Phi­lippe Jaenada

Society (France) - - SOMMAIRE - PROPOS RECUEILLIS PAR SG, NP ET VR

Avec sept ro­mans au­to­bio­gra­phiques pu­bliés entre 1997 et 2011, Phi­lippe Jaenada a im­po­sé un style où l’hu­mour et les di­gres­sions su­bliment une ab­sence to­tale de ta­bous. Et main­te­nant, avec La Serpe, le voi­là suc­cess­ful!

Avec sept ro­mans au­to­bio­gra­phiques pu­bliés entre 1997 et 2011, Phi­lippe Jaenada a im­po­sé un style où l’hu­mour et les di­gres­sions su­bliment une ab­sence to­tale de ta­bous. Un style qu’il met dé­sor­mais au ser­vice de faits di­vers, puis­qu’il a choi­si, après avoir fait le tour de sa propre vie, de ra­con­ter dans les dé­tails les his­toires de Bru­no Su­lak, Pau­line Du­buis­son et Georges Ar­naud. Bien vu: son der­nier livre, La Serpe, lui a va­lu le prix Fe­mi­na il y a quelques mois. Et un suc­cès qui, dit ce­lui qui “fait aus­si les po­tins” pour Voi­ci en pa­ral­lèle, le fait se sen­tir “bi­zarre”. PAR SYL­VAIN GOU­VER­NEUR, NOÉ­MIE PEN­NA­CI­NO ET VINCENT RIOU PHOTOS: FRAN­KIE & NIK­KI POUR SO­CIE­TY

Qu’est-ce que vous faites en ce mo­ment? Je suis dans une pé­riode vide, très bi­zarre. Je suis un peu… pas dé­pri­mé, mais… La pro­mo, c’est érein­tant, très dur. Moi, je sors mes livres en sep­tembre, donc d’août à mi-no­vembre, je fais pile l’in­verse de ce que je fais quand j’écris: pen­dant un an et de­mi, je vis re­clus, sans voir per­sonne ; et en­suite, pen­dant quatre mois, je dois par­ler à énor­mé­ment de gens. Sauf que là, mi­no­vembre, j’ai ga­gné le prix Fe­mi­na, du coup la pro­mo n’en fi­nit plus. J’ar­rive à un stade où je n’en peux plus d’en­tendre ou de pro­non­cer le mot ‘serpe’! Je par­lais avec un ac­teur l’autre jour: eux, quand ils ont un film à vendre, on les voit par­tout mais ça ne dure qu’une se­maine ; nous, c’est plu­sieurs mois, à ren­con­trer des col­lègues, faire les sa­lons et ré­pé­ter tou­jours les mêmes choses. Un jour, parce qu’on s’était dis­pu­tés, ma femme était par­tie voir son ex et elle était re­ve­nue avec des traces de sperme sur les seins. Là, ça me fait pa­reil. Je me sens en­core avec des trucs sur moi, des mor­ceaux de serpe. Alors j’ai du mal à écrire.

Et vous pre­nez le temps de lire? Oui, le soir. J’ai des potes qui me disent: ‘Quand j’écris, je ne lis pas.’ Ça me pa­raît com­plè­te­ment mys­té­rieux. Moi, plus j’écris, plus je lis. Et plus je lis de bonnes choses, plus j’ai en­vie d’écrire. Mon deuxième ro­man, Né­fer­ti­ti dans un champ de canne à sucre, l’his­toire de ma ren­contre avec ma femme, c’est un truc très cul. Je li­sais beau­coup Bu­kows­ki à l’époque, ça avait in­fluen­cé le fond et aus­si la forme, le cô­té com­plè­te­ment dés­in­hi­bé. Là, je l’ai re­lu pour la ré­im­pres­sion en poche, il y a le mot ‘chier’ je ne sais com­bien de fois. Parce que quand j’ai ren­con­tré ma femme, elle n’ar­rê­tait pas d’al­ler aux chiottes. Au moins dix fois par jour, et pour faire ca­ca, hein! Ça me plai­sait de mé­lan­ger ça à une his­toire d’amour. Mais là, j’ai cor­ri­gé un peu.

Votre femme, elle en dit quoi? Elle s’en fout to­ta­le­ment. Elle est pro­tes­tante et al­sa­cienne. Dans son édu­ca­tion, on a le droit de tout dire du mo­ment que c’est vrai. Une fois, j’ai même écrit que quand elle était pe­tite, elle rê­vait de bai­ser avec son père. Et puis en re­li­sant, je me suis dit: ‘Je peux quand même pas mettre ça.’ Et elle: ‘Ben quoi? C’est vrai!’

