Les dix com­man­de­ments pour ga­gner la coupe du monde.

Ils ont rem­por­té une coupe du monde en 1954, 1966, 1974, 1978, 1982, 1986, 1998, 2010 ou 2014, et en ont ti­ré des en­sei­gne­ments, pour ne pas dire des re­cettes. Ils ont ac­cep­té de dé­voi­ler, ici, les pe­tits se­crets qui font les grandes équipes.

So Foot - - SOMMAIRE - Par An­drea Chazy, Aquiles Fur­lone, Côme Tes­sier et Ja­vier Prie­to San­tos / Pho­tos: Imago/Pa­no­ra­mic et Pic­ture-Al­liance/Dppi

Des cham­pions du monde donnent leurs re­cettes pour de­ve­nir im­mor­tels. Un beau pro­gramme, n’est-ce pas?

1. AVOIR UN GROUPE

Zoff: S'il y a une le­çon que j'ai re­te­nue, c'est cel­le­là: tous les joueurs doivent se mettre au ser­vice de l'équipe, à n'im­porte quel prix. Et quand je parle d'équipe, je parle de groupe, de 23 joueurs. Qui doivent tous don­ner le maxi­mum pour leurs co­équi­piers.

Mer­te­sa­cker: Et croyez-moi, c'est un ef­fort à faire quand on est rem­pla­çant. En 2014, je n'ai pas tou­jours été ti­tu­laire. Sur le banc, on lâche com­plè­te­ment, et c'est alors que vient la ques­tion in­té­res­sante: est-ce que je vais me plaindre? M'éner­ver? Est-ce que je laisse trans­pa­raître mon aga­ce­ment? Ou est-ce que je suis ca­pable de prendre sur moi pour main­te­nir la bonne am­biance du groupe? Sup­por­ter les mau­vaises cir­cons­tances au nom de l'équipe, c'est ce qui est dé­ci­sif.

Herzog: Comme on di­sait de mon temps, il faut être “onze amis sur le ter­rain”. Au­jourd'hui, c'est plus dif­fi­cile… À l'époque, on dor­mait dans des écoles de sport, pas dans des hô­tels cinq étoiles, on vi­vait en­semble dans des condi­tions qui fa­vo­ri­saient l'es­prit de ca­ma­ra­de­rie…

Mer­te­sa­cker: Au­jourd'hui, c'est im­por­tant que le coach rai­sonne en lo­gique de “groupe”, et pas seule­ment de “ti­tu­laires”. En 2014, Löw ne s'oc­cu­pait pra­ti­que­ment que des rem­pla­çants. C'était dingue! J'ai ob­ser­vé ce­la comme s'il m'avait dit di­rec­te­ment: “Les 13 pre­miers joueurs, je n’ai pas be­soin de m’en oc­cu­per. Les autres, ils sont pri­mor­diaux, je dois les sou­te­nir.”

C'était peut-être stra­té­gique, mais ça son­nait au­then­tique.

Li­za­ra­zu: C'est pour ce­la qu'une sé­lec­tion, ce n'est pas for­cé­ment les 23 meilleurs joueurs. Il faut des gars qui vont ac­cep­ter de ne pas jouer sans ti­rer la gueule. Ces joueurs sont en­core plus im­por­tants dans une liste que dans un club, car il y a cette no­tion d'en­fer­me­ment. En coupe du monde, la moindre étin­celle ne par­donne pas. Si tu as des mecs qui s'af­frontent et qui te foutent une am­biance de merde, tu es mort. Il faut un groupe in­tel­li­gent pour dé­mi­ner les si­tua­tions, ré­gler les conflits qu'il peut y avoir, parce qu'il y en a tou­jours. L'exemple La­ma-Bar­thez (La­ma ac­cep­tait mal d’être nu­mé­ro deux, ndlr),

ça a été un pe­tit pro­blème qui a été très bien gé­ré, de fa­çon in­tel­li­gente, en 1998.

