Por­fo­lio

Où comment la ville qui de­vait sym­bo­li­ser l’avenir brillant de l’ita­lie, près de Naples, est de­ve­nue le mi­roir de ses dif­fi­cul­tés.

Society (France) - - SOMMAIRE - PAR SALVATORE SANTORO

La ville de Pi­ne­ta­mare, près de Naples, de­vait sym­bo­li­ser l’avenir brillant de l’ita­lie. Mais quelque chose a foi­ré.

“Pe­tit, j’al­lais en va­cances en fa­mille à Pi­ne­ta­mare. J’ai gran­di à Ca­serte, juste à côté, et mes pa­rents avaient une mai­son là-bas, dit le pho­to­graphe ita­lien Salvatore Santoro, au­teur de cette sé­rie et du livre Sa­lu­ti da Pi­ne­ta­mare. À l’époque, c’était très dif­fé­rent d’au­jourd’hui. La ville a été construite dans les an­nées 60 pour la classe moyenne su­pé­rieure lo­cale – des mé­de­cins, des in­gé­nieurs–, puis il y a eu l’ar­ri­vée de mi­li­taires amé­ri­cains dans le cadre de l’ins­tal­la­tion d’une base de L’OTAN, près de Naples. Ils étaient plus de 20 000. Les Amé­ri­cains ont at­ti­ré en­core d’autres fa­milles des classes ai­sées. Quand j’étais ado­les­cent, Pi­ne­ta­mare était une com­mu­nau­té fermée. Il y avait une bar­rière à l’en­trée des im­meubles, il fal­lait un passe pour ren­trer chez soi. Puis les 20 000 Amé­ri­cains sont par­tis, 20 000 sa­laires ont dis­pa­ru, et les ap­par­te­ments sont de­ve­nus va­cants. Il y a eu des trem­ble­ments de terre dans la ré­gion et des gens qui avaient tout per­du y ont été re­lo­gés. C’est de­ve­nu le far west. Après, il y a eu une pre­mière vague de ré­fu­giés d’ex-you­go­sla­vie, puis d’afrique, qui sont ve­nus ici parce qu’ils sa­vaient qu’il n’y avait pas de contrôles.”

Im­meubles vides, mai­sons dont la construc­tion n’a ja­mais été ache­vée, per­sonnes vi­vant dans la rue et plages, mal­gré tout: Pi­ne­ta­mare offre un drôle de pa­no­ra­ma. “La photo des per­sonnes al­lon­gées sur des ma­te­las en pleine rue a été prise de­vant un centre de pre­mier ac­cueil pour migrants, ins­tal­lé dans une église, ex­plique Santoro. Mais il n’y a pas de place, alors ils dorment de­hors. Il y a près de 20 000 migrants à Pi­ne­ta­mare, presque la moi­tié de la po­pu­la­tion.”

“Une mai­son aban­don­née et en­va­hie par la vé­gé­ta­tion. Il y en a plu­sieurs en ville dans ce cas. No­tam­ment un an­cien grand hô­tel de luxe, un en­droit my­thique, où beau­coup de films ont été tour­nés. Il a été pla­cé sous sé­questre et mu­ré par la po­lice à cause de sa ges­tion frau­du­leuse. La mal­avi­ta est par­tout ici, jusque sous les pa­ra­sols.”

“Ces deux gar­çons-là sont mi­neurs. Ils n’ont pas le per­mis de conduire, mais leur voi­ture coûte plus cher qu’une mai­son, qui ne vaut guère plus de 20 000 eu­ros au­jourd’hui. Ce­lui de gauche a com­mis des dé­lits mi­neurs, ses deux pa­rents ont fait de la pri­son. Ce­lui de droite, en re­vanche, est un bon gar­çon qui veut jouer au mé­chant.”

“C’est une fa­mille qui oc­cupe illé­ga­le­ment un lo­ge­ment dans le parc Sa­ra­ce­no, une an­cienne zone ré­si­den­tielle où ha­bi­taient les mi­li­taires amé­ri­cains. Il s’agit prin­ci­pa­le­ment d’im­meubles bas de trois étages avec bal­con et vue sur mer, dans un pe­tit port tou­ris­tique. Au­jourd’hui, ce ne sont que des lo­ge­ments oc­cu­pés. Il y a des Ita­liens, des migrants, des pros­ti­tuées, des dea­lers. Il y a de tout.” C’est là que le réa­li­sa­teur Mat­teo Gar­rone a tour­né en par­tie son film Dog­man, pri­mé au der­nier fes­ti­val de Cannes (prix d’in­ter­pré­ta­tion mas­cu­line).

“La scène a l’air tran­quille, mais on voit des im­pacts de balle sur le ri­deau de fer: on ve­nait de ti­rer sur le bar parce qu’il avait chan­gé de marque de ca­fé. D’ailleurs, on voit le lo­go de la nou­velle marque à gauche de la de­van­ture.”

“Lui, je ne sais pas s’il en fait, mais il y a énor­mé­ment de courses clan­des­tines de che­vaux dans le coin. Ils sont en­traî­nés sur la plage. Les joueurs ferment les rues puis ils or­ga­nisent les courses et font des pa­ris.”

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