Dans Le Cos­mo­naute, elle en prend pour son grade... Un livre as­sas­sin, oui! Notre en­fant était pe­tit, notre vie était un cau­che­mar, et je l’ai écrit pour me ven­ger. Vrai­ment une sale mo­ti­va­tion, genre: ‘Si je te le dis en face, tu cries et ça me fait peur, j’ose pas, donc je vais l’écrire.’ Le soir, je m’en­fer­mais dans mon bu­reau en me di­sant: ‘Quelle conne, elle me pour­rit la vie!’ Et puis un jour, je lui donne le ma­nus­crit avec un peu d’hé­si­ta­tion, ‘tiens, c’est 400 pages de haine contre toi’. Elle l’a lu et elle m’a dit: ‘Oh, quel beau ca­deau!’

C’est une lec­trice dont l’avis vous im­porte? Mon édi­teur ou Proust qui sort de sa tombe et qui vient me voir pour me dire: ‘Ton cha­pitre 12, là, mon pe­tit, c’est pas ter­rible’, je m’en fous com­plè­te­ment. Mais si ma femme me dit: ‘Ce pa­ra­graphe, ça ne va pas’, je re­prends. C’est ma pre­mière et ma seule lec­trice, vrai­ment. Je n’écoute per­sonne à part elle. Elle ne juge pas la qua­li­té lit­té­raire, mais si elle me dit: ‘Ça, ce n’est pas toi’, pou­belle. Je fais tout ce qu’elle me dit.

Quand vous êtes en phase d’écri­ture, vous avez une rou­tine? J’ai be­soin d’être com­plè­te­ment en­fer­mé, seul, muet. Je ne sors que pour ve­nir ici, dans le bar en bas, pile aux mêmes heures, à 15h30 et à 20h, et je bois les mêmes choses, exac­te­ment, je reste une grosse heure, je ne cherche pas trop à sa­voir pourquoi… Je suis très, très ri­tua­li­sé. Une rou­tine cré­tine, tous les jours la même. Et ça a fi­ni par créer avec le temps comme un ré­flexe de Pav­lov: ça ne m’ar­rive ja­mais d’être en pleine écri­ture créa­tive quand il est 20h, ça s’ar­rête tout seul. De même que quand je me mets à bos­ser le ma­tin, hop! la concen­tra­tion vient toute seule, comme si j’étais pro­gram­mé. Pen­dant un an et de­mi, en de­hors de ces mo­ments au bar, je reste en­fer­mé, je ne parle pas, je ne vois per­sonne, je ne vais ja­mais dî­ner chez des gens, tout ça. J’écris.

Mais en­fin, vous ne vi­vez pas seul! Non, avec ma femme et mon fils. En fait, on a un ap­part qui n’est pas très grand mais il fal­lait qu’il y ait quatre pièces: deux chambres, un sa­lon et mon bu­reau. On a fait un pacte avec ma femme: elle n’a pas le droit d’y en­trer. Ça peut pa­raître ma­cho mais pas du tout, c’est sim­ple­ment qu’elle est pa­tho­lo­gi­que­ment ma­niaque. Bi­zar­re­ment, elle croit que c’est le bor­del même si c’est ran­gé, alors elle passe son temps à re­mettre en place les ob­jets par­tout, ce sont des TOC. Donc elle ne touche pas à mon bu­reau, c’est vrai­ment ma grotte, quoi, j’y suis du ma­tin au soir. Il y a une table en bois avec mon Mac des­sus, des pa­piers par­tout, tous mes livres et un lit parce que j’y dors même par­fois.

Écrire, pour vous, ça a tou­jours été une af­faire de ri­tuels? Mon pre­mier ro­man, il y a 20 ans, j’ai com­men­cé à l’écrire en me di­sant: ‘Voi­là, je vais écrire quand les muses vien­dront s’as­seoir sur mes ge­noux.’ En trois ans, j’ai écrit 60 pages. À ce rythme, j’au­rais pu­blié mon pre­mier ro­man à 85 ans. Donc, un hi­ver, je suis par­ti m’en­fer­mer dans une mai­son d’un vil­lage mort de Nor­man­die, et en trois mois, j’ai écrit 800 pages. Je n’ai fait que bos­ser, comme si on m’avait mis en pri­son en me di­sant: ‘Tu ne res­sor­ti­ras que quand tu au­ras écrit.’ Mes trois pre­miers livres, je les ai écrits là-bas.