Marchena: Il y a beau­coup de can­di­dats et peu d'élus, ce qui me fait dire que la dif­fé­rence ne se fait pas au ni­veau du ta­lent in­di­vi­duel –de la qua­li­té, il y en a dans toutes les sé­lec­tions du monde–, mais plu­tôt au ni­veau de la sy­ner­gie hu­maine entre ceux qui com­posent une sé­lec­tion. L'équipe doit être comme une fa­mille. En 2010, il n'y avait pas de bre­bis ga­leuse, per­sonne n'était iso­lé dans un coin. En 2008, j'étais ti­tu­laire à l'Eu­ro, mais en 2010, il y avait Pi­qué et Puyol. J'au­rais pu faire va­loir mon sta­tut, mon an­cien­ne­té, mais ça au­rait été me mettre en marge du groupe. Pour être cham­pions du monde, il faut pen­ser au bien com­mun et lais­ser l'ego de cô­té.

Llo­rente: L'ego, c'est le plus gros dan­ger. Tout le monde veut briller en coupe du monde, c'est de l'ar­gent en plus, des meilleurs contrats, mais les égoïsmes abîment les per­for­mances. En 2010, l'Es­pagne était une vraie confré­rie, tout le monde ti­rait dans le même sens. Cette har­mo­nie­là n'a pas tou­jours exis­té chez nous, et pour­tant c'est pri­mor­dial. L'Al­le­magne et l'Ita­lie, qui sont des pays qui ont plu­sieurs fois rem­por­té

“Des­champs dit que le style de jeu, ce n'est que des mots et qu'il n'est pas né­ces­saire d'en avoir un pour rem­por­ter un mon­dial: Je suis d'ac­cord avec lui” Gor­don Banks

la coupe du monde, ont mon­tré que les di­vi­sions pou­vaient être mises de cô­té dans le foot­ball de sé­lec­tion.

Zoff: Je ne crois pas trop à cette his­toire de joueurs ri­vaux en club qui ne tirent pas dans le même sens lors­qu'ils en­dossent le maillot de l'équipe na­tio­nale. Mais clai­re­ment, quand tu as un “groupe Ju­ven­tus” comme on avait à l'époque (6 joueurs par­mi les 22), c'est plus fa­cile pour bâ­tir une équipe com­pé­ti­tive, car on avait l'in­time convic­tion de po­ten­tiel­le­ment pou­voir être les meilleurs. Cette in­time convic­tion de pou­voir ga­gner se ma­ni­feste sans pa­roles.

Olar­ti­coe­chea: Avoir de la per­son­na­li­té, c'est in­dis­pen­sable. En 1986, il n'y avait que des grandes gueules: en club, on por­tait qua­si­ment tous le bras­sard de ca­pi­taine. Bi­lar­do re­cher­chait évi­dem­ment des bons foot­bal­leurs, mais sur­tout, il vou­lait des hommes. Parce que si t'es bon mais que tu pleures à la pre­mière dif­fi­cul­té, c'est com­pli­qué…

2. FAIRE UNE BONNE PRÉ­PA­RA­TION

Olar­ti­coe­chea: En 1986, on a dé­bar­qué au Mexique un mois avant la com­pé­ti­tion. Au­jourd'hui, les ca­len­driers sont tel­le­ment dingues que c'est

de­ve­nu im­pos­sible, mais pour nous, ça a été fon­da­men­tal.

En­rique: Le plan, au dé­part, c'était de faire des matchs ami­caux et d'en­chaî­ner avec la com­pé­ti­tion. Mais Ma­ra­do­na a consi­dé­ré qu'on n'avait pas be­soin de ça et il a de­man­dé à Bi­lar­do d'an­ti­ci­per notre ar­ri­vée au Mexique. À par­tir de là, on n'a plus re­fait de matchs de pré­pa­ra­tion. Et tant mieux, parce qu'à chaque fois qu'on en fai­sait, on était fran­che­ment mau­vais. La presse nous fu­sillait. Pen­dant un mois, on est donc res­tés au Mexique. On a fait que s'en­traî­ner. Je me sou­viens qu'à mon ar­ri­vée dans la ca­pi­tale mexi­caine, j'ai failli m'éva­nouir à cause de l'al­ti­tude. J'avais l'im­pres­sion d'étouf­fer. J'avais du mal à bou­ger. Cer­tains étaient pris de vo­mis­se­ments… Là, je me suis dit que je ne pour­rais ja­mais jouer au foot avec un tel mal de crâne. Mais au bout de quinze jours, on s'est tous ac­cli­ma­tés. On avait en­fin de l'avance sur les autres équipes…

Ber­to­ni: En 1978, je me rap­pelle aus­si qu'un nu­tri­tion­niste, Jorge Oli­va, avait in­té­gré le staff. Avant qu'il n'ar­rive, on man­geait trop de viande, sur­tout après les matchs. Du coup, il a com­men­cé à nous don­ner du pois­son, ce genre de trucs. Au­jourd'hui, ça semble nor­mal, mais à l'époque, ça ne l'était pas. On le re­gar­dait avec mé­fiance. Cer­tains se sont échar­pés avec lui, ils le trai­taient de fou. Puis on s'est ren­du compte que son tra­vail avait des ef­fets po­si­tifs sur nos per­for­mances, et là, on a bien fer­mé nos gueules.

