is­sus des cham­pion­nats pé­ri­phé­riques. Le but? Se rendre plus at­trac­tif sur le mar­ché. À ta­lent égal, les clubs eu­ro­péens re­crutent le plus jeune pos­sible. “Ce sont les Ni­gé­rians qui ont in­ven­té la pra­tique, as­sure Pau­lo Teixei­ra, un agent congo­lo-bré­si­lien, fin connais­seur du mar­ché afri­cain. À la base, on les ap­pe­lait les ‘- 3’ ; très vite, ça s’est ré­pan­du. Après, il y a eu des exa­gé­ra­tions. Ce­la se joue à la tête du client, mais quand les cir­cons­tances sont fa­vo­rables, ils peuvent fa­ci­le­ment s’en­le­ver dix ans.” Nom­breuses sont les lé­gendes des Su­per Eagles à avoir plon­gé dans la fon­taine de jou­vence: Nwank­wo Ka­nu, Oba­fe­mi Mar­tins, Ta­ri­bo West… L'an­cien joueur de l'AJA a d'ailleurs été ba­lan­cé par le pré­sident Zar­ko Ze­ce­vic, qui l'a re­cru­té au Par­ti­zan Bel­grade en 2002: “Il s’est joint à nous en di­sant qu’il avait 28 ans. Plus tard, on a dé­cou­vert qu’il en avait en réa­li­té 40. Mais comme il jouait bien, je n’ai pas re­gret­té

de l’avoir ache­té.” Le Ni­ge­ria n'a ce­pen­dant pas le mo­no­pole du tra­fic d'âge, toute l'Afrique est em­bour­bée dans une po­li­tique de dis­si­mu­la­tion sys­té­ma­tique. Pour s'en as­su­rer, il suf­fit de je­ter un oeil à la der­nière coupe du monde des U17. À l'oc­ca­sion de la cam­pagne qua­li­fi­ca­tive pour la com­pé­ti­tion, la Fifa avait dé­ci­dé, pour la pre­mière fois, d'ins­tau­rer des IRM du poi­gnet obli­ga­toires pour les joueurs, his­toire de dé­ce­ler de po­ten­tiels frau­deurs. Quin­tuple vain­queur de l'épreuve, le Ni­ge­ria a pré­sen­té un contin­gent de 60 foot­bal­leurs sus­cep­tibles de par­ti­ci­per. 26 ont été recalés, dont tous les ti­tu­laires. En un rien de temps, les Su­per Eagles sont ain­si pas­sés du sta­tut de pré­ten­dants au titre su­prême à ce­lui de na­tion lamb­da du foot de jeunes. Tel­le­ment lamb­da que la sé­lec­tion ne s'est pas qua­li­fiée, éli­mi­née par le Ni­ger. Un mois plus tôt, qua­torze joueurs ca­me­rou­nais avaient su­bi le même sort, grillés par leur fé­dé­ra­tion. Suf­fi­sant pour as­sai­nir le foot­ball ni­gé­rian? Il est per­mis d'en dou­ter. Un bref exa­men des dates de nais­sance des sé­lec­tion­nés pour la coupe du monde montre que la pra­tique reste an­crée. Quand ils dé­passent la ving­taine, les nom­breux rê­veurs d'Abu­ja ou de La­gos n'hé­sitent pas à faire un tour par leur cor­rup­tible mai­rie pour ob­te­nir de nou­veaux pa­piers. Faute de place, la ten­dance veut que les contre­ve­nants se re­trouvent ins­crits en dé­but ou fin d'an­née dans les re­gistres de nais­sance. Par­mi les pré­sé­lec­tion­nés, on ob­serve cette an­née un jo­li tir grou­pé d'une pe­tite di­zaine de joueurs dans ce cas, que sym­bo­lisent à mer­veille le dé­fen­seur du FC Nantes Chi­do­zie Awa­ziem, né un 1er jan­vier, et le mi­lieu de Trab­zon­spor Oge­nyi Ona­zi, né un 25 dé­cembre. At­ten­tion donc, Croates, Ar­gen­tins et Is­lan­dais: ils ont beau avoir l'âge de l'in­sou­ciance, ces di­vins en­fants pour­raient vous sur­prendre par leur ex­pé­rience.

“Mais si, je vous jure que le lo­go Car­re­four, c'est un C.”

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