Pourquoi avoir chan­gé de mé­thode, de­puis? Parce qu’on a eu un en­fant, je n’avais pas en­vie de par­tir trois mois, genre je re­viens, il marche, il parle! Donc j’ai rap­por­té cette dis­ci­pline ici, dans mon bu­reau. Au dé­but, j’écri­vais la nuit, ça me don­nait l’im­pres­sion d’être iso­lé. La nuit, vous ne pou­vez pas sa­voir s’il est 2h ou 4h, il n’y a pas de re­père, con­trai­re­ment au jour, avec l’agi­ta­tion, la lu­mière… Pour écrire, je pense que le plus im­por­tant, c’est de réus­sir à être en­tiè­re­ment concen­tré. C’est pour ce­la que beau­coup d’au­teurs ont des ri­tuels. Ça les aide à se sen­tir dans un en­vi­ron­ne­ment où il n’y a pas de pa­ra­site. Quand il n’y avait pas de wi-fi, que les or­di­na­teurs étaient re­liés à un modem par un câble, je met­tais ce der­nier sous l’oreiller de ma femme pour être sûr de ne pas cra­quer si j’avais un mo­ment de fai­blesse. J’ai tou­jours été per­sua­dé que je ne pou­vais tra­vailler que la nuit, mais à 50 ans, dor­mir la jour­née, se le­ver à 16h30… De mi-oc­tobre à mi-mars tu ne vois pas le jour, quoi, ça plombe le mo­ral. Main­te­nant, j’ar­rive à bos­ser la jour­née, grâce à des ar­ti­fices. Je ferme les ri­deaux, je mets une bou­gie et je bois plein de ca­fé pour me faire croire que je lutte contre le som­meil!

En 1989, vous avez pas­sé un an sans sor­tir de chez vous. C’était quoi l’idée? Le but, c’était un re­trait du monde le plus total pos­sible. J’al­lais vrai­ment très mal, j’ap­pro­chais d’un mo­ment où j’al­lais me sui­ci­der, je pense. J’avais d’abord

“Le Gon­court, très sin­cè­re­ment, je n’en veux pas. Per­sonne ne me croit, mais c’est vrai. Ça ne sert à rien. Le seul in­té­rêt d’avoir un Gon­court, c’est une his­toire de fric. Et je n’écris pas pour le fric”

com­men­cé par des ex­pé­riences de pri­va­tion: une se­maine sans rien man­ger, un mois à ne me nour­rir que de ca­fé au lait, une se­maine sans dor­mir... J’ai aus­si pas­sé une jour­née à tendre des bandes de cas­sette par­tout dans mon stu­dio, pour qu’il me soit im­pos­sible de me mettre de­bout, ce qui fait que pen­dant une se­maine, j’ai ram­pé. En­suite, pour une ex­pé­rience qui consis­tait à ne plus me ser­vir de mes mains, je me suis brû­lé de chez brû­lé tous les doigts avec une ci­ga­rette. J’avais pi­co­lé, j’avais de sa­crés trous. Puis une co­pine m’a in­vi­té à la bra­de­rie de Lille, et en me re­trou­vant de­vant des moules-frites avec mes pan­se­ments aux mains, je me suis dit: ‘Mon gars, tu dé­railles.’

Et alors la so­lu­tion, ça a été de vous cou­per com­plè­te­ment du monde? Pas tout de suite. D’abord, j’ai hé­ber­gé pen­dant dix jours chez moi deux putes, une fille et un tra­ve­lo, toutes les deux toxi­cos et sé­ro­po­si­tives. Je cou­chais avec la fille trois fois par jour sans ca­pote. C’était en oc­tobre 1988, je vou­lais at­tra­per le si­da. Une heure après leur départ, je me suis pré­ci­pi­té à l’hô­pi­tal pour faire un test, mais pour avoir les ré­sul­tats, il fal­lait at­tendre trois mois, pen­dant les­quels je me suis sen­ti comme si je m’étais pen­du et que j’al­lais mettre des mois à mou­rir. Fi­na­le­ment, le test s’est ré­vé­lé mi­ra­cu­leu­se­ment né­ga­tif. Puis un jour, par ha­sard, je vois sur TF1 une cer­taine Vé­ro­nique Le Guen sor­tir d’une grotte où elle s’était en­fer­mée trois mois. J’ai dé­ci­dé de faire la même chose.

Mais c’était une ex­pé­rience scien­ti­fique, pour elle… Oui, ils vou­laient étu­dier les rythmes vi­taux hu­mains dé­con­nec­tés des in­fluences ex­té­rieures. Mais quand elle est sor­tie, c’est comme si elle était morte et qu’elle re­ve­nait, ça m’a fait un truc bi­zarre. Je me suis dit: ‘Je n’ai pas de grotte, je vais le faire chez moi ; et comme c’est plus fa­cile que dans une grotte, je vais le faire un an.’ J’ai ba­lan­cé ma té­lé, mon té­lé­phone, ma radio, ma chaîne hi-fi, tout ce qui pou­vait pro­duire un son qui vienne de l’ex­té­rieur, j’ai fer­mé les vo­lets et j’ai dé­ci­dé que du 1er jan­vier au 31 dé­cembre 1989, je res­te­rais là à re­gar­der le mur. J’ha­bi­tais dans le XVIIE ar­ron­dis­se­ment de Paris, j’avais pré­ve­nu mes proches que je se­rais in­joi­gnable, et aus­si le mec du ta­bac: ‘Tous les jours je vais ve­nir, tu vas me don­ner un pa­quet de Ca­mel, je ne di­rai ni bon­jour ni au re­voir mais t’in­quiète pas, c’est une ex­pé­rience.’