Eckel: La pré­pa­ra­tion peut faire la dif­fé­rence, c'est cer­tain. En 1954, les Hon­grois étaient meilleurs au ni­veau du jeu. Mais nous, on s'était bien en­traî­nés. La fi­nale jouée sous la pluie nous avait bien avan­ta­gés, parce qu'on s'était bien pré­pa­rés à jouer dans ces condi­tions. Et puis, on avait des bons cram­pons. De là à croire qu'on est de­ve­nus cham­pions grâce à nos chaus­sures, c'est im­pos­sible à dire…

Li­za­ra­zu: La pré­pa­ra­tion est fon­da­men­tale. Elle doit te faire com­prendre que tu joues la com­pé­ti­tion de ta vie. Au­jourd'hui, les jeunes sont beau­coup plus dé­ten­dus, presque in­cons­cients. C'est sûr qu'il ne faut pas être trop conscient, blo­qué par l'en­jeu, mais il ne faut pas non plus que les mecs se disent qu'ils vont jouer un match de coupe du monde comme un match de cham­pion­nat à la con. Par­fois, on a l'im­pres­sion que cer­tains se disent: “Bon, tu gagnes, tu perds, tu t’en fous.”

Cette prise de conscience que tu joues un mon­dial est pri­mor­diale. Et le vrai ther­mo­mètre, c'est le pre­mier match. En 2002, nous, on se fout dans la merde en le per­dant 1-0 contre le Sé­né­gal. Der­rière, on court après un ré­sul­tat et on est beau­coup plus ten­dus. En 1998, on gagne le pre­mier match 3-0, le sui­vant 4-0… Tout est plus simple.

3. AVOIR DES RI­TUELS

Brown: Bi­lar­do, notre sé­lec­tion­neur, de­ve­nait fou avec les ri­tuels. Il était tel­le­ment su­per­sti­tieux qu'il s'en in­ven­tait tous les jours. L'une de ses lu­bies, c'était qu'on de­vait res­pec­ter notre place dans le bus. Si l'un de nous avait dé­ci­dé d'en chan­ger, il au­rait tout sim­ple­ment été ex­pul­sé de la sé­lec­tion. Pen­dant le tra­jet de l'hô­tel jus­qu'au stade, on écou­tait tou­jours la même cas­sette. Et on de­vait pas­ser par la porte du stade en écou­tant obli­ga­toi­re­ment la même chan­son. Quand le bus avait été plus ra­pide que pré­vu, Bi­lar­do de­man­dait au chauf­feur de ra­len­tir la ca­dence pour que l'en­trée du bus dans le stade coïn­cide avec notre chan­son fé­tiche. Au contraire, quand il y avait des em­bou­teillages, Bi­lar­do met­tait la pres­sion au conduc­teur pour qu'on ar­rive à temps pour écou­ter le mor­ceau en en­trant au stade. Car le truc, c'est que ça de­vait se faire na­tu­rel­le­ment. Je veux dire, tu ne pou­vais pas faire de re­wind ou de trucs dans le genre… Une fois le bus ga­ré, c'est Os­car Rug­ge­ri (dé­fen­seur

cen­tral de l’époque, ndlr) qui avait en charge de prendre le poste dans le­quel était in­sé­rée la cas­sette. Per­sonne d'autre. Il fal­lait que ce soit obli­ga­toi­re­ment lui le pre­mier à des­cendre.

En­rique: Bi­lar­do avait aus­si in­sis­té pour que les deux mo­tards qui ou­vraient la voie au bus soient tou­jours les mêmes. Pen­dant le voyage de l'hô­tel au stade, il fai­sait aus­si une fixette sur un feu de si­gna­li­sa­tion. Il fal­lait tou­jours qu'il soit au vert. Et il l'a tou­jours été, si­non je ne sais pas ce qu'il au­rait fait. Brown: Il y avait aus­si un autre ri­tuel: les asa­dos que l'on fai­sait de­vaient tou­jours être pré­pa­rés par le père et le beau-frère de Die­go. Par per­sonne d'autre. Si un type s'ap­pro­chait de trop près de la viande, il pas­sait un mau­vais quart d'heure. Ce sont des trucs com­plè­te­ment ir­ra­tion­nels, mais je suis convain­cu que de les avoir res­pec­tés à la lettre nous a per­mis de de­ve­nir cham­pions du monde ; ça ne s'ex­plique pas. En­rique: Moi, j'avais une su­per­sti­tion per­son­nelle aus­si. Avant chaque match, je de­vais tou­jours m'échauf­fer avec les chaus­sures de l'in­ten­dant de l'équipe. Ne me de­mande pas pour­quoi, je n'en sais rien. Je les lui pre­nais, il res­tait pieds nus, et quand j'étais chaud, je lui re­don­nais ses pompes pour mettre les miennes.

Banks: Notre ri­tuel à nous était plus simple: on chan­tait pour la reine. On le fai­sait à chaque match, de ma­nière so­len­nelle. Et elle, elle était là à tous les matchs.

4. AVOIR UN STYLE DE JEU CO­HÉ­RENT

Llo­rente: Pour être cham­pion du monde, il faut un style de jeu. C'est comme une feuille de route: tu sais où tu vas, tu sais ce que tu fais et pour­quoi tu le fais.

Banks: Di­dier Des­champs dit que le style de jeu, ce n'est que des mots et qu'il n'est pas né­ces­saire d'en avoir un pour rem­por­ter une coupe du monde: Je suis d'ac­cord avec lui. Tu es­pères plus

“Bi­lar­do était très su­per­sti­tieux. Pen­dant le voyage de l'hô­tel au stade, il fai­sait une fixette sur un feu de si­gna­li­sa­tion. Il fal­lait tou­jours qu'il soit au vert. Il l'a tou­jours été, si­non je ne sais pas ce qu'il au­rait fait…” Hec­tor En­rique

que tu n'as de cer­ti­tudes, se­lon moi, pen­dant un mon­dial. Et il s'agit da­van­tage de ga­gner des matchs en dé­but de tour­noi pour en­gran­ger de la confiance qu'autre chose, je pense…

Llo­rente: Je res­pecte le point de vue de Des­champs mais, quand il y a une idée de base, c'est tout de même plus fa­cile pour tout le monde de se l'ap­pro­prier. Si tu sais ce que ton co­équi­pier va faire, et vice versa, le col­lec­tif est plus hui­lé, ça per­met plus de per­mu­ta­tions, plus de com­pen­sa­tions. Sans ce cadre-là, les joueurs agissent cha­cun dans leur coin.

Xa­vi: Avant l'ar­ri­vée d'Ara­go­nés, les foot­bal­leurs es­pa­gnols jouaient com­plè­te­ment à contreem­ploi. On nous de­man­dait de ri­va­li­ser ath­lé­ti­que­ment avec nos ad­ver­saires, alors que l'as­pect phy­sique n'était pas notre prin­ci­pale qua­li­té. Quand il a re­pris la sé­lec­tion, il nous a tout de suite dit qu'on ne pou­vait pas con­ti­nuer dans cette voie. Que veux-tu faire phy­si­que­ment contre des Al­le­mands? Sé­rieu­se­ment? On va en­voyer des bal­lons en l'air et croi­ser les doigts en es­pé­rant que quel­qu'un la mette au fond? En­fin, je dis ça, mais en 2010, c'est comme ça qu'on les a bat­tus (but de Puyol de la tête). Reste que le re­cen­trage stra­té­gique nous a per­mis d'at­teindre la gloire. Avant ça, aux yeux de tout le monde, on était moches. Per­sonne ne nous re­gar­dait.

5. AVOIR L’ AMOUR DU DRA­PEAU

Herzog: L'amour du dra­peau peut faire la dif­fé­rence car en 1974, les Néer­lan­dais étaient aus­si forts que nous. Dans les mo­ments dé­ci­sifs, il faut se sen­tir al­le­mand, ça donne une mo­ti­va­tion sup­plé­men­taire: celle de ga­gner pour son pays.

Li­za­ra­zu: Quand tu gagnes avec le maillot de ton pays, qu'est-ce que tu veux de plus que ça? Rien. Il n'y a pas plus beau, plus grand, plus haut que ce­la. On l'a fait, pu­tain.