Et vous avez te­nu un an? J’ai failli ar­rê­ter en mai. Non seule­ment je m’en­nuyais –ça, je m’y at­ten­dais–, mais l’ex­pres­sion me man­quait. Si je fai­sais un rêve bi­zarre ou si j’avais une idée hy­per­drôle, je ne pou­vais le dire à per­sonne. Pour­tant, je n’ai pas réus­si à sor­tir le 1er jan­vier 1990, j’avais peur. Ça m’a pris 17 jours. Et il m’est ar­ri­vé un truc fou que j’ai mis 20 ans à ra­con­ter –dans un livre– avec la cer­ti­tude que per­sonne ne me croi­rait:

le 17 jan­vier, donc, j’ap­pelle une amie très proche. Là, je parle pour la pre­mière fois, et je lui dis: ‘Il faut que je res­sorte, que je voie quel­qu’un mais si ça se trouve je ne vais pas être à l’aise, je ne vais pas réus­sir à bien m’ex­pri­mer.’ Alors elle or­ga­nise un dî­ner en tête-à-tête dans un pe­tit res­to tran­quille rue du Pré-saint-ger­vais. J’ar­rive à par­ler, j’ai l’im­pres­sion d’être cou­vert de mousse et d’écorce mais ça se passe bien, je rentre chez moi, je me dis: ‘Ça y est, je suis re­ve­nu dans le monde’, et le len­de­main ma­tin, je des­cends au bis­trot boire mon pre­mier coup de­puis un an, et j’en­tends à la radio: ‘Cette nuit, on a re­trou­vé Vé­ro­nique Le Guen sui­ci­dée aux bar­bi­tu­riques dans sa voi­ture ga­rée rue du Pré-saint-ger­vais.’ Sur la tête de mon fils, c’est vrai. Quand tu vois la taille de la rue, c’est sûr qu’on est pas­sés de­vant elle. De­puis, je suis Boud­dha. Rien ne peut m’at­teindre.

Vous avez quel type de re­la­tion avec vos édi­teurs? Il y a des au­teurs qui ne com­prennent pas bien le truc et qui pensent que l’édi­teur est leur em­ployeur. Mais pas du tout, c’est un par­te­naire. Pour mon pre­mier livre pu­blié chez Gras­set, le grand pa­tron me convoque dans son bu­reau et me dit: ‘J’ai beau­coup ai­mé votre livre, on va le pu­blier, mais juste un truc: il faut chan­ger le titre, Le Cos­mo­naute, ça ne va pas du tout. Ne vous in­quié­tez pas, je vais vous en pro­po­ser. J’ai ré­pon­du: ‘Bah non, c’est mon titre, je ne vais pas le chan­ger.’ Lui: ‘Ah non? D’ac­cord.’ Il faut sa­voir dire non à un édi­teur. Même si, par­fois, ils sont de bon conseil. Et il y a pas mal d’édi­teurs qui ne veulent pas être consi­dé­rés comme des im­pri­meurs, je les com­prends… Il m’est ar­ri­vé de mettre vo­lon­tai­re­ment des trucs pas bien dans mes livres, comme ça il me le di­sait, je les en­le­vais, et ils étaient contents. Mais la pres­sion que je res­sens, ce n’est pas celle de l’édi­teur, c’est la mienne. En fai­sant 50 pages sur une toile d’arai­gnée, je peux perdre 10 000 lec­teurs. Il faut que j’ar­rive à me dire: ‘Tu t’en fous, fais vrai­ment ce que tu veux.’ Mais en même temps, est-ce que je le veux vrai­ment, ou alors est-ce que je le fais pour être re­belle ou je ne sais pas quoi? Il ne faut pas que je fasse ce que l’on at­tend de moi mais il ne faut pas non plus que je ne fasse pas ce que j’aime parce que c’est ce que l’on at­tend de moi. C’est dur. Mais j’ai l’im­pres­sion que je pro­gresse un peu plus à chaque livre.

Vos der­niers livres sont adap­tés de faits di­vers alors que jus­qu’ici, vous aviez tou­jours écrit sur ce que vous connais­siez per­son­nel­le­ment. Comment est-ce que l’on se met à ra­con­ter les his­toires d’autres per­sonnes? Ça m’a pris au dé­pour­vu. Je pen­sais tou­jours écrire des livres qui suivent un peu ma vie. Le jeune cé­li­ba­taire qui fait le con à Paris et qui cherche l’amour, le même un peu plus tard qui trouve l’amour, puis l’hor­reur de la vie conju­gale… Sauf que ma vie est de­ve­nue com­plè­te­ment plate, vide, il ne se passe ab­so­lu­ment rien.