6. AVOIR DES DIS­CUS­SIONS ENTRE QUATRE YEUX

Brown: On a fait des mil­liards de réunions entre nous avant le mon­dial. S'il fal­lait ra­ter un en­traî­ne­ment pour en faire une de cinq heures, on le fai­sait. Si tu joues une coupe du monde, c'est que tu sais ta­per dans un bal­lon. En re­vanche, si t'es en coupe du monde avec une ving­taine de types que tu ne connais pas né­ces­sai­re­ment mais avec qui tu vas pas­ser un mois en­fer­mé, il vaut mieux sa­voir com­ment ils fonc­tionnent. Du coup, on sor­tait par­fois les tor­chons au so­leil, comme on dit en Ar­gen­tine. Et quand ça ne suf­fi­sait pas, les types qui avaient un pro­blème à ré­gler entre eux s'en­fer­maient pen­dant des heures dans une chambre, jus­qu'à trou­ver une so­lu­tion.

Olar­ti­coe­chea: On a vi­dé nos sacs. Cre­ver l'ab­cès, c'est évi­ter que les pro­blèmes de­viennent plus im­por­tants. Alors oui, il y a eu des ten­sions, des in­sultes, mais au moins, elles n'ont ja­mais été dites dans le dos. Ce qu'on s'est ba­lan­cé à l'époque est res­té entre les quatre murs de nos chambres, et ça a for­ti­fié le groupe.

Li­za­ra­zu: C'était une époque où il n'y avait pas les ré­seaux so­ciaux, pas de té­lé­phones: les gens se par­laient. Après les re­pas, on dis­cu­tait de tout, de la vie, du foot… Et on se di­sait les choses.

7. AVOIR UN CHEF

Brown: Il faut un ca­cique pour di­ri­ger les In­diens. Et en 1986, le chef de tri­bu, c'était Ma­ra­do­na. Quand ton lea­der est aus­si cha­ris­ma­tique, il n'y a pas de coup d'État: tu le suis, tu fais ce qu'il te de­mande et tu la fermes. Il ne s'est ja­mais cru meilleur que nous, hor­mis sur le ter­rain, où là, évi­dem­ment, on ne pou­vait pas ri­va­li­ser avec lui. Avant d'en­trer sur la pe­louse, il sa­vait com­ment nous sti­mu­ler. Quand tu es dans un vestiaire, que tu en­files le maillot de l'Ar­gen­tine et que le plus grand joueur

de l'his­toire vient te ta­per sur l'épaule pour te dire:

“T’es un phé­no­mène!” Pfff… Tu te sens in­vin­cible. Olar­ti­coe­chea: On ne va pas se men­tir, quand t'as le Pibe de Oro avec toi, t'as plus de chances de de­ve­nir cham­pion du monde. En fait, t'as juste à le re­gar­der faire de la ma­gie pour sou­le­ver la coupe.

8. AVOIR DES RÉ­VÉ­LA­TIONS

Mer­te­sa­cker: Pour­quoi Löw prend-il Sh­ko­dran Mus­ta­fi en 2014 après la bles­sure de Mar­co Reus? Un dé­fen­seur pour un at­ta­quant, où est la lo­gique? Et pour­tant, c'était la bonne dé­ci­sion. Il y a des car­rières qui dé­marrent avec un mon­dial, comme celle de Mül­ler en 2010. Jus­te­ment parce que ça re­lève de l'in­at­ten­du, de la sur­prise, comme un ren­for­ce­ment sou­dain. C'est le type de sur­prise dont on a be­soin pour al­ler au bout. Dans l'idéal, il en faut deux ou trois de ce genre, qui peuvent aus­si être is­sues du tour­noi en lui-même.

9. AVOIR UN STA­TUT D’OUT­SI­DER

Olar­ti­coe­chea: En 1986, per­sonne ne nous voyait fa­vo­ris. Et fran­che­ment, c'était mieux comme ça. Avant le mon­dial, on avait en­chaî­né les contre-per­for­mances, on était à la ra­masse, toute la presse nous cri­ti­quait. Même nos sup­por­ters ne croyaient pas en nous. On est ar­ri­vés à Mexi­co avec la sen­sa­tion d'être lâ­chés par tout le monde, et quelque part, ça nous a en­dur­cit. Ce que je vais dire peut pa­raître con, mais c'est une chance d'ar­ri­ver à cô­té de ses pompes pour faire un bon tour­noi. Quand t'es au fond du trou, tu te re­belles plus fa­ci­le­ment contre l'ad­ver­si­té. En re­vanche, quand tu te vois trop beau, tu as ten­dance à dé­jouer.