Vous dites ça avec dé­lec­ta­tion. Ah, j’adore! Mais pour la lit­té­ra­ture… Ce se­rait: cha­pitre 1, j’ai ou­blié le PQ à Fran­prix ; cha­pitre 2, Na­ta­cha a été éli­mi­née de Koh-lan­ta.

Vous pour­riez uti­li­ser votre ima­gi­na­tion… Non, je ne pense pas être très doué pour ça. L’ima­gi­na­tion pure, ça me donne l’im­pres­sion d’être comme les mecs que l’on voit sor­tir des sta­tions spa­tiales, avec leur cor­don, en lé­vi­ta­tion. Et ça ne m’in­té­resse pas, très hon­nê­te­ment. L’anec­dote avec Vé­ro­nique Le Guen qui meurt de­vant le res­tau­rant où je mange, si c’est in­ven­té, je trouve ça nul. C’est trop fa­cile si on peut in­ven­ter n’im­porte quoi. Je ne vois pas l’in­té­rêt. La réa­li­té, c’est beau­coup, beau­coup plus fort. Donc quand j’ai consta­té que je n’avais plus rien à ra­con­ter sur ma vie, je me suis dit que je pou­vais ra­con­ter des his­toires qui sont ar­ri­vées aux autres.

Qu’est-ce qui fait que vous choi­sis­sez de trai­ter un fait di­vers plu­tôt qu’un autre? Il me faut de l’em­pa­thie. J’ai be­soin, pour écrire, de pou­voir me mettre à la place de la per­sonne, et je pense que j’au­rais du mal à me mettre à la place de Four­ni­ret ou Goeb­bels. À la base, je ne vou­lais pas écrire sur Georges Ar­naud (le per­son­nage au coeur de La Serpe, ndlr) parce que je le pen­sais cou­pable et ça me fai­sait chier de consa­crer un an et de­mi de ma vie à un type qui a mas­sa­cré trois per­sonnes pour du fric.

Pre­nons un exemple ac­tuel: Jé­rôme Ca­hu­zac. Il n’a tué per­sonne, bien sûr, mais tout al­lait bien pour lui, et puis ça a été la dé­grin­go­lade. Son his­toire pour­rait vous in­té­res­ser? Non, parce qu’il y a trop de cy­nisme et pas as­sez d’hu­ma­ni­té. Ca­hu­zac, je m’en fous. Le mec a es­sayé d’ar­na­quer tout le monde, de ma­nière fourbe, juste pour se faire du po­gnon. Les se­rial killers ne m’in­té­ressent pas du tout non plus, parce qu’il n’y a rien d’hu­main à tuer des femmes parce qu’elles portent une boucle d’oreille rouge. Ce sont des psy­cho­pathes.

Et un tra­vail de ré­demp­tion des vic­times? Par exemple, dans l’af­faire de la tue­rie d’or­vault, on a cher­ché de bonnes rai­sons à chaque vic­time d’être cou­pable mais ce n’était au­cune d’entre elles. Ça vous in­té­res­se­rait, ça? Oui. Évi­dem­ment, j’ai en­core plus d’em­pa­thie pour les vic­times que pour les cou­pables ou les sus­pects. Mais en même temps, je pense que je pour­rais avoir fa­ci­le­ment ten­dance à tom­ber dans le pa­thos, dans le mièvre.

C’est une peur que vous avez, d’avoir l’air mièvre? Pas d’avoir l’air, de l’être! Parce que quand on est mièvre, il y a une perte de re­cul. Une chose à la­quelle je tiens beau­coup, c’est le dé­ta­che­ment. Ce qui fait que je n’ai ja­mais rien pu écrire sur mon fils, par exemple, alors que dans chaque livre que j’ai écrit de­puis qu’il est né, j’au­rais bien vou­lu. Et puis là, j’ai réus­si dans La Serpe, parce que c’était une oc­ca­sion in­croyable: il y a l’his­toire entre le père et le fils Gi­rard. Sauf que quand je parle de lui, c’est avec un ther­mo­mètre dans le cul pen­dant trois quarts d’heure…

Il lit vos livres, votre fils? Non. Mais là, il est en ter­mi­nale L, tous ses potes et tous ses profs ont lu La Serpe. Il ne peut pas faire deux mètres dans la cour sans qu’on lui de­mande s’il a pris sa tem­pé­ra­ture. Au moins, quand je mour­rai –j’es­père qu’il se­ra très vieux à ce mo­ment-là–, il au­ra 20 000 pages sur la vie de son père. Après, dans Né­fer­ti­ti dans un champ de canne à sucre, sa mère se fait re­tour­ner dans tous les sens. Je n’ai­me­rais pas lire ça sur ma mère.

Votre der­nier livre a eu pas mal de suc­cès. C’est quoi, votre rapport à l’ar­gent? Il y a eu des époques dans ma vie où je ne ga­gnais vrai­ment rien, l’équi­valent de 200 eu­ros par mois au­jourd’hui. Là, je gagne pas mal d’ar­gent, oui. Bah j’ai l’im­pres­sion de vivre exac­te­ment pa­reil. Je m’en fous. Sin­cè­re­ment. C’est peut-être fa­cile à dire parce que main­te­nant j’ai du fric, mais quand je n’en avais pas, si je tou­chais 2 000 francs pour une

“Ça me fait mar­rer quand on me dit: ‘En fu­mant, tu vas perdre

dix an­nées de ta vie.’ Ouais, mais je ne vais pas perdre dix an­nées entre 20 et 30 ans, je vais perdre dix an­nées dans une mai­son de re­traite à me pis­ser des­sus”

nou­velle écrite pour Nous Deux, je dé­pen­sais tout le soir même. Parce que ça n’a au­cune im­por­tance, l’ar­gent, c’est ce qu’il y a de plus com­mun dans le monde.

Qu’est-ce qui est im­por­tant, alors? Les gens. Et –et ça condui­ra à ma perte– le plai­sir. Ja­mais, je pense, je ne pour­rais me pri­ver d’un truc qui me fait plai­sir. Comme fu­mer. Je ne de­vrais pas, je n’ar­rête pas de tous­ser de­puis des mois, mais je conti­nue. Quand je vois que cer­tains se privent de fu­mer, de boire ou d’une tar­ti­flette alors qu’ils en ont en­vie, parce qu’il faut ‘faire at­ten­tion’… Ils croient qu’ils ne vont pas mou­rir, c’est fou!

C’est le cô­té hy­gié­nisme-pu­ri­tain-mo­ra­li­sa­teur qui vous énerve? Je ne sais pas si ne pas fu­mer, ne pas pi­co­ler, ne pas être gros ou ne pas bai­ser n’im­porte quand, ça a un rapport avec la mo­rale. Ça me fait tou­jours mar­rer quand on me dit: ‘Tu vas perdre dix an­nées de ta vie.’ Ouais, mais je ne vais pas perdre dix an­nées entre 20 et 30 ans, je vais perdre dix an­nées dans une mai­son de re­traite à me pis­ser des­sus. Je veux bien!

Pour re­ve­nir à l’ar­gent et aux ventes, vous avez l’im­pres­sion que le livre est en train de de­ve­nir un pro­duit? Je ne crois pas que mes livres soient des pro­duits, mais les édi­teurs, c’est ce qu’ils vou­draient. Ça m’est ar­ri­vé de po­ser mon ma­nus­crit sur le bu­reau et qu’on me dise: ‘Il faut en­le­ver un tiers’ sans rien avoir lu, juste sur l’épais­seur. Les édi­teurs veulent ar­ron­dir tous les angles, ils veulent des to­mates ca­li­brées. Pour que ça se vende. Bien sûr, quand je vends 120 000 exem­plaires, ça me fait plai­sir, mais si j’en avais ven­du 10 000, ja­mais je n’au­rais pen­sé que ça vou­lait dire que le livre était moins bon. Ce ne sont pas les oeuvres qui se vendent le plus qui sont les meilleures. Si­non, ça vou­drait dire que Les Feux de l’amour, c’est mieux que n’im­porte quel film de Go­dard ou de Cas­sa­vetes.

Du coup, à l’in­verse, vous ne vous dites pas: ‘Qu’est-ce qui a mer­dé pour que j’en vende 120 000’? Pas loin. Je pense que mes vrais lec­teurs, les gens avec qui je pour­rais dis­cu­ter, boire un coup, qui me res­semblent, il y en a entre 15 000 et 20 000. Pour La Pe­tite Fe­melle, je suis pas­sé chez Ru­quier. C’était juste avant Noël, ils n’ont par­lé que de l’oc­cu­pa­tion et du fé­mi­nisme sans dire que je ra­con­tais aus­si, par exemple, ma cuite au Flore. Yann Moix et Léa Sa­la­mé ont dit: ‘C’est un chef-d’oeuvre.’ Ça a mul­ti­plié mes ventes par quatre et après, j’ai re­çu des mails de gens qui m’in­sul­taient: ‘Pauvre type, j’achète un livre sur l’oc­cu­pa­tion et la place des femmes dans l’après-guerre et vous y faites des di­gres­sions sur le fait qu’il y a le mot ‘sau­cisse’ dans tous vos livres, rem­bour­sez moi!’

Pourquoi mettre une dose d’hu­mour même dans des ré­cits sé­rieux? Je pense que cet hu­mour vient juste du dé­ta­che­ment dont on par­lait plus tôt. Dans n’im­porte quelle si­tua­tion de la vie, si on ar­rive à se re­gar­der avec du re­cul, on se rend compte qu’on est ri­di­cule.