Li­za­ra­zu: En 1998, il faut se sou­ve­nir de ce qui s'écri­vait sur Ai­mé Jac­quet, sur nous… Le pu­blic n'a com­men­cé à y croire que lors­qu'on a bat­tu le Pa­ra­guay. Avant

ce­la, du coup, on était su­per pei­nards à Clai­re­fon­taine, et c'était par­fait: on pou­vait vrai­ment s'en­traî­ner au calme.

Mer­te­sa­cker: Créons­nous un mau­vais match! Voi­là ce que je pense. Une dé­faite au pre­mier tour peut ai­der, parce que les at­tentes sont alors un chouïa moins éle­vées. Et il faut da­van­tage se re­cen­trer sur ce qui compte.

Herzog: Sur­tout, il faut s'amé­lio­rer au cours du tour­noi, ce que l'Al­le­magne a tou­jours as­sez bien réus­si à faire. En 1974, on était as­sez faibles au dé­but. La dé­faite contre la RDA est ar­ri­vée à point nom­mé car elle nous a per­mis de re­mettre beau­coup de choses en place dans l'équipe. On était en­suite plus stables, et on a bien joué jus­qu'à la fi­nale.

Marchena: On ne fait rien de grand sans hu­mi­li­té. Avant 2008, on ne dé­pas­sait ja­mais les quarts. Mais cet été-là, on s'est dé­bar­ras­sés de nos com­plexes en bat­tant l'Ita­lie. Ce soir-là, après les tirs au but, je me suis dit: “Un jour,

on se­ra cham­pions du monde.” C'était un peu fou parce qu'on n'était même pas en­core cham­pions d'Eu­rope, mais j'étais convain­cu qu'on le de­vien­drait. C'est une ré­flexion que j'ai gar­dée pour moi. Je ne vou­lais pas la rendre pu­blique parce que quand tu fan­fa­ronnes trop, tu vas au de­vant de grandes dé­cep­tions.

10. JOUER À LA MAI­SON

Banks: C'est dif­fi­cile de ne pas pou­voir voir sa fa­mille du­rant six se­maines. Quand tu as la coupe du monde à la mai­son, au moins, tu sais qu'elle se­ra dans les tri­bunes et que, par­fois, tu pour­ras la voir cer­tains jours à l'heure du dé­jeu­ner. Et puis, tu connais tous les ter­rains, tous les sup­por­ters sont der­rière toi… C'est un sa­cré avan­tage.

Bixente Li­za­ra­zu: Les sta­tis­tiques ne le montrent pas. D'ailleurs, ça peut être un in­con­vé­nient: il faut réus­sir à s'iso­ler de l'ef­fer­ves­cence qu'il y a au­tour de l'évé­ne­ment. On a pu voir no­tam­ment en 2014 que ça a fait cra­quer les Bré­si­liens. L'une des clés de notre réus­site, c'est d'être al­lés à Clai­re­fon­taine, un lieu proche de tout et en même temps très iso­lé, très calme et tran­quille. On va dire qu'à par­tir de l'Ita­lie, on a com­men­cé à sen­tir de l'ef­fer­ves­cence. Il res­tait trois matchs à jouer. À ce mo­ment-là, c'est le sprint fi­nal, et on peut prendre cette ef­fer­ves­cence et bien la di­gé­rer. Mais si tu es trop dans l'émo­tion, et je l'ai vu avec les Bré­si­liens, ce n'est pas bon. Ca te bouffe de l'éner­gie. Notre plus grande réus­site, c'est d'être sor­tis de cette émo­ti­vi­té trop im­por­tante, du “On joue chez nous”. AC, AF, CT, ET JPS

“Il faut un ca­cique pour di­ri­ger les In­diens. Et, en 1986, le chef, c'était Ma­ra­do­na. Quand ton lea­der est aus­si cha­ris­ma­tique, tu le suis, tu fais ce qu'il te de­mande et tu la fermes” Ju­lio Olar­ti­coe­chea

Mer­ci Mi­chel !

Banks po­pu­laire.

La fa­bu­leuse aven­ture du Ma­tra Ra­cing.

Gol­den sho­wer.

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