Dans vos livres, sou­vent, vous pre­nez une voi­ture et vous par­tez en go­guette en pro­vince, par l’au­to­route... Ma femme m’a ache­té une carte de France pour Noël avec des pe­tites épingles, je vais pu­nai­ser tous les en­droits où je suis al­lé grâce aux sa­lons du livre, des en­droits où per­sonne n’irait de son plein gré. Mais je suis ul­tra­sé­den­taire et ca­sa­nier, en fait. Ma femme va au bis­trot en face mais moi non, je pré­fère ve­nir dans ce­lui-là parce que, de chez moi, il n’y a pas de route à tra­ver­ser! Donc prendre une voi­ture et al­ler à Pé­ri­gueux, c’est comme par­tir au fin fond du Mexique. Le sum­mum de l’aven­ture, c’est de prendre l’au­to­route. Et puis Houel­le­becq a un peu pris le truc, mais j’adore les sta­tions-ser­vice. Ce sont des en­droits où la vie est sans doute plus vraie qu’au Sofitel.

C’est la mort, le Sofitel? Non, at­ten­tion, il y a aus­si de la vie dans les Sofitel! D’ailleurs, ils font du mé­cé­nat pour les écri­vains, ils m’ont of­fert une se­maine d’hô­tel contre une nou­velle de trois pages. J’avais le choix entre Rome, Ma­drid ou Luxem­bourg. J’ai choi­si Luxem­bourg en me di­sant que ce se­rait ma seule oc­ca­sion de pas­ser une se­maine en­tière dans un Sofitel en pen­sion com­plète alors qu’à Rome ou à Ma­drid, je se­rais ten­té d’al­ler me ba­la­der. J’y suis res­té en­fer­mé pen­dant une se­maine. Il y avait deux res­tos, un bar où on pou­vait fu­mer, un bar à ci­gares, je re­gar­dais les gens, il y avait de la vie.

“Je suis ul­tra­sé­den­taire et ca­sa­nier. Le sum­mum de l’aven­ture, pour moi, c’est de prendre l’au­to­route. Donc prendre une voi­ture et al­ler à Pé­ri­gueux, c’est comme par­tir au fin fond du Mexique”

L’in­ter­na­tio­nal, ça ne vous at­tire pas? Non. Là, avec La Serpe, je suis in­vi­té au Ni­ca­ra­gua, je n’ai au­cune en­vie d’y al­ler.

Vous n’ai­mez pas sor­tir de votre zone de confort? C’est sur­tout que ce qui m’in­té­resse, en­core une fois, ce sont les gens. Je me fous des pay­sages. Je n’ai rien contre les ha­bi­tants du Ni­ca­ra­gua, mais ce sont les mêmes qu’ici. Pourquoi j’irais me faire chier à al­ler les cher­cher ailleurs? Mais ma femme, elle, aime voya­ger, et le couple c’est une suc­ces­sion de com­pro­mis, donc on part quand même. On est al­lés en Amé­rique, en Is­lande, en Ir­lande, en Écosse, en Es­pagne… Cet été, on va en Nor­vège. Mais qu’est-ce que je vais al­ler me faire chier en Nor­vège?

À propos d’in­ter­na­tio­nal, c’est vrai que vous avez tra­duit de l’an­glais vers le fran­çais sans com­prendre grand-chose? Oui, j’ai été le tra­duc­teur le plus pro­li­fique entre 94 et 97, j’ai tra­duit un livre par mois pen­dant trois ans.

C’est de l’es­cro­que­rie. Oui, sauf que je ne tra­dui­sais que des trucs vrai­ment pour­ris, genre Dé­sir sous les tro­piques, des trucs un peu cul. J’étais payé à la page fran­çaise, on me fi­lait un bou­quin de 150 pages et je ren­dais un pa­vé de 400. J’in­ven­tais quand je ne com­pre­nais pas. J’avais tra­duit un au­teur de lit­té­ra­ture pour ados, un type qui a écrit 300 ou 500 livres, et Li­bé avait fait un pa­pier sur son nou­veau bou­quin: ‘Bonne sur­prise avec le nou­vel opus de ma­chin, qui nous avait ha­bi­tués à la pire mé­dio­cri­té.’ J’étais fier!

Ça vous a ai­dé à vous amé­lio­rer dans l’écri­ture, ces bou­lots? Ça m’a ai­dé à avoir le cou­rage d’écrire un ro­man. Parce que quand j’écri­vais des nou­velles, me lan­cer dans un ro­man, ça me don­nait l’im­pres­sion d’être à Brest, de me mettre dans l’eau et de de­voir na­ger jus­qu’à New York. Je me di­sais que je n’y ar­ri­ve­rais ja­mais. Là, j’avais 300 pages, il fal­lait que je le fasse en un mois pour que ça rap­porte as­sez de fric, donc dix pages par jour. Et alors quand j’ai écrit mon pre­mier livre, Le Cha­meau sau­vage, je me suis dit: ‘Si j’écris quatre pages par jour, ça veut dire qu’en trois mois, j’au­rai écrit 360 pages.’ Ça m’évi­tait de pen­ser à la dis­tance to­tale.

Fi­na­le­ment, ce sont sou­vent des pa­vés, vos livres. Vous avez même écrit une tri­bune sur le Gon­court, dans la­quelle vous di­siez: ‘Ils ont re­çu mon bou­quin, il était trop gros, ils l’ont mis de cô­té.’ Ce n’était pas sur le Gon­court, c’était sur Éric-em­ma­nuel Sch­mitt (qui est membre de l’aca­dé­mie Gon­court, ndlr). Le Gon­court, très sin­cè­re­ment, je n’en veux pas. Per­sonne ne me croit, mais c’est vrai. Je le dis de­puis sep­tembre parce que j’avais des échos qui di­saient que c’était pos­sible que je l’aie, mais je n’en veux pas. Ça ne sert à rien. Le seul in­té­rêt d’avoir un Gon­court, c’est une his­toire de fric. Je n’écris pas pour le fric. Mais si c’était ve­nu? Bah non! C’est pour ça que dans mon livre, j’ai mis: ‘J’adore Vir­gi­nie Des­pentes et voi­là, comme ça j’au­rai pas le Gon­court, on ne flatte pas une membre du ju­ry’ (Des­pentes est membre du ju­ry du Gon­court de­puis 2016, ndlr). J’ai exac­te­ment le même pro­blème avec le Gon­court qu’avec les adap­ta­tions de livres en films. Ça fait plein de fric, ça fait vendre le livre, mais ça le tue. Quand j’étais jeune, j’ado­rais Phi­lippe Djian, je li­sais tout, et un jour j’ai fait une conne­rie: je suis al­lé voir 37.2° au cinéma avant de le lire. Je n’ai ja­mais pu le lire, après ça. Je n’ai rien contre Bei­neix, mais je ne peux pas… De la même fa­çon que ja­mais je ne sau­rai quelle tête j’au­rais don­née à Mai­gret, parce que je vois Jean Ri­chard ou Bru­no Cre­mer à la place. Ça tue le prin­cipe de la lit­té­ra­ture.

Mais quand même, vous avez fait toute la pro­mo Gon­court avec les au­teurs de la liste. Parce que pour moi qui vis en­fer­mé tout le temps, c’est comme une co­lo­nie de va­cances. Il y a un an, Oli­vier Guez (qui a ga­gné le Re­nau­dot cette an­née pour La Dis­pa­ri­tion de Jo­sef Men­gele, ndlr), je ne sa­vais pas qui c’était, je n’avais ja­mais en­ten­du son nom. Mais là, on est tous les week-ends en­semble, en pro­vince, loin de chez nous, on dé­conne. Du coup, ça de­vient un pote. C’est comme quand on va au cam­ping: dé­but août, on ne connaît pas le voi­sin, et fin août, on a l’im­pres­sion que c’est notre meilleur pote. J’ai fait des ren­contres in­croyables. Va­lé­rie Trier­wei­ler, par exemple. On est de­ve­nus très potes, je l’adore.

Vous lui avez dit que pa­ral­lè­le­ment à votre car­rière d’écri­vain, vous écri­viez dans Voi­ci? Au pre­mier sa­lon que l’on a fait en­semble, fin août à Morges, en Suisse, je passe une nuit dans un bar à pi­co­ler avec elle et Oli­vier Guez. On se marre. Et le len­de­main, alors qu’on est tous les trois au buf­fet de la gare, Va­lé­rie me de­mande: ‘Au fait, je ne t’ai pas de­man­dé, t’as un bou­lot en de­hors de l’écri­ture?’ Je me dis: ‘Merde’, parce que Va­lé­rie Trier­wei­ler, elle en a pris plein la gueule dans Voi­ci… Mais al­lez, je me lance: ‘Je bosse à Voi­ci, je fais les po­tins.’ Elle a un mou­ve­ment de re­cul, elle me re­garde comme si je lui avais dit: ‘Je suis pé­do­phile.’ Alors, je me re­tourne vers Oli­vier Guez et je me dis qu’il va m’ai­der. Sauf qu’oli­vier Guez, il a eu une aven­ture avec Léa Sa­la­mé et sa femme l’a dé­cou­vert sur des af­fiches pour Voi­ci dans un kiosque, ça a dé­truit son couple. Et quelques mois plus tard, il voyait dans Voi­ci Léa Sa­la­mé le trom­per avec Glucks­mann. C’est vrai­ment pour moi, ce genre de truc: je suis tout seul dans un buf­fet de la gare avec deux per­sonnes à qui Voi­ci a pour­ri la vie, et je m’en­tends leur dire que j’y tra­vaille .

En­core une dé­co­ra­tion de Noël qui traine.

Drôle de co­co.

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